Pigasse : pluralisme à gauche avec Mélenchon sans Glucksmann

 

Combien sont-ils à gauche, en comptant François Ruffin, à penser devenir président de la République ? Autour de François Hollande qui rêve de le redevenir se sont réunies à Liffré en Bretagne plusieurs figures de la gauche dite « modérée » pour y « fédérer les énergies » en vue de 2027. Cela a viré au vinaigre entre Raphaël Glucskmann, centre de ralliement depuis 2024 de cette gauche dite aussi « réformiste » et « humaniste », et Mathieu Pigasse, cadre qui a gagné cent millions par la banque et l’audiovisuel public afin de les dépenser en influence politique. L’un veut étendre les frontières de la gauche à Mélenchon dans le cadre du pluralisme, au nom du réalisme, pour faire gagner la gauche, l’autre n’en veut pas, au nom de la morale et des principes. Ce débat en cache un autre : les deux ont leur ambition présidentielle. Eux aussi.

 

Pigasse : la gauche propriétaire sans vergogne du pluralisme

Mathieu Pigasse, vous connaissez ? C’est le presque sexagénaire sémillant qui s’en est pris à Charles Alloncle lors de son audition par la commission d’enquête, en même temps que son compère Xavier Niel, en utilisant la bonne vieille méthode de l’attaque pour se défendre. Pour faire oublier qu’on lui reprochait de faire constamment de la politique de gauche et par l’intermédiaire des médias qu’il possède, il accusait le rapporteur de « démarche politique » en faveur de l’extrême-droite. Relancé, il a laissé tomber pour toute justification : « Je me suis exprimé en tant que citoyen. » Et pour faire oublier qu’on lui demandait des réponses précises sur la société Médiawan, dont il est l’un des fondateurs, et qui fournit pour cent millions d’euros par an d’émissions politiques (C à vous, C Dans l’air) à France Télévisions, il a lancé, jouant une fureur noire : « Vous ne me ferez pas taire, M. Alloncle, ni aujourd’hui, ni demain. » Du grand art. C’est le bébé roi surpris le doigt dans la confiture par sa grand-mère qui lui bourre les tibias de coups de pied.

 

Protégé par l’ARCOM il attaque Glucksmann au nom de l’union de la gauche

Aujourd’hui cependant la supercherie est devenue patente. Pigasse laisse paraître son ambition présidentielle : « Je n’exclus rien, je me mets à la disposition de la gauche. » Cela fait un certain temps qu’il ne cachait pas ses convictions, il les précise : « l’urgence absolue, c’est le partage des richesses », et il passe par « une taxation des ultra-riches, une taxe du type Zucman ». Sans oublier bien sûr le « combat culturel » et « contre toutes les discriminations ». On se demande pourquoi l’ARCOM comptabilise les prises de parole de Philippe de Villiers à la radio et à la télévision et non les siennes. C’est du pluralisme à deux vitesses. Une des phrases de Pigasse pourrait l’expliquer et résume ses convictions : « La gauche, c’est le refus de ce qui est. » Il n’en a pas moins les pieds bien sur terre, quand il s’agit des comptes électoraux, et, à Liffré, il a plombé l’ambiance en jetant à Glucksmann : « Je ne comprends pas comment, ni pourquoi, on peut penser dans ce pays qu’une gauche à 30, 35 %, arrivée divisée à l’élection, pourrait gagner. A ce compte-là, la chance, elle est de zéro ! » Il reproche en outre à Glucksmann de « refuser le débat ».

 

Pas de victoire de la gauche sans Mélenchon

A quoi celui-ci répond : « Nous n’avons pas des divergences infimes avec LFI, ce n’est pas vrai. Vous l’appelez la gauche radicale, mais ce n’est pas la gauche. Je ne veux pas gouverner la France avec Jean-Luc Mélenchon. Point. » Il ne juge pas « infime » en particulier l’antisémitisme, ou une certaine conception de la « démocratie ». Cela rappelle un très vieux débat, en 1978, entre François Mitterrand partisan de l’Union de la gauche incluant le Parti communiste de Georges Marchais et lançant le programme commun qui aboutirait à sa victoire de 1981, et Pierre Mendès-France, hostile par principe à toute alliance avec le Parti communiste. Il est amusant de noter que Mélenchon reste aujourd’hui l’un des derniers grands admirateurs publics de François Mitterrand. Le pluralisme à gauche est en train de tourner à la cacophonie. Toute candidature à gauche qui n’inclurait pas Mélenchon doit conduire ou au fiasco ou au choix de Mélenchon par les électeurs.

 

Pauline Mille