A Paris, des nanotubes de carbone découverts dans les poumons d’enfants asthmatiques

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C’est le type même d’une information déformée par les médias. On apprenait la semaine dernière que des chercheurs de l’université de Paris-Saclay ont découvert des nanotubes de carbone dans les cellules des voies respiratoires d’enfants asthmatiques vivant en région parisienne. « Ces nanotubes pourraient provenir d’émissions de gaz d’échappement et entrer dans les poumons de chacun d’entre nous », affirmait alors le site de vulgarisation futura-sciences.com. Et l’article parlait de particules fines, de carbone, de diabète, de cancer du poumon : des mots qui font peur.
 
Les tests ont été menés auprès d’enfants souffrant d’asthme sur des échantillons prélevés sur 64 individus malades, la bronchoscopie n’étant pas justifiée sur des sujets sains. A l’aide de microscopes électroniques, la présence de nanotubes, invisibles au microscope optique, a été vérifiée chez chacun d’eux. Ils sont similaires à ceux qui se trouvent dans les « gaz d’échappement de véhicules parisiens ».
 

Les nanotubes de carbone dans les poumons d’enfants asthmatiques – mais aussi ailleurs

 
Ces nanotubes de carbone, un matériau ultra-résistant, sont soupçonnés d’avoir un rôle similaire à celui de l’amiante, piégeant des substances nocives, parmi lesquelles les polluants de l’air.
 
Et hop, voilà la voiture incriminée – la voiture parisienne, notez-le bien – et responsable de l’augmentation des allergies des enfants : c’est ainsi que les médias non scientifiques ont répercuté le message. Une aubaine pour Anne Hidalgo !
 
Qu’il y ait davantage d’enfants allergiques et que la pollution n’arrange pas la situation n’est pas en cause ici. Mais on relèvera quand même quelques bémols exprimés dans l’article de futura-sciences.com que l’on ne retrouve plus dans les articles subséquents au ton nettement plus alarmiste.
 

Anne Hidalgo, maire de Paris, pourra partir en guerre contre les nanotubes de carbone

 
Les nanotubes de carbone se trouvent en effet dans la nature. Wikipedia explique ainsi qu’« il s’en produisait déjà (en infime quantité) dans la suie des foyers, où, fractionnées sous l’effet de la chaleur », il y a « 500.000 ans », « dès la découverte du feu ». Faut-il en déduire que le feu, comme la mayonnaise ou le polystyrène, est une invention humaine ? Et qu’avant l’âge de feu, la suie n’existait pas ?
 
Quoi qu’il en soit, les nanotubes de carbone ne sont pas des artefacts produits avec l’invention du moteur à diesel. On en trouve partout, probablement dans les poumons de chacun, et aussi dans des carottes de glace qui permettent de remonter à des temps forts anciens.
 
Voilà donc une information qui d’emblée s’accompagne de beaucoup de conditionnels et d’inconnues, et qui à l’arrivée, s’« absolutise » et sert une cause politique. Avec ses propres ratés : on lit ainsi que le site lesnewseco.fr que les scientifiques de l’université de Paris-Saclay ont prélevé des nanotubes sur des pots d’échappement et sur des fenêtres à Antony et à Nanterre au cours de leur étude. L’article conclut, en un joyeux charabia : « Les scientifiques ont découvert dans ces échantillons les mêmes tiges rectilignes. Composées de carbone, elles ne faisaient plus de doute : ce sont elles qui composent les pots catalytiques. L’usure de ces derniers libèrent (sic) dans l’air ces nanotubes qui se retrouvent par conséquence dans les bronches des humains. »
 
Encore un peu, et ce seront les pots catalytiques qui seront désignés comme responsables de la pollution !
 

Anne Dolhein