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Deux suicides après le piratage des profils du site de rencontres extra-conjugales, Ashley Madison

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L’arroseur arrosé, c’est un peu ce qui est arrivé au site de rencontres extra-conjugales Ashley Madison. Il piratait les mariages : des hackers ont organisé de main de maître le piratage de ses données… Le retentissement est mondial – le site revendique 37,6 millions d’utilisateurs. « Récompense, Sécurité et Confiance », « 100% discret »… ses slogans font aujourd’hui sourire – hormis les malheureux inscrits. Nul doute qu’il n’ira plus s’inscrire en bourse, comme il le prévoyait. Mais les conséquences sont aussi tragiques : la police canadienne a indiqué hier qu’elle enquêtait sur deux suicides qui pourraient être liés à la publication de ces informations. Fatalement…
 

Ashley Madison : « Life is short. Have an affair » (La vie est courte. Ayez une aventure)

 
C’est le 21 juillet dernier que Ashley Madison, « le plus connu des sites dans le domaine des adultères et des rencontres entre hommes et femmes mariés », officialisait son piratage, dû à une faille de sécurité sur ses serveurs. Dix jours auparavant, les salariés d’Avid Life Media, l’entreprise éditant Ashley Madison, avaient découvert sur leurs écrans le message de revendication du groupe, sur fond vocal du morceau d’AC/DC, « Thunderstruck »…
 
« Avid Life Media est coupable de mensonge et d’avoir porté un grave préjudice à des millions d’utilisateurs » : dans ce message, les pirates accusaient le site d’avoir menti aux utilisateurs en affirmant que moyennant une somme d’argent, leurs informations pouvaient être supprimées de la plate-forme – ce que le site ne faisait, en réalité, jamais. « The Impact Team » – patronyme des pirates – stigmatise un « trafiquant de drogue qui abuse des accros » et se dite prête à attaquer « toute société qui fait des centaines de millions de profits sur la douleur des autres, les secrets et les mensonges »…
 
Ils enjoignent à la société de fermer définitivement les sites Ashley Madison et Established Men, sous la menace de publier toutes les données dérobées. Ce qui vient tout juste d’être fait : quelque 30 gigaoctets de fichiers contenant des millions de noms, de comptes utilisateurs, de courriels, d’adresses, de transactions, de numéros de carte de crédit ainsi que les historiques de navigation des clients. Et les pirates affirment encore en détenir le centuple…
 

Piratage de millions de profils : soldats, fonctionnaires,…

 
Pourtant les « criminels », ce sont bien eux, selon la police. « Ce piratage est l’un des plus grands vols de données dans le monde (…) car les informations personnelles de dizaines de millions de personnes ont été compromises, y compris leurs cartes de crédit ». Avid Life Media offre une récompense de 500.000 dollars pour toute information menant à leur arrestation. Et le FBI lui-même a mis son nez dans l’enquête.
 
Et pour cause. Plus de 15.000 adresses appartenant aux autorités et à l’armée américaines ont été retrouvées dans ce fichier dont les données remontent à 2008… D’autres relèvent de la Défense nationale et de la Chambre des Communes canadiennes. Y a même été découverte l’adresse mail d’un député du parlement israélien… qui a nié toute implication !
 
Même s’il faut préciser que Ashley Madison n’envoie pas de courriel pour vérifier la véracité des adresses, il n’en reste pas moins que la récolte est malheureusement « édifiante »…
 

Des divorces, mais aussi des suicides : les risques des sites de relations extra-conjugales

 
Inévitablement sont survenues les tentatives d’escroqueries, profitant de la détresse des gens, démasqués dans leur double vie : chantages financiers, extorsions, mais aussi logiciels espions ou virus cachés dans des faux liens menant vers la base de données volées. Détresse qui s’est muée assez logiquement en suicide pour certains. La punition touche davantage les fauteurs que la société qui a tendu la pomme et persistera dans sa triste mais lucrative tentation, véritable modèle économique dans la société d’aujourd’hui.
 
Cette médiatisation sème, de plus, le trouble, dans une institution déjà durement malmenée. On s’interroge, on doute. Les divorces seront un autre dégât collatéral.
 
Au fond, l’adultère a toujours comporté ces risques – les vaudevilles n’ont pas attendu la naissance du net. Mais ce dernier et les failles qu’il implique, lui donnent, via les hackers, une force particulièrement étendue : on n’a jamais été si peu maître de son destin.
 

Clémentine Jallais