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Intégrer des émotions dans les robots, ambition de la startup britannique Emoshape

Robots émotion Emoshape
 
Dans un entretien à l’agence Sputnik, Patrick Levy Rosenthal, président de la startup Emoshape, raconte son ambition d’intégrer des « émotions » dans les robots. Emoshape a, pour ce faire, mis au point une puce électronique capable de synthétiser douze émotions humaines destinées aux systèmes d’intelligence artificielle.
 
« La prochaine étape consiste à intégrer la puce dans les robots pour les aider à ressentir le monde » a déclaré Rosenthal à Sputnik. Il explique que si les robots sont actuellement capables d’enregistrer toute information qu’on leur communique, ils ne peuvent en revanche ressentir la signification même des mots. Les machines engrangent l’information mais sont incapables d’en estimer la valeur.
 

Des émotions dans les robots dans l’espoir d’éviter un « scénario catastrophe »…

 
Pour Rosenthal, une telle invention s’impose car un jour des machines autonomes verront les humains comme des rivaux et essaieront de prendre l’ascendant. Mais « enseigner » aux robots à éprouver de la sympathie et à ressentir des émotions positives peut tous nous aider à éviter ce scénario dystopique et à réduire les menaces potentielles de l’intelligence artificielle, assure-t-il. Comme quoi la jalousie et la rivalité seraient mécaniques, non programmées, mais l’empathie résulterait d’une mise au point informatique ? Bizarre, bizarre…
 
« On sait que les machines deviennent plus intelligentes et plus rapides » ajoute Rosenthal. « Les robots formeront bientôt une nouvelle espèce sur Terre… La nouvelle puce permettra aux machines de ressentir de la sympathie pour les humains. C’est pourquoi intégrer des émotions dans les robots les rendra capables de comprendre « ce qu’est l’humanité »… Ou comment l’homme tente de se poser en créateur de « personnes intelligentes », d’espèce nouvelle. « Vous serez comme des dieux » ?
 
Rosenthal a expliqué que la puce comporte douze émotions : six positives et six négatives. Parmi les positives, l’amour, la confiance et la joie procurent du plaisir à la machine, tandis que les émotions négatives lui font ressentir de la douleur. « De ce fait, si la machine ressent des émotions humaines positives, elle essaiera de les reproduire parce qu’elle voudra plus de plaisir. Si elle ressent des émotions négatives, elle cherchera à les éviter. » Ressentir implique la conscience, pourtant…
 

Emoshape : de l’humanisation des robots à la chosification des humains

 
Selon Rosenthal, les humains pourront ainsi contrôler les robots, « quasiment comme des parents contrôlent leurs enfants. Quand un enfant fait quelque chose de mal, vous lui montrez que vous ressentez une émotion négative et vous le faites cesser », conclut-il.
 
Ce qu’oublie cependant de dire – ou ne comprend pas – cet entrepreneur pour qui la frontière entre humains et machines semble poreuse, c’est que la machine reste une machine, aussi sophistiquée soit-elle. Quand l’homme a inventé le tourne-disque, il a placé des émotions dans un appareil capable de faire rêver, rire ou pleurer l’homme qui s’en servait, tout en bougeant en un mouvement circulaire ; cela n’en faisait pas pour autant un être intelligent. Le robot, même avec des « réactions » intégrées et des programmes sophistiqués, même avec une « peau » en latex copiant l’épiderme humain est et restera une machine, quand bien même il serait capable de reproduire le comportement de l’homme à la perfection.
 
La comparaison entre le robot et l’enfant faite par Rosenthal montre bien le risque d’un glissement dans la manière d’appréhender le monde : en cherchant à « humaniser » le robot, on encourt le risque de chosifier l’être humain.
 

Patrick Neuville