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« Qui suis-je pour juger ? » Le style du pape François a facilité le vote pour l’avortement en Irlande

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On s’est beaucoup demandé pourquoi et comment l’Irlande si catholique a pu approuver la modification de sa constitution afin de rendre possible la légalisation de l’avortement. La première réponse, la plus facile, est que l’Irlande est de moins en moins catholique puisque la pratique religieuse se contracte au fil des générations, et ce même si près de 80 % de la population se dit catholique. La seconde, c’est que les évêques ont préféré faire profil bas, jugeant l’Eglise trop victime d’une mauvaise presse liée à divers scandales, réels ou supposés, pour pouvoir peser sur le débat. Mais il y a une troisième raison, mise en avant par une ex-religieuse dans un des quotidiens « mainstream » de l’Ile d’Emeraude : le style du pape François a eu une influence sur le vote, le « oui » à 66 % pour l’avortement n’est pas sans lien avec son refus de porter des jugements sur des comportements gravement peccamineux que le monde entier a retenu à travers ses célèbres paroles, « Qui suis-je pour juger ».
 
Il va de soi que l’avis du Dr Catherine McCann, ancienne Sœur de la charité, aujourd’hui psychothérapeute et conservatrice du Shekina Sculpture Garden (tout un programme) à Glenamure dans le comté de Wicklow, ne saurait être impartial. Elle tire certainement la couverture à elle, à travers cette « annexion » du pape qui par ailleurs, a eu des paroles fortes et répétées pour condamner l’avortement.
 

Le vote pour l’avortement en Irlande, manifestation d’une foi « adulte »

 
Reste que la confusion doctrinale qui préside à ce pontificat est précisément ce qui permet à une personnalité comme cette religieuse défroquée de tenir un discours dont les gros médias s’empressent de se servir, sous couleur d’une fausse « miséricorde » qui, loin de s’adresser aux pécheurs, est détournée pour affirmer la possibilité du péché comme un moindre mal.
 
C’est en cela que la tribune de Catherine McCann est extrêmement révélatrice. Elle décrit précisément le résultat de la confusion régnante. Elle-même avoue avoir beaucoup réfléchi avant de voter « oui » à la suppression du Huitième amendement par laquelle la constitution irlandaise affirmait l’égal respect de la vie de la mère de l’enfant à naître. Elle affirme avoir beaucoup discuté, mais aussi prié ; elle a même assisté à une session mise en place par l’institut Loyola de Trinity College à Dublin sous le titre : « Vivre avec humanité ».
 
Pourquoi cet écrasant vote favorable à l’avortement ? L’ex-religieuse – qui proteste de son adhésion personnelle au caractère sacré de la vie, partagée selon elle par la « majorité » des Irlandais – y voit deux raisons.
 

« Qui suis-je pour juger ? » : le pape François sème la confusion et récolte la tempête

 
« Premièrement, un noyau de plus en plus important de catholiques, des femmes surtout, prennent leur foi au sérieux et se sont éduqués selon les lignes de Vatican II. Ces dernières années, ils ont été influencés par le pape François, spécialement en ce qui concerne le respect et l’absence de jugement dans son approche des situations concrètes vécues par les individus », constate cette partisane d’une foi « adulte ».
 
La deuxième raison est selon elle la « compassion ». « Il y avait un réel désir de rendre accessibles des soins sanitaires appropriés pour les femmes qui se trouvent dans des situations difficiles », explique Catherine McCann. Et de citer feu le cardinal Lehmann qui a pu parler d’« une décision prise en conscience par la femme à laquelle aucune puissance au monde – même l’Eglise – ne saurait se substituer et qui doit donc être acceptée » (mars 2018).
 
Et voilà l’ex-sœur McCann emplie « de positivité et d’espoir », elle pour qui la foi chrétienne est au centre de sa vie, comme elle le dit. « Mais depuis Vatican II, une grande partie des riches enseignements de ce concile reste à mettre en œuvre à Rome comme en Irlande », avec sa « synodalité » inédite, et la place faite aux laïcs. Elle-même explique avoir fait ses études à Rome pendant trois ans, précisément à l’époque de Vatican II : « une expérience profondément libératrice ».
 

Le pape François a facilité le vote pour l’avortement en Irlande, selon une ex-religieuse

 
En somme, cela l’a laissée persuadée qu’il faut en finir avec une Eglise trop hiérarchique, en même temps qu’il faut prendre conscience d’une hiérarchisation des vérités.
 
C’est bien ce que l’on constate aujourd’hui avec les pouvoirs croissants laissés aux conférences épiscopales locales et même aux évêques pour réinterpréter l’application de la doctrine – pensez à la communion pour les conjoints protestants d’époux catholiques en Allemagne – même si sur le plan personnel, le style de gouvernement du pape François est plutôt dictatorial. Le relativisme s’est installé précisément dans le domaine doctrinal, le plus souvent de manière sournoise.
 
Et c’est ainsi que Catherine McCann peut achever sa tribune dans The Irish Times en disant sa confiance, en tant que catholique, de voir que les avortements qui seront pratiqués en Irlande à l’avenir seront « sûrs, légaux et rares ».
 
N’est-ce pas de cette manière que de bons chrétiens en France en arrivent aujourd’hui à « regretter » la loi Veil et ses soi-disant restrictions ?
 

Jeanne Smits