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Négociations à l’italienne : Mattarrella accepte Conte comme Premier ministre

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C’est donc fait. En l’espace de quelques heures de négociations que l’on imagine intenses, l’Italie s’est trouvée dotée d’un gouvernement, le Premier ministre initialement nommé retrouve son portefeuille, le président Mattarrella s’est montré tout aussi souple que la Lega (droite) et le mouvement Cinque Stelle (gauche) pour trouver une solution qui sent la combinazione à l’italienne. C’est le retour de Giuseppe Conte à la tête du gouvernement, exit l’homme du FMI imposé par Sergio Mattarella, Carlo Cottarelli. Peut-être les européistes se sont-ils ravisés devant la levée de boucliers qui a accueilli l’outrecuidance de cette nomination technocratique. Cottarelli n’a pas réussi à former un cabinet, ni à attirer l’adhésion d’aucun des partis, il a jeté l’éponge jeudi soir.
 
La capacité d’arrangement des Italiens – on devine les pourparlers fébriles, les rencontres dans les rues de Rome où tout se fait et se défait, les exigences et les compromis fruits d’un entraînement multiséculaire – a fait le reste. Le reste, c’est ce mariage de la carpe et du lapin qui s’entendent pour contrer l’ennemi commun, pour finalement s’arranger aussi avec lui : l’opposition à la construction européenne ira jusque-là, mais pas plus loin.
 

En Italie, tout se résout par des négociations

 
La pomme de discorde était la nomination d’un professeur de droit eurosceptique – et surtout, sceptique à l’égard de la monnaie unique européenne – au poste de ministre des finances. Mattarrella a tiqué, tandis qu’à l’échelon supérieur, le commissaire européen au budget, Günther Oettinger, brandissait la menace de la faillite italienne en expliquant que les marchés financiers sauraient bien faire comprendre aux rebelles populistes qu’il leur en cuirait de résister à la toute-puissance de l’UE. Encore une démarche qui a été mal prise, mais au bout du compte, Matteo Salvini pour la Ligue et Luigi Di Maio pour le mouvement d’extrême gauche Cinq étoiles ont reçu le message… cinq sur cinq.
 
Ledit professeur de 81 ans, Paolo Savona, a simplement été déplacé. Toujours ministre, il présidera dans le gouvernement qui, à peine nommée jeudi soir, a prêté serment au Quirinal vendredi, aux Politiques communes communautaires, toujours en première ligne vis-à-vis de l’UE mais cette fois de manière acceptable aux yeux de Sergio Mattarella. « La machine a démarré. Mes idées sont ce qu’elles sont, maintenant il s’agit de comprendre quelles sont les limites », a déclaré le nouveau ministre. Entre coups de théâtre et nouvelles compromissions, il est plus sage aujourd’hui de ne pas faire de pronostics. Tout le monde s’est déjà lamentablement planté en n’imaginant même pas la possibilité d’une solution au mélodrame du début de la semaine avec un gouvernement « Conte 2 ».
 
Avec ou sans Savona, Conte qui n’appartient à aucun des deux partis en présence est prêt à prendre le pouvoir. Il Corriere a salué le nouveau Premier « élégantissime », arrivé au Quirinal en expliquant : « Nous ne sommes pas des Martiens. » Le journal y voit plutôt le « dandy ultime » et rapporte, amusé, le pari d’un photographe lors de la cérémonie de prestation de serment : « D’ici à un an et demi, on aura Draghi. » Tout est possible.
 

Mattarrella accepte Conte comme Premier ministre

 
En attendant, à la place de Savona, voici Giovanni Tria. On peut le qualifier d’opposant modéré à la gouvernance économique de l’Union européenne. Il n’est en tout cas pas demandeur d’une sortie de l’euro. Inconnu des journalistes, figure de compromis lui aussi entre la droite et la gauche, il est connu pour avoir réclamé la modification des règles fiscales européennes pour permettre à l’investissement public de soutenir la croissance ; il est également critique des excédents financiers allemands. Il s’inscrit donc dans la tendance de l’augmentation du rôle de l’Etat à travers les deniers publics, hostile à « l’austérité ». Et donc, finalement, dans la tendance nouvellement affichée par le mondialisme qui cherche à séduire les laissés-pour-compte du libre-échange par une socialisation accélérée. Pas sûr que le « populisme » Lega-5 étoiles soit finalement si incompatible avec les macro-tendances globales. En tout cas, les marchés mondiaux ont déjà retrouvé de leur vigueur et l’Italie n’est plus menacée d’une forte augmentation de ses taux d’emprunts publics à court terme.
 
