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Manœuvres conjointes Vostok 2018, Forum économique oriental russe : Poutine et Xi rapprochent Russie et Chine face à Trump

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Le rapprochement entre Chine et Russie s’accélère sur fond de guerre commerciale et de tension militaire avec les Etats-Unis de Donald Trump. Au plan militaire, les manœuvres russes les plus vastes depuis la fin de la Guerre froide, Vostok 2018, ont commencé, incluant la participation d’un contingent notable de troupes d’élites chinoises et mongoles. Au plan économique, le président chinois Xi Jinping a rencontré le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine mardi à Vladivostok pour un sommet bilatéral lors du Forum économique oriental, qui vise à promouvoir les investissements dans l’Extrême-Orient russe.
 
Les deux événements prétendent avoir une portée historique. Les manœuvres organisées par la Russie non loin de la frontière chinoise et qui s’achèveront ce 17 septembre voient pour la première fois des troupes étrangères provenant de pays non membres de l’ancienne alliance militaire soviétique, le Pacte de Varsovie, participer à un exercice russe de première importance. Quant à la rencontre Poutine-Xi à Vladivostok, elle marque la première participation d’un dirigeant chinois au Forum économique oriental russe.
 

Vostok 2018, une expérience militaire irremplaçable pour la Chine

 
Vostok 2018 a non seulement pour but de manifester les relations de plus en plus étroites entre la Russie et la Chine mais elles offrent à l’armée chinoise, en voie de modernisation rapide, une expérience irremplaçable d’opérations sur sol étranger. L’armée chinoise a peu d’expérience en matière de logistique sur de longues distances, de projection sur des fronts éloignés ou de coordination avec les états-majors de grands alliés. Les militaires chinois « ont besoin de cette expérience s’ils veulent être capable de sortir de leur pré-carré », estime Vassili Kachine, de l’Ecole des hautes études économiques de Moscou. Autre détail important, le fait que les troupes chinoises participant à Vostok 2018 proviennent du commandement de la zone Nord, qui couvre la frontière chinoise avec la Corée du Nord.
 
Les dirigeants russes et chinois ont cru devoir assurer que ces manœuvres ne visaient pas à menacer ou intimider un quelconque adversaire. Les observateurs indépendants en revanche relèvent que les équipements mis en branle, tels le système anti-aérien S-400 ou les bombardiers Tu-95MS, et les tactiques testées, sont principalement destinés à répliquer aux armements détenus par l’OTAN et les Etats-Unis. Vostok 2018 met l’accent sur la défense des installations navales des deux puissances, Chine et Russie, contre des missiles ou des bombardiers lourds. Que l’on sache, les terroristes ou les mouvements séparatistes ne projettent pas d’assiéger les bases navales avec des porte-avions. « L’ambiance antioccidentale entourant ces manœuvres est évidente », estime Clint Reach, de la Rand Corporation.
 

Au Forum économique oriental, Xi se pose en défenseur de la gouvernance globale

 
Au plan économique, les médias officiels russes ont insisté sur les importants accords commerciaux signés par Xi Jinping et Vladimir Poutine au Forum économique oriental alors que le commerce russo-chinois a fortement augmenté ces dernières années. Lors de leur conférence de presse commune, Xi a déclaré que les deux pays « entendaient défendre résolument la charte et les principes de l’ONU, se dresser contre l’unilatéralisme et le protectionnisme pour construire un nouveau type de relations internationales et une communauté d’avenir partagé pour toute l’humanité ». Un programme de gouvernance globale directement dirigé contre le souverainisme porté par Donald Trump.
 
On se demande bien pourquoi le président « à vie » chinois a mis si longtemps pour se rendre au Forum économique oriental, alors que des dirigeants de poids lourds beaucoup moins proches de la Russie, tels que le Japon ou la Corée du Sud, y participent depuis une décennie. L’explication réside probablement dans la volonté de Pékin de défier ouvertement le gouvernement de Donald Trump alors que la Chine communiste entendait éviter de froisser ses prédécesseurs. Les échanges économiques avec la Russie pourraient atténuer les conséquences d’une bataille commerciale avec les Etats-Unis qui se révèle plus douloureuse pour la Chine que ne l’anticipaient Xi Jinping et la plupart des analystes aux Etats-Unis. Le président chinois entend profiter de toutes les occasions pour ferrailler contre le « protectionnisme » américain devant des auditoires qui n’éclateront pas de rire en entendant le dirigeant chinois larmoyer devant la fermeture de marchés et les ruptures d’accords commerciaux, toutes tactiques grâce auxquelles la Chine a hypocritement bâti sa domination industrielle.
 

Mais la Russie de Poutine pourrait se mordre les doigts d’avoir offert une telle tribune à Xi

 
Il convient de noter, pour nuancer le tableau, que la Russie pourrait bien se mordre les doigts d’avoir offert une aussi belle tribune à Xi Jinping, d’ores et déjà dirigeant plus puissant et plus influent que Vladimir Poutine et candidat beaucoup plus crédible au poste de nouvel autocrate global du XXIe siècle. La chaîne officielle russe RT, si elle a applaudi aux arguments de Xi, n’a pu s’empêcher d’ironiser sur le fait qu’il se soit vanté de la taille de la délégation chinoise au Forum, et de la prétendue solidité croissante de l’économie chinoise.
 
Notons que les marchés actions chinois ont chuté à un plus bas de 31 mois au moment même où Xi et Poutine célébraient leur brillant avenir économique. Selon les analystes, les marchés chinois devraient encore chuter pendant quelques mois avant d’atteindre leur plancher. L’une des conséquences les plus surprenantes de la guerre commerciale entre Trump et Xi pourrait bien être que Pékin assouplisse son contrôle autoritaire sur l’économie chinoise et introduise quelques réformes libérant les acteurs économiques pour relancer son moteur surendetté et en voie d’essoufflement.
 

Matthieu Lenoir