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Les Nouvelles Routes de la Soie venues de Chine, ce serpent qui fascine les élites globalisées de l’Eurasie

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L’Union européenne est narguée par la Chine, l’Eurasie est de retour par l’Est. Cinq ans après le lancement des Nouvelles Routes de la Soie par le président chinois Xi Jinping, Bruxelles et ses élites globalisées tentent de convaincre les 28 Etats-membres de l’UE que l’amélioration des communications sur le continent eurasiatique est vitale pour leurs économies. La stratégie européiste sera développée lors d’un forum Asie-Europe à Bruxelles en octobre, main tendue au régime communiste chinois par des élites qui n’ont que les épouvantails d’isolationnisme, d’extrémisme et de populisme à la bouche et se déchaînent à chaque mot prononcé par Donald Trump. L’Eurasie, c’est 5 milliards d’humains et 65 % du PIB mondial. L’enjeu pour l’Europe, fascinée par le serpent que constituent ces Nouvelles Routes de la Soie, est pourtant soit de se redresser soit de finir absorbée dans la Pax Sinica conçue à Pékin, admet le Forum Economique Mondial (WEF) dans une analyse pétrie de contradictions.
 

Les Nouvelles Routes de la Soie, prétexte à un « développement global »

 
L’objectif des Nouvelles routes de la soie, Belt and Road Initiative en anglais (BRI), consiste à impliquer davantage la Chine et ses 1,3 milliard d’habitants dans l’économie globalisée. Sur la carte du continent, les nations d’Eurasie semblent être faites pour interagir, même si une vision maritime démontrerait plutôt le contraire. En mai 2017, lors d’un forum autour des Nouvelles Routes de la Soie, de nombreux dirigeants, hommes d’affaires et universitaires estimaient que l’Europe de l’Ouest et l’Asie de l’Est seraient les forces vives du « développement global », la fin de la pauvreté et l’arrêt des guerres étant resservis à l’envi. Le très globaliste WEF estime pourtant que la montée en puissance de la Chine doit être équilibrée par l’Inde et l’Indonésie, comme l’a souhaité le Premier ministre indien Modi à Singapour, voire par l’Europe.
 
Depuis des milliers d’années, affirme le WEF dans une parfaite langue de bois, « les conquêtes, le commerce et les migrations ont mêlé l’Asie et l’Europe », phénomènes interrompus seulement « dans un passé récent ». L’analyste du Forum économique mondial déplore ainsi que la révolution industrielle en Europe et les colonisations consécutives en Asie et en Afrique « aient créé une division artificielle », concentrant « le pouvoir économique et militaire à l’Ouest », alors « que géographiquement » il n’en existerait « aucune ». Les gigantesques barrières himalayennes, l’Oural, les immensités des déserts centraux, les glaces sibériennes et les mers intérieures ne troublent pas l’analyste en chambre du WEF, pas plus que les guerres ancestrales qui ont ensanglanté ce continent fracturé, depuis celles opposant les Perses aux Grecs jusqu’aux invasions d’Attila le Hun, en passant par les ravages du turco-mongol Tamerlan. Pour le WEF, l’Europe moderne semble coupable de tout.
 

Le statut quo européen brisé, l’Eurasie dirigée par la Chine ?

 
Heureusement pour l’analyste du WEF, « la montée en puissance économique de l’Asie brise ce statu quo » et « les populations, les biens, les innovations et la finance circulent de nouveau avec une relative liberté à travers l’Eurasie ». Or, si la division entre Europe et Asie « est une construction artificielle, moderne et occidentale, la Chine réalise ce qu’aucune autre puissance ne souhaite faire : concevoir, définir et diriger l’Eurasie ».
 
Selon l’analyste, « la Chine est mue, non par l’idéologie (sic), mais par le désir de ressusciter et étendre son rôle historique de centre culturel, économique et militaire du monde ». Pour lui, « si les démocraties libérales ne proposent pas d’alternatives pour répondre aux demandes d’infrastructures et de gouvernance en Asie et en Afrique », la Chine parviendra à réaliser ses ambitions. Or, note-t-il, la confiance dans les gouvernements démocratiques est à un plus bas et les démocraties sont affaiblies par des crises intérieures alors que la Chine agit sur le long terme. Le risque, souligne le WEF, est que les Nouvelles Routes de la Soie créent des tensions avec les populations qui se battent pour leur emploi et que les infrastructures nouvelles ne soient utilisées par des organisations radicalisées dans des pays (Iran, Turquie, Pakistan) qui constituent des barrières culturelles. Réalité humaine que le WEF est bien obligé de reconnaître.
 

La Chine pourrait pâtir de sa démographie dans sa conquête de l’Eurasie

 
Pour nous soulager, les pressions démographiques pourraient forcer Pékin à modérer ses ambitions. Tandis que les nouvelles générations chinoises ont tendance à en demander plus, la prépondérance des jeunes hommes dans les grandes villes et le vieillissement de la population des campagnes risque de déstabiliser la Chine elle-même. Le rôle de l’Inde, géographiquement plus central en Eurasie tout en étant partie prenante de la zone indo-pacifique, deux régions qui selon le WEF « définiront » le XXIe siècle, pourrait donc être amené à croître. La Russie qui, selon le WEF, « entretient une relation perverse avec l’Empire du Milieu tout en partageant son mépris pour l’Amérique », n’est plus le superpouvoir eurasien qu’elle fut, réduite selon lui au rôle de « policier honoraire » voire de consultant pour l’expansionnisme chinois (vers la Sibérie ?). Le risque d’une divergence conceptuelle autour de l’idée d’Eurasie entre Chine et Russie pourrait avoir, admet le WEF, de fâcheuses conséquences.
 

Les élites globalisées fascinées par la Chine

 
Quant à l’Europe endettée, son multiculturalisme dogmatique, son vieillissement et son « populisme réactionnaire » la placent en situation de faiblesse, selon le WEF. Pour le Forum économique mondial, « la conception chinoise du continent requiert une réponse super-continentale » et, pour le monde libéral, « il s’agit soit de se redresser et de s’imposer, soit de rester sur le bord du chemin et laisser s’étendre la Pax Sinica ». Mais comment concilier le sans-frontiérisme effréné des élites globalisées, leur refus de la raison populaire occidentale, et l’équilibrage de ce « national-globalisme » pratiqué par la Chine ? Le WEF, pris dans son piège dogmatique, se garde bien de répondre.
 

Matthieu Lenoir