A Londres, une des meilleures écoles publiques à la discipline stricte, se voit accusée de discrimination par un élève musulman

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Qui pourrait vouloir faire chuter un établissement, classé comme exceptionnel par l’Ofsted (Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills) ? Quel serait l’ultime argument pour embarrasser juridiquement l’école publique de Londres qui a reçu, au Progress 8 (outil pédagogique qui mesure les niveaux en anglais et en maths), le meilleur score qu’il il n’y ait jamais eu en Angleterre ? Le racisme, la discrimination, à l’égard des musulmans. La Michaela Community School est en train d’en subir les attaques, au tribunal : un élève conteste, devant la Haute-Cour, la décision de l’école d’imposer une interdiction stricte des rituels de prière.

Et c’est doublement intéressant du fait que l’établissement affiche une discipline hors normes et une éducation qui s’apparentent parfaitement à certaines de nos écoles hors-contrat françaises. Et que c’est un léger relâchement à l’égard d’éléments religieux trop volontaristes qui a tout déclenché. Signe que l’islam déborde dès qu’il peut.

 

L’interdiction des prières des musulmans a « rétabli l’ordre » dans cette école de Londres

Que s’est-il passé exactement à Michaela ? L’école publique du nord-ouest de Londres accueille 700 enfants du quartier, et donc un grand nombre de musulmans. On y voit peut-être des hijabs (comme dans des milliers d’écoles primaires au Royaume-Uni), on y mange peut-être des repas pescetariens (principalement végétariens), mais ces élèves n’ont pas d’autres droits que celui d’y être enseignés comme des petit Britanniques fiers de leur pays et de son histoire et décidés à y prendre part, dans une vie future assurée par des études solides et un plein désir d’intégration. La discipline est à ce titre absolument édifiante et fait de cet établissement un OVNI à part entière.

Or une trentaine d’élèves ont commencé à prier dans la cour « humide » de l’école, en mars de l’année dernière, sur leur blazer étendu pour se prosterner, aux heures prescrites par l’islam : alors qu’il est acté par les familles, lors des inscriptions, que les tapis de prière sont interdits et qu’il n’y pas de salle dédiée à cet effet. Rapidement, il a été constaté par les dirigeants et enseignants un « changement de culture » concernant « la ségrégation entre les groupes religieux et l’intimidation au sein du groupe d’élèves musulmans », sur fond de tensions vives.

Cette phrase de Jason Coppel KC, du syndicat scolaire résume tout : « Un certain nombre d’enfants s’étaient fait dire qu’ils étaient de “mauvais musulmans” parce qu’ils ne priaient pas et ils ont commencé à prier »… Et s’en est suivi « un harcèlement racial épouvantable à l’encontre de nos enseignants », selon la directrice Katharine Birbalsingh.

La décision du conseil d’administration fut radicale : en quelques jours, les rituels de prière furent interdits. Ce qui a, d’office, « rétabli le calme et l’ordre dans l’école ».

 

Brandir la discrimination pour imposer l’islam

C’était sans compter la démarche d’une élève (porte-parole d’une communauté bien évidemment à l’œuvre) qui a rapidement contesté l’interdiction au motif qu’elle était discriminatoire. Très précisément, elle a affirmé que l’interdiction de prier affectait « de manière unique » la foi musulmane par rapport aux autres religions en raison de sa nature ritualisée et des règles entourant la prière : par rapport aux chrétiens, c’est injuste, car eux peuvent prier assis, tranquillement, dans un coin de la cour de récréation, a-t-elle ajouté…

Sauf que cet épisode prouve justement que, là, sans doute, réside le nœud du problème. La pratique externe en toute liberté de l’islam, que ce soit au sein d’établissements scolaires, d’institutions publiques ou même de milieux professionnels, engendre a priori de l’instabilité : pour la bonne raison qu’il engendre et impose une pression sociale de type politique. Les musulmans non pratiquants subissent une intimidation qui les fait plier, les non musulmans font l’objet d’une discrimination agressive immédiate au moindre faux pas. La liberté est écartée.

Très rapidement, d’ailleurs, le bruit social aidant, l’école fut ciblée sur les réseaux sociaux par des menaces de violence, des abus, de fausses allégations d’islamophobie et un canular à la bombe… Tant et si bien qu’elle a dû engager des gardes de sécurité. Et la situation s’est aggravée avec l’ouverture en ligne d’une pétition attirant des milliers de signatures. Le tribunal ayant, aujourd’hui, refusé le huit clos, le personnel, les enseignants et même les élèves encourent un risque qui n’est pas des moindres.

 

« Une école où chaque race, foi et groupe comprend le sacrifice de soi pour le bien de l’ensemble »

Et la directrice, Katharine Birbalsingh, en est consciente, dont la grand-mère était musulmane et le grand-père, directeur d’une école missionnaire en Guyane britannique, donc vraisemblablement catholique ou presbytérien ! C’est aussi pour cette raison qu’elle a fondé Michaela en 2014, parce qu’elle croit à une intégration multi-culturelle, basée sur une discipline et un enseignement de choc : l’école « doit être un lieu où les enfants adhèrent à quelque chose qu’ils partagent tous et qui est plus grand qu’eux-mêmes : notre pays ».

« Je ne séparerai jamais les enfants selon leur race et leur religion » a déclaré au tribunal celle qui avait acquis une notoriété nationale en 2010, lors de la conférence du Parti conservateur, en comparant le système éducatif britannique à « une culture d’excuses, et de normes médiocres »…

A Michaela, on prévient les parents qu’il est inutile de sortir la carte du « racisme » dans les conflits. Et le « privilège blanc » n’existe pas. On ne cultive pas de politique identitaire ou de victimisation. Lors d’un débat organisé en 2021 par la Henry Jackson Society, Birbalsingh avait affirmé son opposition à la croissance de la « culture woke » dans l’éducation, arguant qu’elle vise davantage à « faire des enfants des révolutionnaires ».

Et tout est orienté pour que cela fonctionne, dans cette « free school » à la liberté d’organisation presque totale (toujours subventionnée par l’Etat). L’uniforme est strict, les portables interdits. Les méthodes d’apprentissage sont à l’ancienne : on y apprend par cœur et on obtient des points de mérite. On lit cinq pièces de Shakespeare en trois ans et on se met au latin dès 11 ans. On apprend à céder sa place dans le métro et à serrer la main en regardant dans les yeux. Cerise sur le gâteau, il y a même des responsables de ménage… ! Le moindre manquement y est puni. Et ses résultats, de fait, sont flamboyants.

Mais cet épisode montre que le succès dépend aussi du climat de la société environnante et de l’engagement des familles. Sur le long terme, le bras de fer est inégal.

 

Clémentine Jallais