Pologne : tentative de coup d’Etat pro-UE par la prise du Tribunal constitutionnel

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Les médias internationaux ont été étonnamment discrets sur ce qu’il faut bien appeler une tentative de coup d’Etat en Pologne vendredi dernier. Tout a commencé avec l’invasion du Tribunal constitutionnel à Varsovie par la police polonaise (sans l’appui de la police allemande comme l’ont prétendu des internautes dans une campagne de fake news sur les réseaux sociaux), au moment où le président conservateur et anti-immigrationniste Karol Nawrocki était en route pour le Sénégal.

Aussitôt la nouvelle devenue publique, ce dernier a fait faire demi-tour à l’avion qui le transportait, en expliquant sur X : « En un tel moment, le président doit être en Pologne. J’interromps mon vol vers le Sénégal. Je reviens. »

Dans le même temps, Donald Tusk, le Premier ministre polonais libéral, écrivait sur X : « La restauration de l’état de droit est notre devoir après des années d’anarchie dirigée par le PiS, ce processus est difficile, parfois douloureux, et il nécessite une action résolue. Il n’y a pas d’autre solution. »

 

Le Tribunal constitutionnel de Pologne, trop conservateur ?

Le Tribunal constitutionnel, qui s’est montré favorable à la Pologne souveraine et à son président à travers ses décisions, était désert au moment de l’intervention policière. Celle-ci a été suivie d’une tentative de prise de pouvoir par le juge Anna Korwin-Piotrowska, récemment nommée au Tribunal constitutionnel par la coalition parlementaire du gouvernement dirigée par Tusk. De sa propre initiative, et alors même qu’elle n’a pas encore prêté serment devant le président de la République polonaise, Karol Nawrocki, Mme Korwin-Piotrowska a signé un ordre de suspension du président légitime du tribunal, Bogdan Święczkowski, ainsi que de son vice-président. Elle s’appropriait, dans le même temps, le pouvoir d’« agir à leur place ».

Cette démarche ne correspond à aucune disposition de fonctionnement du Tribunal constitutionnel, qui a pour tâche, en tant que contre-pouvoir indépendant, de viser la conformité de toutes les décisions prises par les organes de l’exécutif à la Constitution polonaise. Sur le plan juridique, son action aura été donc totalement fantaisiste et constitue à ce titre un « acte sans existence légale », note l’Institut Ordo Iuris pour la culture légale.

Des foules de Polonais ont aussitôt accouru auprès du Tribunal constitutionnel pour protester contre cette prise de pouvoir illégale perpétrée au service de Donald Tusk, qui se trouve être soutenu par l’Union européenne. Olivier Bault soulignait sur X le 30 octobre que ces événements interviennent à un an d’élections pour lesquelles les sondages font prévoir la victoire d’une coalition « particulièrement souverainiste ».

 

Un coup d’Etat contré par le président Karol Nawrocki

Dès son retour, Karol Nawrocki a forcé le passage pour entrer au tribunal, selon Visegrad24 : clairement, les forces de l’ordre n’ont pas voulu ni pris les moyens de le faire. Cependant la police anti-émeute entourait toujours le bâtiment, dimanche, et nul ne sait se qui se passera lors de la prochaine réunion prévue du tribunal ce mardi. Jarosław Kaczyński, leader du PiS dont fait partie le président polonais, a déclaré : « A partir d’aujourd’hui, la Pologne devient un Etat policier. »

Si on parle beaucoup du rôle de l’Union européenne ou de la Commission de Bruxelles dans cette tentative de bouleverser l’ordre constitutionnel polonais au mépris de sa souveraineté, il ne s’agit pas de démarches visant à empêcher un responsable politique pro-russe d’exercer le pouvoir, comme on l’a vu en Roumanie.

Karol Nawrocki est au contraire ferme dans ses déclarations sur la défense de la Pologne face à son voisin oriental et fermement opposé à la levée des sanctions, se montrant favorable à la force économique et militaire, seule capable de faire changer la politique de Poutine, selon le site d’information ukrainien UNN.

 

Le coup contre le Tribunal constitutionnel de Pologne vise la souveraineté monétaire et migratoire

A l’heure où l’Union européenne voudrait voir la Pologne basculer dans la zone euro, sous la pression de l’Allemagne, il est certain, au vu de la Constitution polonaise, qu’il faut une modification de celle-ci en ce sens. Elle ne se fera pas tant que le Tribunal constitutionnel demeure dans sa composition actuelle.

Certains pensent que l’objectif numéro un de toute cette opération est de contraindre la Pologne à adopter la politique d’immigration de l’Union européenne.

La Pologne, en effet, protège ses propres frontières. Le commentateur américain Jack Posobiec a ainsi commenté : « La Pologne est l’un des seuls pays de l’Union européenne qui a refusé de faire entrer des migrants musulmans ces dix dernières années. » C’est un péché contre la pensée unique, mais en outre, cela a créé une zone regardée avec gourmandise par les Etats voisins, comme l’Allemagne, qui font face à l’arrivée de clandestins qu’ils ne peuvent répartir dans cette direction-là, en appliquant le droit européen pour alléger la pression sur leurs pays. Sans compter le « miracle » économique qui voit la Pologne en croissance continue, lui permettant d’espérer de devenir l’une des trois plus fortes économies de l’UE d’ici à dix ans ; elle est déjà 20e économie mondiale devant la Suède, la Suisse et Taïwan.

Or le Tribunal constitutionnel de Pologne, dont la majorité des 15 juges a été nommée sous des gouvernements menés par le PiS, parti conservateur nationaliste, a refusé à ce jour d’entériner la primauté du droit de l’UE sur les lois polonaises.

 

Marek Jurek proposé comme Premier ministre provisoire de la Pologne

Une motion de censure a été déposée le 31 octobre par l’ancien Premier ministre Mateusz Morawieck au nom des patriotes polonais au Parlement, en proposant Marek Jurek, anticommuniste historique et membre du parti Droite de la République depuis 2007, comme Premier ministre de transition jusqu’aux élections en 2027.

Marek Jurek écrivait le 30 octobre sur X :

« Nous sommes arrivés à un point où, pour prévenir l’aggravation de la désagrégation des pouvoirs publics (car l’autorité souveraine de la République exige une coopération élémentaire entre ses institutions), un changement de gouvernement est nécessaire. Il s’agit d’autre chose que d’un simple changement de parti au pouvoir. Les partis changent dans le cadre du processus politique, mais ce processus lui-même est menacé. Le changement de gouvernement nécessaire aujourd’hui ne serait possible que si une partie des députés de la majorité actuelle en prenait conscience. Ce n’est qu’alors qu’il serait possible de mener efficacement la procédure prévue à l’article 158 de la Constitution. On dira : irréaliste ! Certes, difficile et peu probable. Sans cela, cependant, nous ne serons que les témoins de la transformation de la polarisation politique en une destruction progressive de l’Etat. Avec toutes les conséquences internes (et peut-être externes). »

 

Jeanne Smits