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Macron et le roi

Macron roi
 
La nouvelle fait le tour, à défaut de la France, de la planète internet (en langue française) : Emmanuel Macron, notre sémillant ministre de l’Economie, regrette le roi. Il faut dire qu’avant de tâter de l’économie, version banquière ou politique, Emmanuel Macron fit des études moins intéressées, d’Emmanuel Kant à Aristote, jusqu’à devenir assistant de Paul Ricœur. Du philosophe de « la métaphore vive » au président des promesses non tenues, il y a évidemment un monde, et un fossé qu’Emmanuel Macron semble avoir mesuré, et peut-être même sondé, comme la distance qui sépare l’être et le néant. Alors, le roi ?
 
C’est dans les colonnes de l’hebdomadaire Le 1, fondé il y a un peu plus d’un an par deux anciens responsables du Monde, Eric Fottorino et Laurent Greilsamer, qu’Emmanuel Macron s’épanche. Entre des considérations diverses sur l’autorité et l’action politique, la parole médiatique et la vérité, le ministre s’arrête sur la démocratie. Pour s’autoriser cette réflexion qui alimente depuis certains esprits :
 
« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. »
 

Macron juge l’« incomplétude » de la démocratie

 
Pour n’être pas neuve, l’idée est intéressante – et justifie sans doute que cette considération apparemment au rabais de la démocratie ait plu à quelques penseurs d’inspiration monarchiste, et même royaliste.
 
Pourtant, si l’on veut bien y réfléchir un instant, cette idée d’un vide démocratique est assez répandue chez certains de nos responsables – au point qu’ils en viennent à préférer qu’une « tête » prenne les décisions, y compris démocratiques, en lieu et place du peuple (ou des peuples), réduit à l’état de faire-valoir. La situation actuelle de la Grèce est une illustration particulièrement flagrante de cet état de fait. Mais il convient de ne pas se leurrer : tous les pays démocratiques – et plus d’ailleurs ils se réclament de la démocratie – en sont là.
 
On trouve d’ailleurs, dans un rapport de la Trilatérale publié en 1975, sous la plume d’un collectif – dont, déjà, Samuel P. Huntington – et intitulé La crise de la démocratie, cette idée d’« incomplétude » évoquée aujourd’hui par Emmanuel Macron. Qu’on en juge !
 
« Plus un système est démocratique, plus il est exposé à des menaces intrinsèques, observent les auteurs de l’étude. (…) Au cours des années récentes, le fonctionnement de la démocratie semble incontestablement avoir provoqué un effondrement des moyens traditionnels de contrôle social, une délégitimation de l’autorité politique et des autres formes d’autorité, et une surcharge d’exigences adressées au gouvernement, exigences qui excèdent sa capacité de les satisfaire. »
 
Intéressant constat ! Qui tient à ce que la démocratie, aujourd’hui, n’est plus considérée comme l’une des formes possibles de gouvernement, mais est devenue la seule référence politique autorisée – et quasiment divinisée ; ou, pour reprendre la problématique d’Emmanuel Macron, « royalisée ».
 

Qui t’a fait roi ?

 
Manifestement, malgré sa lecture d’Aristote, la vision du roi et de la démocratie d’Emmanuel Macron est plus proche de la conception de la Trilatérale (ou du Groupe Bilderberg, aux réunions duquel il a été amené à participer) que de celle de saint Thomas d’Aquin. Au quotidien, il lui suffit, en tout cas, de voir Manuel Valls agiter le 49.3… pour défendre, il est vrai, une certaine loi Macron.
 

François le Luc