La presse inquiète de « l’impuissance de l’Europe »

Presse impuissance Europe
 
L’accord survenu ce lundi matin avec la Grèce est intervenu trop tard pour la presse qui, ne voyant rien venir dimanche sinon de nouvelles difficultés, de nouvelles discussions, manifestait, en de nombreux articles, sur de nombreux supports, son inquiétude devant « l’impuissance de l’Europe ».
 
Lundi matin, les dirigeants de la zone euro ont annoncé, par la voix de Donald Tusk, président du Conseil européen, être parvenus à un accord avec la Grèce, qui pourra donc bénéficier de nouveau d’une aide du Mécanisme européen de stabilité : « A l’unanimité, le sommet de la zone euro a trouvé un accord. Tout est prêt pour un programme du MES destiné à la Grèce avec des réformes sérieuses et un soutien financier. »
 

Une presse inquiète pour… l’Europe

 
Il sera temps de revenir sur les détails de cet accord, non précisés à l’heure d’écrire, et sur les déclarations de satisfactions et d’autosatisfaction qui se sont multipliées depuis le « tweet » de Donald Tusk – c’est ainsi : on règle désormais le destin des nations comme on joue à Tetris ou Candy Crush. Ce qui est sûr, c’est que la formule « réformes sérieuses » auxquelles s’est donc engagé le premier ministre grec ne signifie rien d’autre que son acceptation – j’allais écrire : sa capitulation… – de la totalité des exigences imposées par ses partenaires et créanciers. Et donc, selon une méthode qui nous est devenue tellement habituelle qu’elle semble ne plus faire réagir quiconque, la transformation du « non » grec de refus en un « oui » total de soumission.
 
Il sera toujours temps de voir comment Alexis Tsipras s’en arrangera avec le peuple grec en rentrant à Athènes…
 
Pour l’heure, cela ne change rien, contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire, à « l’impuissance de l’Europe » telle que la presse, en bien des lieux, la soulignait, avec une vive inquiétude.
 
« En plus de la crise grecque, voilà la crise européenne ! (…) Elle rend l’UE ridicule à la face du monde », affirmait Jean-Claude Kiefer dans Les Dernières nouvelles d’Alsace. Cette phrase n’est pas anodine. Elle manifeste que, malgré les difficultés, un certain nombre de nos confrères s’accrochent mordicus à l’Union européenne. Mais, surtout, elle est l’affirmation d’une contre-vérité flagrante qui voudrait nous faire croire que la crise grecque pourrait déboucher sur une crise européenne, alors que, en réalité, c’est la crise quasi systémique de l’Union européenne qui est responsable sinon de l’origine, du moins de l’aggravation de la crise grecque – sans parler des autres Etats-membres de l’Union.
 

L’argument trompeur de « l’impuissance de l’Europe »

 
On pourrait en citer bien d’autres, qui, toutes, se résument à cette première. Retenons aussi : « L’Europe ne sortira pas grandie de l’épreuve », souligné par Marie-Louise Roubaud dans La Dépêche du Midi. Qui ajoute, avec un brin d’aveuglement : « Au bout du compte la maison Europe se fissure et perd à son tour la crédibilité, la confiance, qui étaient attachées à sa mission et à son idéologie fondatrice. »
 
Ou : « D’évidence, la crise grecque se mue en démonstration pathétique de l’impuissance de l’Europe. L’affaire n’est désormais plus économique, même si on parle encore de milliards, mais politique », selon Alain Dusart dans les colonnes de L’Est Républicain.
 
On ne sait jusqu’à quel point tous ces confrères sont persuadés de la véracité de ce qu’ils écrivent, tant il est vrai que, depuis déjà plusieurs décennies, chaque affirmation de la faiblesse européenne a été l’occasion de nous asséner plus d’Europe encore. Ce qui ne signifie nullement que l’Union européenne ne soit pas, en soi, un monstre – ou un « machin », pour reprendre une terminologie gaullienne – dont la viabilité ne peut être que celle d’une espèce de Léviathan ou de Saturne dévorant ses enfants.
 
De fait, l’Europe de Bruxelles ne peut tenir qu’en annihilant peu à peu ses Etats-membres. Il ne lui suffit pas d’avoir confisqué à son profit leur souveraineté, il lui faut désormais les ruiner pour mieux se les assujettir…
 

François le Luc