Nous voici donc face à une situation intéressante, avec une alliance de gouvernance de partis dits « anti-système » (mais à quel point ?), où gauche extrême et droite nationale se rejoignent à la plus grande satisfaction du think tank russe Katehon de l’oligarque Konstantin Malofeev, connu pour offrir une large tribune au gnostique inventeur de la « quatrième théorie politique », Alexandre Douguine. Très demandeur quant à lui d’une entente des extrêmes, comme il l’expose dans une profession de foi gnostique citée par reinformation.tv :
 
« Maintenant vient le temps de révéler la vérité, de dévoiler une essence spirituelle que les lèche-bottes ordinaires définissent comme de l’“extrémisme politique”. Nous les avons embrouillés, changeant les registres de nos sympathies politiques, la couleur de nos héros, passant du chaud au froid, du droitisme au gauchisme et inversement. Tout cela n’était qu’une préparation intellectuelle, une sorte de réchauffement idéologique.
 
« Nous avons effrayé et séduit à la fois l’extrême droite et l’extrême gauche, et maintenant toutes deux ont perdu leurs lignes directrices, toutes deux ont été attirées hors des sentiers battus. C’est merveilleux. »
 

Mattarrella s’est contenté du déplacement de Paolo Savona

 
Il est important d’analyser la situation italienne actuelle à la lumière de ces paroles. Et ce d’autant que d’autres acteurs internationaux jouent aussi leur rôle. Steve Bannon, le conseiller en disgrâce de Donald Trump est ainsi donné par Vanity Fair pour avoir encouragé le rapprochement entre la Lega de Salvini et les Cinque Stelle – parti sur la ligne de Syriza ou Podemos, et pas davantage pro-catholique – et pour s’être profondément impliqué dans la vie politique italienne depuis sa rencontre avec Matteo Salvini en mars dernier.
 
Le média Vanity Fair peut bien être taxé d’adhésion à la pensée « mainstream », cela ne change rien à la réalité de cette analyse qui montre l’existence de menées supranationales en vue de ce « changement de paradigme » qui veut en finir avec l’opposition droite-gauche au profit d’un populisme anti-système placé en opposition aux « partis du système » devenus insupportable, non sans raison, aux petites gens dans de nombreux pays du monde. Mais leur légitime mécontentement ne serait-il pas utilisé au service d’une nouvelle dialectique ? La question est de savoir qui en profitera. Pour Bannon, en tout cas, Salvini peut montrer que « le populisme est le nouveau principe organisateur », comme il le lui a dit lors de cette fameuse rencontre de mars. Objectif : faire écrouler l’établissement au niveau européen, voire mondial, au profit du « mouvement populiste global ». Avec des « solutions » socialistes ?
 
Ce qui est sûr, c’est que Matteo Salvini et sa Lega sont des soutiens énergiques pour la Russie et Vladimir Poutine. Salvini se rend fréquemment à Moscou et il y a même accordé un entretien au sus-nommé Douguine. Il s’affiche également avec Alexeï Komov, proche de Malofeev et séducteur de la droite traditionnelle pro-famille en Europe. Cela a abouti l’an dernier à la signature d’un accord entre la Lega Nord et Russie Unie, lors d’une visite de Salvini en Russie.
 

Le « nouveau paradigme » anti-système et le rapprochement avec la Russie

 
C’est toute l’ambiguïté de la situation, puisqu’on peut aussi se réjouir de ce que l’Italie prenne au moins partiellement ses distances par rapport au pouvoir supranational de l’UE, préalable à toute « libération » des nations. Préalable aussi à une politique nationale de l’immigration que Matteo Salvini, en tant que ministre de l’Intérieur, entend mettre en place vigoureusement mais en bonne entente avec l’Eglise catholique, a-t-il averti
 
Pendant que cette marmite continue de bouillir il y a une autre bonne nouvelle, moins ambiguë, pour l’Italie. Elle qui souffre d’une dénatalité catastrophique soutenue par l’absence totale de politique familiale est désormais dotée d’un nouveau ministre pour la famille et les handicapés, Lorenzo Fontana, réputé le plus à droite du nouveau gouvernement.
 
Dans un entretien avec La Nuova Bussola Quotidiana, il a promis une « flat tax » (impôt à taux unique) pour les familles de trois enfants et plus, à alors que l’Italie a jusqu’ici refusé tout avantage fiscal pour compenser les charges d’enfants. Fontana promet également de protéger la liberté d’éducation et même de promouvoir l’école à la maison, avançant que la famille est un vrai moteur pour le développement et contre l’assistanat. Il a cependant souligné que plusieurs éléments du gouvernement Conte (le premier, mais ses figures sont reprises dans le second) sont « à risque » par rapport à ses projets. 38 ans, marié, un enfant, il entend s’en prendre avant tout au désastre démographique italien. C’est en effet l’urgence des urgences.
 

Jeanne Smits