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Le compromis Merkel-Seehofer sur l’immigration déplace le problème, l’Autriche menace de contrôler ses frontières

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L’accord de dernière minute trouvé lundi entre Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, du parti conservateur bavarois CSU, pourrait se révéler n’être qu’un emplâtre sur une jambe de bois, tant en matière de politique extérieure qu’intérieure. A l’extérieur, la concession du chancelier, qui consiste à créer des centres de transit à la frontière et de renvoyer vers leur pays européen de premier enregistrement les immigrés clandestins, va créer un effet domino. Elle hérisse ses voisins du Sud, Autriche en tête, qui menacent de contrôler leurs frontières. A l’intérieur, la crise de l’immigration va continuer de poursuivre son travail de sape malgré ce compromis, la CSU devant faire face à la montée du parti identitaire AfD et à sa divergence croissante avec le laïcisme de la CDU, qui n’a plus de chrétien que le nom.
 

La crise Merkel-Seehofer menace de s’étendre au-delà des frontières vers l’Autriche

 
Si elle paraît résolue à l’intérieur grâce au compromis Merkel-Seehofer, la crise allemande risque de s’étendre au-delà des frontières, menaçant le dogme de la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen. L’Autriche s’est déjà dite décidée « à agir pour protéger » ses frontières. « Nous allons devoir prendre des mesures pour éviter les inconvénients (de la décision allemande) pour l’Autriche et son peuple », a prévenu Sebastian Kurz, chancelier autrichien de droite (ÖVP). Il exige que l’UE prenne des mesures pour protéger ses frontières extérieures car « c’est à cette seule condition qu’une Europe sans frontières intérieures est possible à long terme ». Or l’imperméabilité de 13.983 km de frontières extérieures, majoritairement maritimes, est un leurre.
 
Le ministre de l’Intérieur allemand exigeait le refoulement des immigrés franchissant la frontière. Angela Merkel a refusé, arguant que cela créerait une crise avec les autres Etats membres. La demi-mesure a donc été d’imaginer des centres de transit, doublés d’accords bilatéraux pour que les pays de premier accueil récupèrent les migrants refoulés d’Allemagne, comme la Grèce ou l’Espagne. Mais l’Italie a d’ores et déjà refusé et l’Autriche, située entre les pays d’entrée et l’Allemagne, redoute de devoir in fine prendre en charge les immigrés illégaux refoulés par Berlin.
 

L’Autriche brandit la fermeture des frontières avec l’Italie et la Slovénie

 
Pour Karin Kneissl, ministre autrichien des Affaires étrangères, l’accord allemand « soulève une quantité de questions de légalité et de politique européennes ». « Nous n’avons jamais été consultés et nous attendons de plus amples détails de la partie allemande », a-t-elle ajouté. L’Autriche, du coup, menace d’introduire des contrôles similaires à ses frontières avec la Slovénie et l’Italie, incluant le col du Brenner, principal point frontière avec cette dernière, sur un axe économique stratégique. A Rome, le ministre Matteo Salvini se dit prêt à rétablir les contrôles sur le Brenner. Comme pour toute gestion de flux, la multiplication des sas garantit seule le contrôle.
 
En Allemagne même, le compromis Merkel-Seehofer est présenté par les partis d’opposition et par la presse de l’oligarchie, Spiegel en tête, comme un recul du ministre de l’Intérieur. Christian Lindner, du FDP, qui avait fait capoter un premier projet de coalition, qualifie le ministre CSU de grand perdant. Sigmar Gabriel, social-démocrate européiste et futur administrateur d’Alstom-Siemens, ex-ministre des Affaires étrangères, accuse Horst Seehofer d’avoir soumis Angela Merkel à son « chantage ». Chien de garde de l’européisme immigrationniste Martin Schulz, patron déchu du SPD et ex-président du Parlement européen, a aboyé que « le temps où l’on pouvait considérer la CSU comme un parti européen responsable est terminé », qu’on assistait « à la destruction de tout le consensus européen de base pour le seul prétexte d’une élection régionale en Bavière ». La CSU est menacée par l’AfD de perdre sa majorité en octobre en Bavière mais M. Schultz oublie l’essentiel : la culture.
 
Membre de la majorité, et quoique électoralement menacé d’être dépassé par l’AfD au niveau fédéral, le SPD est en mesure de bloquer l’application de cet accord CDU-CSU sur les centres de transit. Il avait déjà retoqué une proposition similaire en 2015. Mais aujourd’hui, « pour le seul prétexte » de ne pas être ravalé au rang d’un parti marginal aux prochaines élections fédérales et humilié par l’AfD, le parti de M. Schultz, devenu parti de « bobos », pourrait avaler la couleuvre.
 

L’oligarchie antinationale assimile toute critique de l’immigration à de la xénophobie

 
L’oligarchie immigrationniste agira par d’autres moyens. Aux Etats-Unis, le Council on Foreign Relations estime que « la principale cause du soutien croissant aux mouvements populistes autoritaires et xénophobes est la réaction contre l’immigration ». Comme tous les sans-frontiéristes européens, ce creuset de la globalisation antinationale assimile toute critique de l’immigration à de la « xénophobie ». La presse oligarchique qualifie de façon pavlovienne l’AfD allemande de « parti d’extrême droite ».
 
A la CSU, Seehofer a déclaré que « L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne » et son rival Markus Soeder a ordonné, au grand dam d’Angela Merkel, l’apposition dans les bâtiments publics de crucifix, « symboles de notre identité bavaroise ». Côté CDU en revanche, Angela Merkel avait refusé en 2005 d’endosser le qualificatif de « chrétien », affirmant vaguement « ses valeurs » – maçonniques ? En 2015, cette fille d’un pasteur passé à l’Est et ancienne membre des Jusos, jeunesses communistes de RDA, avait ouvert les frontières à tous les migrants, massivement musulmans, accourus via la Grèce. Elle n’avait pour ce faire consulté ni sa majorité, ni ses ministres, ni son groupe parlementaire, ni les autre pays européens.
 
Contrairement à l’accusation du baron social-démocrate à front de bœuf Martin Schultz, la fracture entre CDU et CSU n’a pas pour cause profonde l’élection bavaroise d’octobre, épiphénomène. C’est la fracturation de la pensée occidentale, entre soumission au multiculturalisme nihiliste et maçonnique, et fidélité à la royauté du Christ, qui agit sur la politique comme la tension tectonique avant le séisme.
 

Matthieu Lenoir