Une loi écolo veut faire de la Loire une personne

 

Profitant du silence de l’été, le parti Les Ecologistes a déposé à la fin de juin (depuis, le vacarme des incendies a couvert sa petite voix) une proposition de loi visant à faire reconnaître la Loire sujet de droit. Cela suit un mouvement mondial lancé par l’idéologie écolo et le socialisme mondialiste : considérer un fleuve (ici, la Loire), un rocher (comme l’Uluru, en Australie), une forêt (l’Amazonie par exemple) comme une personne. Ici, une personne morale, sujet de droit, ailleurs, en Amazonie, une personne vivante, dans un retour sans ambiguïté au paganisme panthéiste. Dans un étrange attelage entre cols blancs militants du Nord et tribus primitives du Sud, celles-ci servant de prétexte et de chair à canon à ceux-là, cette Révolution détruit avec entrain le droit romain et la foi chrétienne qui ont fondé notre monde.

 

Mital, fils et petit-fils de, rédige une loi écolo

Marc Mital, fils de deux bourgeois lyonnais, Gérard, producteur de cinéma, et Christine, rédac chef au Nouvel Obs, petit-fils d’Antoine Riboud, patron de Danone, s’est cherché, comme beaucoup de privilégiés, et s’est trouvé, sous le pseudo de Camille Toledo, essayiste vidéaste plasticien. Vivant à Berlin, il est féru de révolution arc-en-ciel et rêve de « dénationaliser les champs littéraires et politiques ». Comme tel, il a publié quelques livres à la mode et a prêté sa plume au groupe Les Ecologistes pour rédiger la proposition de loi visant à faire de la Loire un sujet de droit. Ce n’est pas un hasard, on lui doit notamment l’Internationale des rivières, récit d’anticipation qui détaillait ce qu’allait être cette révolution juridique – et par là mentale, politique, spirituelle.

 

Représentation politique des non humains : la Loire deviendrait une personne

Il a donc corédigé avec le député écolo Charles Fournier la proposition de loi visant à « reconnaître le fleuve Loire et son bassin versant comme une entité naturelle juridique dotée de droits », que l’Assemblée nationale a jugée recevable. Cinq ans après Le fleuve qui voulait écrire, ouvrage collectif qui rapportait les auditions du « parlement de Loire », machin né du militantisme du philosophe Bruno Latour dont l’ambition est de former représentation politique des non-humains, ce projet va donc être examiné par les représentants de la Nation. Le plus sérieusement du monde, avec passage en commission ad hoc et débats suivis d’un vote en séance plénière le cas échéant.

 

De Pachamama à Loire, l’internationale arc-en-ciel

Mital-Toledo inscrit sa loi dans le mouvement révolutionnaire décrit plus haut. Il a noté que la Constitution équatorienne a reconnu en 2008, la Pachamama Terre-Mère, que la Nouvelle-Zélande, a reconnu le fleuve Wanganui personne de droit en 2017. Depuis, cette anthropisation juridique de la nature s’est étendue au Nord et en Europe. La rivière Magpie au Québec est devenue une entité de droit en 2021 et la loi espagnole a fait de la lagune de Mar Menor une « personnalité juridique » en 2022. Mais Mital-Toledo compte aller beaucoup plus loin avec sa proposition de loi sur le Loire. Dans l’Internationale des rivières, il allait jusqu’à faire payer des impôts à cette nouvelle personne de droit. La proposition de loi qu’il a cosignée ne va pas jusque-là mais entre délibérément dans le délire arc-en-ciel.

 

Des redevances à la Loire pour la venger des abus

Voyons d’abord le principe de son argumentation : « Notre droit moderne, nos dispositifs d’exploitation du monde reposent sur des droits conférés à des sujets sur des objets. Si les écosystèmes sont considérés comme des objets, il n’y a pas de raison qu’on arrête de les exploiter. Le droit de propriété contient un droit d’abus. » Abus, le mot magique est lancé. Et voilà comme il a pensé y remédier : « Le dernier alinéa de la proposition de loi permet à la personne sujet de droit de demander des redevances, des réversions sur les usages qui sont faits de son corps de rivière. »

 

La loi, la Loire et ses gardiens écolos

C’est joli mais cela surprend à la fois le juriste et le législateur : comment faire entrer cela dans une proposition de loi ? Réponse par la proposition de loi elle-même : la Loire sera « incarnée par deux personnes physiques, appelées gardien de Loire, chargées d’en défendre les droits ». La Loire, personne morale, sera hélas représentée par des humains à parité homme-femme, tirées au sort parmi les membres du comité de bassin Loire‑Bretagne et dont le mandat n’excédera pas six ans. La proportion de non-binaires n’est pas précisée, pas plus que n’est justifié le comité de bassin Loire-Bretagne. Il y a là un point sensible où l’anthropocentrisme et le masculinisme toxique peuvent exercer leur influence néfaste. D’ici que les gardiens de la Loire s’en fassent les proxénètes.

 

Payer pour user de la personne Loire

Toledo-Mital ne s’en tient pas là. Il a pensé au nerf de la guerre et du droit : la Loire, personne de droit, jouira de moyens pour faire valoir les siens, les fameuses redevances et réversions sur les usages faits de son corps. Si vous allez vous baigner à Arlempdes ou si vous pêchez la truite à Lavoûte-Chilhac, ça va vous coûter bonbon. N’insistons pas : derrière le ridicule pontifiant de ces bobos sans imagination, derrière leur désolant conformisme révolutionnaire, gît le projet qui les dépasse et les agite, cette révolution spirituelle païenne qui n’est pas seulement tournée contre Dieu à travers les idoles de la Nature, mais contre les hommes aussi : ils détruisent la frontière entre l’homme et la nature, comme d’autres, à l’autre bout, avec l’IA et les robots, détruisent celle qui sépare l’homme de la machine, avant de conférer à ces mêmes IA et robots la personnalité juridique. Au résultat, l’homme est préparé à disparaître dans le règne d’une super caste arc-en-ciel aux commandes de quelques robots. Cette anticipation a le mérite de ne rien coûter et d’être – hélas – vraisemblable.

 

Pauline Mille