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Purge : l’Académie pontificale pour la vie (APV) sans membres…

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S’il faut en croire le site de l’Académie pontificale pour la vie, celle-ci est actuellement une sorte de tête sans corps, puisque la page « membres » annonce que leur nombre est égal à zéro. Nul ne sait aujourd’hui comment évoluera la composition de cette institution fondée par Jean-Paul II. On en reste au renvoi de tous les membres existants de l’APV à la fin de l’année dernière par le pape François – quelque 70 personnes se voyaient « remerciées » pour respecter les nouveaux statuts voulus par le souverain pontife, comme le rapportait le bloqueur catholique allemand Giuseppe Nardi en novembre dernier à propos de cette véritable purge annoncée.
 
Les nouveaux statuts prévoient notamment le recrutement des nouveaux membres

« sans aucune discrimination religieuse » 

: autrement dit, il ne sera plus nécessaire d’adhérer à la foi catholique pour en faire partie. La formulation est remarquable : parler de discrimination religieuse à propos du refus de recruter des non catholiques dans une institution ouvertement catholique et ayant des objectifs catholiques constitue une soumission inédite au langage politiquement correct ambiant, et fragilise les droits religieux des catholiques dans leur ensemble.
 

Purge à l’APV : seule l’équipe de Paglia reste en place

 
Aux termes des nouveaux statuts, il n’y aura plus de membres à vie, chacun devant être confirmé tous les cinq ans. Et c’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la purge qui a eu lieu, en même temps qu’a été éliminée l’exigence de prêter le « serment Lejeune » – un serment semblable à celui d’Hippocrate, affirmant de manière plus forte encore le respect de la vie « depuis la conception jusqu’à la mort (naturelle) » – et qu’a été exclue la Congrégation pour la doctrine de la foi.
 
La journaliste Maike Hickson rapporte sur OnePeterFive.com que l’exclusion définitive des quelque 70 membres en exercice de l’Académie pontificale pour la vie est confirmée par la présence de tous leurs noms sur la page « anciens membres » du site officiel de l’institution dirigée depuis août dernier par Mgr Vincenzo Paglia, nommé à ce poste par le pape François. La page confirme qu’il a été mis fin aux fonctions des dits membres au 31 décembre 2016.
 
La question brûlante aujourd’hui est donc de savoir qui va les remplacer. On sait d’ores et déjà que les nouveaux académiciens seront nommés par le pape François lui-même, aux termes des nouveaux statuts : « Les Membres ordinaires peuvent atteindre un nombre maximal de soixante-dix. Ils sont nommés pour une période de cinq ans par le Saint-Père, sur avis du Conseil Directif, sur la base de leurs titres académiques, de leur sérieux et leur compétence professionnelle, et de leur service fidèle dans la défense et la promotion du droit à la vie de chaque personne humaine. » Ils « s’engagent à promouvoir et à défendre les principes concernant la valeur de la vie et de la dignité de la personne humaines (sic), interprétés de façon conforme au Magistère de l’Église ».
 

Nouveaux statuts pour l’Académie pontificale pour la vie

 
Sur le papier, cela est très bien. Mais dans la tempête actuelle autour d’Amoris laetitia et des signes émanant de Rome à propos d’une certaine remise en cause d’Humanae vitae, et le recours à cette véritable purge qui n’a laissé en place que l’équipe dirigeante choisie par le nouveau président, Mgr Paglia, il y a de quoi être inquiet. Ce dernier est connu comme partisan des thèses du cardinal Kasper. Il a publié un livre entre les synodes sur la famille pour faire la promotion de la communion pour les divorcés remariés ; il est connu pour avoir pris position en faveur de la cause homosexuelle ; c’est lui qui a invité des couples homosexuels à la Rencontre mondiale des familles l’année dernière.
 
Parmi les limogés, on note la présence de nombreuses personnalités qui ont mis en cause les tentatives de libéraliser l’enseignement de l’Eglise sur la morale du mariage. Le cardinal Carlo Caffarra fait partie des quatre cardinaux qui ont signé les « Dubia » auxquels le pape François refuse toujours d’apporter des réponses. Le cardinal néerlandais Willem Eijk fait partie des signataires de la lettre des 13 cardinaux à l’orée du deuxième synode sur la famille et il a co-signé avec dix autres cardinaux un livre affirmant la doctrine traditionnelle du mariage. Le cardinal Elio Sgreccia, lui, a préfacé le livre du cardinal Ennio Antonelli défendant lui aussi la morale traditionnelle de l’Eglise en matière conjugale.
 

Sans membres, l’Académie pontificale pour la vie n’est plus critique à l’égard de François…

 
Maike Hickson cite encore le Pr Joseph Seifert, auteur d’une critique personnelle d’Amoris laetitia : il a lui aussi a demandé une « clarification » du document. Et le Pr Robert Spaemann, ami de Benoît XVI, critique tout autant à l’égard de l’exhortation apostolique, et qui a apporté son soutien explicite aux « Dubia » des cardinaux. Le Pr Wolfgang Waldstein est quant à lui auteur d’une Déclaration de fidélité à l’égard de l’enseignement catholique sur le mariage.
 
La journaliste souligne qu’un autre membre important l’Académie pontificale pour la vie, le Dr John Haas, président du Centre catholique national de bioéthique les Etats-Unis (NCBC), membre du conseil de gouvernement de l’institution, a carrément disparu, puisqu’il ne figure même pas parmi les anciens membres sur son site. Le NCBC s’était distingué en février 2016 par la publication d’une déclaration récusant l’idée qu’on puisse recourir aux contraceptifs artificiels pour éviter les contaminations des enfants à naître dans le contexte de l’expansion du virus Zika. C’était quatre jours après que le pape François lui-même avait exprimé l’idée selon laquelle on pouvait envisager l’utilisation des contraceptifs en tant que mesure « préventive » par rapport aux virus, en empêchant les conceptions. La déclaration du NCBC n’évoquait pas la prise de position du pape François, mais avait été perçue à l’époque comme une contestation directe de son propos.
 
Tout laisse croire que les 70 membres limogés de l’académie pontificale pour la vie ne seront pas renommés à leur poste – en tout cas, ceux qui ont ouvertement critiqué le pape François ou les nouveautés en cours.
 
Une révolution très méthodique…
 

Anne Dolhein