Breitbart News propose, ce lundi 13 avril, un reportage sur l’action des Etats-Unis et en particulier de l’administration Trump pour assurer une présence d’investissements américains en Grèce, où la Chine occupe depuis plusieurs années une position importante. Il n’y a pas que le détroit d’Ormuz, en effet, qui intéresse les Etats-Unis en tant que voie d’eau cruciale pour le transport de denrées dont le monde entier a besoin. L’affaire des chantiers navals d’Elefsina, qui sont en voie de rachat par les Etats-Unis, vient illustrer ce souci. Ils sont situés à quelques encablures du Pirée, où la Chine communiste accroît son emprise depuis 2009, obtenant via sa société d’Etat COSCO une participation de 51 % au titre des accords de privatisation de 2016, passée depuis à 67 % en 2021.
Elefsina offrira ainsi la possibilité aux Etats-Unis d’ouvrir un port concurrent face aux convoitises chinoises. C’est en 2019 que COSCO était venu voir le ministre grec du Développement et de l’Investissement, Adonis Georgiadias pour faire une offre. La Grèce s’était alors tournée vers l’administration Trump de l’époque, envoyant une délégation aux Etats-Unis autour de Georgiadis. Ce dernier explique aujourd’hui que les Chinois avaient déjà, à cette époque-là, acheté à peu près tout ce qu’il y avait de disponible en Grèce, et qu’il ne souhaitait pas être acculé à vendre aussi Elefsina, en grave difficulté et pour lequel une seule offre, la chinoise, existait à l’époque.
Les Etats-Unis achètent en Grèce les chantiers navals Elefsina près du Pirée
L’administration Trump venait de créer la Development Finance Corporation (DFC), qui fournit des outils financiers pour permettre des investissements en faveur du développement économique des pays les moins développés. A l’époque, la Grèce n’était pas sur la liste, mais son directeur exécutif, Adam Boehler, fut rapidement convaincu qu’il fallait agir après que Georgiadis lui eut montré une vidéo où l’on voyait Xi Jinping, en visite en Grèce, qualifier le port du Pirée de « tête du dragon » chinois dans la région, porte orientale de l’Union européenne. Tout juste, cet ami personnel de Trump demanda-t-il au ministre de rejouer la vidéo après quoi il lança : « Je vais trouver une solution. »
Celle-ci devait se concrétiser un mois plus tard avec l’amendement de la liste des pays éligibles au financement de l’International Development Finance Corporation (DFC) à la Grèce, au terme d’un vote bipartisan.
Quelques mois plus tard, au début de 2020, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis se rendit à son tour aux Etats-Unis pour rencontrer Trump et lui parler du chantier naval d’Elefsina. Mitsotakis souligna que la Chine tentait de l’acheter afin de pouvoir contrôler la plus grande part de l’industrie navale grecque. Il informa également le président américain de la proposition de la DFC de faire une offre. Aussitôt, Trump répondit : « Veuillez dire à votre ministre de parler avec mon ministre pour trouver une solution », raconte Georgiadis, qui était présent lors de la réunion à Breitbart News.
COSCO – le gouvernement chinois – a acheté le Pirée, la « tête du dragon » selon Xi Jinping
Tout devait aller très vite, mais l’élection de Biden devait ralentir un peu les négociations, sans les empêcher toutefois. Maintenant que Trump est de nouveau à la Maison Blanche, les formalités ont de nouveau pris de la vitesse et devraient aboutir à un accord profitable, à la fois pour les Etats-Unis et pour le DFC.
Sans surprise, la Chine a dénoncé ces manœuvres américaines, attaquant en particulier l’ambassadrice des Etats-Unis à Athènes, Kimberly Guilfoyle. Accusée d’avoir diffamé la Chine et de s’être rendue coupable d’une ingérence sérieuse dans les affaires internes de la Grèce, Madame Guilfoyle a, de son côté, assuré avoir tout fait pour promouvoir les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés dans la région. Elle a notamment déclaré à Breitbart : « Si cela signifie contrer de façon très agressive les intérêts chinois, je suis prête à le faire chaque jour et je continuerai sans m’en excuser, parce que c’est mon boulot et c’est ce qui est bon pour la sécurité nationale. »
Elle s’est en particulier félicitée de ce que la Grèce ait mis en place une commission d’évaluation des investissements étrangers après le coup de main de la Chine sur le port du Pirée, exécuté à un moment où la situation économique de la Grèce était mauvaise et que COSCO s’est trouvé être le seul acheteur potentiel. Il s’agit de l’acquisition d’une pièce maîtresse, vu l’importance régionale du Pirée et de la présence historique de la Grèce dans le transport maritime. Aujourd’hui, par exemple, ce sont des navires grecs qui transportent quelque 25 % du gaz naturel liquéfié au monde. Voilà pourquoi Xi Jinping pouvait parler de la « tête du dragon »…
Cette histoire a toute son importance au moment où l’Iran est capable de tenir en otage l’ensemble du Proche-Orient à travers la maîtrise du détroit d’Ormuz, et ce à travers une amitié évidente avec la Chine qui vise notamment à empêcher les Etats-Unis d’être la superpuissance dominante. « C’est la Chine qui veut l’être », a déclaré le sénateur Tom Cotton, président de la Conférence républicaine du Sénat, lors d’un événement organisé tout récemment par Breitbart. Il a rappelé que depuis plusieurs années, l’Iran en est arrivé à vendre la plus grosse part de son pétrole au marché noir à la Chine, en échange d’envois d’armes à l’Iran.
L’affaire d’Elefsina montre que les Etats-Unis sont en train de contrer enfin la Chine sur les mers, et de proposer une alternative à la Nouvelle route de la soie, par laquelle la Chine cherche à asseoir son hégémonie, commente Breitbart. On retrouve cette logique à la fois au Panama, en Asie orientale, au Proche-Orient et désormais en Europe, comme le montre l’affaire grecque.











