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Remaniement du gouvernement polonais : Mateusz Morawiecki remplace Beata Szydło comme Premier ministre, mais la Pologne devrait conserver son cap

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Ancien banquier, Mateusz Morawiecki était vice-premier ministre et ministre des Finances dans le gouvernement de Beata Szydło. Un remaniement ministériel de mi-parcours (le parlement a été élu pour 4 ans à l’automne 2015) était sur la table depuis plusieurs mois, et le nom de Morawiecki pour remplacer Mme Szydło circulait depuis plusieurs jours jusqu’à l’annonce officielle de la décision jeudi soir. L’ancien Premier ministre devrait rester au gouvernement avec le rang de vice-premier ministre. Le jour où le comité directeur du parti Droit et Justice (PiS) a pris sa décision, la majorité parlementaire venait de repousser une motion de censure de l’opposition, ce qui a ajouté à la confusion, puisque les députés de la majorité avaient défendu ardemment le bilan de Beata Szydło avant que celle-ci ne présente sa démission pour laisser la place à son ministre des Finances.
 

Les commentateurs proches du PiS s’interrogent sur les raisons qui ont poussé Kaczyński et le PiS à remplacer Beata Szydło pourtant très populaire dans l’électorat de droite

 
Les médias conservateurs favorables au PiS s’interrogent sur le but de ce changement. Si le chef du PiS, Jarosław Kaczyński, avait pris les rênes du gouvernement polonais, cela aurait pu favoriser une certaine clarification, puisque l’on sait qu’il exerce une influence très forte sur les décisions prises par le gouvernement et c’est vers lui que se tourneraient, dit-on, les ministres en désaccord avec le premier ministre. Mais cela aurait pu compromette les chances du PiS aux prochaines élections législatives dans deux ans, car Kaczyński suscite beaucoup de crispations en Pologne. Par contre s’il s’agissait de redonner de l’autorité au premier ministre dans une situation où le gouvernement polonais comporte de fortes personnalités, il n’est pas évident que la nomination de Morawiecki apporte quelque chose, même s’il se dit aujourd’hui que le ministre de la Défense Antoni Macierewicz pourrait être rapidement démis de ses fonctions. Proche de Kaczyński, cet ancien leader de l’opposition au communisme est en conflit avec le président Andrzej Duda et c’était justement une des fortes têtes du gouvernement Szydło.
 

Officiellement, le remaniement du gouvernement polonais doit donner la priorité à l’économie et aux politiques sociales

 
Mateusz Morawiecki, âgé de 49 ans, a quant à lui un passé dans la dissidence étudiante et il est le fils d’un autre grand leader de l’opposition au communisme, Kornel Morawiecki, aujourd’hui député. A la tête du ministère des Finances, Mateausz Morawiecki a réussi à réduire le déficit budgétaire malgré les nouvelles dépenses sociales du PiS, et notamment les allocations familiales instaurées par le gouvernement de Beata Szydło, en luttant contre les tricheries massives, en particulier en ce qui concerne la TVA, que les gouvernements précédents semblaient tolérer. Il n’a rejoint le PiS qu’en mars 2016, et donc après être entré au gouvernement. Il avait même été conseiller économique de Donald Tusk à une certaine période. Officiellement, le changement de premier ministre est destiné à donner la priorité à l’économie et au social pour la deuxième moitié de la législature en cours. Pourtant, l’économie se porte déjà bien : la croissance du PIB en 2017 dépassera largement les 4 % et le niveau de chômage n’a jamais été aussi bas depuis la chute du communisme.
 
Dans les faits, il pourrait plutôt s’agir d’améliorer les relations avec Bruxelles et avec les capitales de l’ouest du continent. Avec son image de banquier et de financier et sa très bonne maîtrise de l’anglais et de l’allemand, Mateusz Morawiecki pourrait donner aux partenaires de la Pologne, y compris à la France, une chance de cesser leurs attaques sans perdre la face. Les titres de la presse française vendredi étaient d’ailleurs révélateurs : « En Pologne, un Premier ministre pour adoucir l’image de l’exécutif » (La Croix), « Pologne, un banquier brillant à la tête du gouvernement » (Libération), « Le modéré Morawiecki désigné premier ministre » (Le Monde), etc.
 

Comme Beata Szydło, Mateusz Morawiecki est bien un modéré, mais pas au sens où l’entendent les grands journaux français

 
Les attentes de cette presse de gauche et d’extrême gauche risquent toutefois d’être déçues. Le 8 décembre au soir, et donc le jour de sa nomination par le président Duda, le nouveau Premier ministre donnait sa première interview, de plus d’une heure, à la télévision catholique TV Trwam, où il répondait aux questions d’un journaliste en soutane et des téléspectateurs. Si Mateusz Morawiecki a surtout parlé d’économie, il a commencé l’interview en exprimant l’espoir que le Seigneur Dieu lui donnerait la force de bien servir la Pologne, puis il a affirmé à la vingtième minute que son rêve était de rechristianiser l’Europe. Il a également redit le refus de la Pologne de se laisser imposer des quotas de demandeurs d’asile et a dans la suite de l’interview répondu aux menaces françaises de suppression des fonds européens en prévenant que la Pologne est une grande nation et une nation fière et qu’elle n’accepterait pas ce type de chantage. Il a aussi critiqué les « valeurs européennes » auxquelles se réfère Emmanuel Macron quand il s’attaque à la Pologne, assurant qu’il y avait « du travail à faire » sur ces « valeurs ». Du reste, le jour-même du changement de Premier ministre, la Diète adoptait les deux lois sur la justice critiquées par la Commission européenne et le Parlement européen, et Morawiecki a plusieurs fois dans le passé exprimé sa pleine adhésion à cette réforme.
 
Le vote de confiance du parlement polonais est prévu pour demain mardi. Le PiS disposant d’une majorité absolue, ce vote ne devrait pas poser problème. Les éventuels changements à la tête des différents ministères ne devraient survenir qu’au mois de janvier, Mateusz Morawiecki ayant signalé qu’il voulait prendre son temps, assurant par ailleurs qu’il avait beaucoup d’estime pour le travail réalisé par l’ensemble des ministres du gouvernement Szydło.
 

Olivier Bault