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DRAME HISTORIQUE Seul dans Berlin ♠


 
Seul dans Berlin a pour ambition de décrire l’action d’un résistant antinazi. L’homme écrit, suite à la mort de son fils unique au combat en France en juin 1940, des cartes postales couvertes de slogans hostiles au régime national-socialiste, à sa politique, à la guerre menée, de l’été 1940 à son arrestation en 1943. Ces cartes postales sont déposées à dessein dans des lieux publics ou du moins très fréquentés, des couloirs ou escaliers d’administrations, de bibliothèques, ou des halls d’usines. L’ambition est de perturber le consensus apparent en faveur du régime en invitant les lecteurs accidentels à réfléchir, dans le sens de l’auteur de la carte. Cette histoire tient en l’état largement du conte : réputée authentique au départ – mais qu’en est-il vraiment ? – elle a traversé deux miroirs déformants, via une première adaptation en pièce de théâtre, puis une seconde de la pièce en film. L’Histoire résiste difficilement à un tel double broyage.
 

Seul dans Berlin, un film manqué qui s’éloigne de l’histoire

 
Aussi, le récit s’éloigne-t-il considérablement de la réalité historique du Berlin de 1940-1943. On aurait pu admettre une dimension avant tout parabolique, l’exaltation de la résistance non-violente mais déterminée d’un homme seul, ou du moins avec la seule complicité de sa femme, face à un régime totalitaire. Le problème est que le film se veut intégré dans un contexte précis. Et cette tentative est manquée : une accumulation de clichés négatifs sur l’Allemagne nationale-socialiste, ses organisations diverses encadrant la société – de la SS à la Ligue des Femmes nationales-socialistes – surchargent le propos et le rendent involontairement ridicule pour qui connaît au minimum le contexte réel. Des lois de l’automne 1944 sur le travail de la main d’œuvre féminine sont considérées comme d’actualité à l’été 1940, exemple d’erreur qui joue un rôle-clef dans le récit, parmi beaucoup d’autres. La population allemande n’a pas été terrorisée en permanence, ne se révoltant pas par pure lâcheté ; les Allemands ont largement adhéré au régime jusqu’à l’été 1941 au moins, voire 1944. La terreur intérieure n’a concerné que les opposants politiques déterminés, une poignée, et les Juifs, qui n’ont en effet guère rencontré de soutien dans la population. Cet état de terreur générale décrit dans le film ressemble en fait bien plus en fait à l’URSS de Staline de 1936 à 1941 qu’à l’Allemagne nationale-socialiste de la même époque, aussi critiquable soit-elle. Soljénitsyne a écrit des lignes comparatives éclairantes sur la question.
 
Seul dans Berlin est donc manqué, et la fin, voulue symboliquement forte, s’avère particulièrement absurde. Elle comprend aussi une connotation antichrétienne avec le refus des consolations spirituelles du pasteur par le résistant avant son exécution.
 

Hector JOVIEN

 
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