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Tom et Kate, les parents d’Alfie Evans, ont eu un deuxième fils : le petit Thomas est en pleine santĂ©

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La touchante et terrible histoire familiale de Tom Evans et Kate Jones n’est pas terminĂ©e, loin s’en faut. Après avoir traversĂ© l’épreuve indicible de la perte de leur petit Alfie, sacrifiĂ© sur l’autel maçonnique de la « qualitĂ© de vie Â», ils ont eu un deuxième fils, Thomas, nĂ© le 8 aoĂ»t dernier. Il est en pleine santĂ© et leur rappelle par ses traits et ses mimiques le premier garçon qu’ils ont perdu. En ces temps de refus de la vie ces deux parents-courage donnent de nouveau un exemple d’espoir et de tĂ©nacitĂ©. Ils ont Ă©tĂ© interviewĂ©s dans une Ă©mission matinale de la tĂ©lĂ©vision britannique, apportant de nouveau au grand public un tĂ©moignage d’amour inconditionnel Ă  l’égard de leurs deux enfants – celui qui est parti en avril dernier, celui qui est nĂ©, et qui ne le remplace pas, mais leur donne une nouvelle raison de vivre.
 
On ne donnait pas cher du couple Tom et Kate après la mort de leur petit Alfie. Des psychologues de salon expliquaient volontiers que les unions ne rĂ©sistent guère Ă  de telles tragĂ©dies – n’est-il pas vrai que les divorces sont statistiquement très frĂ©quents après la mort d’un fils ou d’une fille ?
 

Le petit frère d’Alfie Evans est né, et sa santé est bonne

 
Mais en l’occurrence, Tom et Kate, tout jeunes qu’ils sont, ne se sont pas fermĂ©s Ă  la vie alors que leur petit Alfie Ă©tait dĂ©jĂ  prisonnier de l’hĂ´pital pĂ©diatrique d’Alder Hey Ă  Liverpool oĂą l’on a refusĂ© d’accĂ©der Ă  leur volontĂ© de le transfĂ©rer ailleurs, pour que sa vie Ă  lui soit respectĂ©e jusqu’au bout. Au moment de sa mort dans des circonstances rĂ©voltantes, Kate Jones portait dĂ©jĂ  depuis plusieurs mois l’enfant nĂ© il y a quelques semaines, elle se savait enceinte. A la tristesse face Ă  la maladie et aux traitements subis par Alfie, s’ajoutait l’angoisse : serait-il affectĂ© de la mĂŞme maladie que son frère aĂ®nĂ© ?
 
On comprend encore mieux aujourd’hui pourquoi en ces heures terribles c’est Tom qui a pris les devants dans la bataille mĂ©diatique, juridique, politique pour sauver son premier-nĂ©, Kate restant plus discrète. Cinq mois ont passĂ© : Kate a pris le relais, c’est elle qui reprĂ©sente la force – celle d’une mère qui se rĂ©jouit et se repaĂ®t de son enfant – tandis que Tom est le plus en retrait, visiblement toujours brisĂ© mais Ă©galement reconnaissant devant ce nouveau fils.
 

Le diagnostic d’Alfie Evans révèle une maladie génétique orpheline

 
Depuis la mort d’Alfie – comment cela s’est-il fait ? – ses parents ont reçu, mais seulement au mois de juin, un diagnostic prĂ©cis Ă  propos de la maladie de l’enfant. Alfie souffrait d’un dĂ©ficit en transaminase de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA-T), anomalie gĂ©nĂ©tique rarissime qui se trouvait ĂŞtre prĂ©sente chez ses deux parents et dont les risques de transmission ont Ă©tĂ© Ă©valuĂ©s Ă  un sur quatre. Pourquoi ce diagnostic n’a-t-il pas Ă©tĂ© posĂ© du vivant du petit garçon ? C’est une des nombreuses questions qui restent ouvertes dans ce dossier, puisque, a priori, il se fait d’après une Ă©tude gĂ©nĂ©tique non invasive.
 
Leur a-t-on alors proposĂ© un diagnostic prĂ©natal ? Vu le fait que la maladie avait Ă©tĂ© identifiĂ©e et en raison du risque prĂ©sent, il n’est pas absurde de le penser – il est mĂŞme permis d’imaginer que l’avortement ait pu leur ĂŞtre suggĂ©rĂ©, on le fait pour moins que ça. QualifiĂ© de « mĂ©dical Â» ou de « thĂ©rapeutique Â», il est bien prĂ©conisĂ© pour les porteurs probables de trisomie 21, Ă  telle enseigne que l’immense majoritĂ© des enfants affectĂ©s par cette anomalie sont Ă©liminĂ©s au moyen d’un avortement le plus souvent tardif.
 
La seule chose que l’on sache ici, c’est que Tom Evans et Kate Jones ont attendu la naissance de leur deuxième enfant pour que l’on procède à des tests, ils ont donc accepté d’avance qu’il puisse être aussi malade qu’Alfie, et ils l’ont accueilli tel qu’il est.
 

Tom Evans et Kate Jones ont donné la vie généreusement à un deuxième petit garçon, Thomas

 
Il a suffi de quatre jours après la naissance de Thomas – quatre jours d’» agonie Â», racontent-ils aujourd’hui – pour que les rĂ©sultats leurs parviennent : tout va bien, l’enfant est Ă  l’abri de la maladie neuro-dĂ©gĂ©nĂ©rative qui est Ă  l’origine de la mort du petit Alfie (mĂŞme si la cause directe de son dĂ©cès, il faut le rĂ©pĂ©ter, aura Ă©tĂ© la dĂ©cision de ne plus lui apporter d’assistance respiratoire).
 
Le couple a parlĂ© de sa peur au moment de la naissance de Thomas – peur qu’il ne soit Ă  son tour malade, peur d’avoir du mal Ă  l’aimer du fait de la mort d’Alfie, peur de ne pas supporter qu’il lui ressemble, voire de lui reprocher d’exister. En fait, ils l’ont racontĂ© dans l’émission « This Morning Â», Thomas leur rappelle Alfie Ă  chaque instant, mais ils sont nĂ©anmoins dans la joie en le regardant.
 
Tom Evans l’a exprimĂ© avec Ă©motion : « Il se renfrogne et s’étire comme Alfie, il est tout simplement son double. Quand je l’ai eu, je me demandais : “Et s’il ressemble Ă  Alfie, que ressentirai-je ?” C’est bien de pouvoir dire son nom et de se sentir positif. Â» Les larmes aux yeux, il a ajoutĂ© : « Parfois on a l’impression qu’Alfie est en lui. Quand on dit “Alfie”, Tom sourit. Nous aurons toujours deux enfants, quoi qu’il arrive. Nous sommes heureux de ce que nous avons eu, et de ce que nous avons toujours parce que nous avons deux enfants merveilleux et nous les aurons toujours. Â»
 
Sait-il ce qu’a dĂ©couvert la science mĂ©dicale… que les membres d’une mĂŞme fratrie portent des cellules de leurs frères et sĹ“urs aĂ®nĂ©s ? Les liens du sang vont jusque-lĂ  !
 

L’affaire Alfie Evans révèle le mépris de la vie des autorités et des juges

 
Reste le scandale qui a entouré la vie et la mort d’Alfie Evans. Si sa maladie génétique est excessivement rare – quelques dizaines tout au plus de cas connus –, et que dans nombre de cas les patients ne dépassent pas les deux ans de vie, on comprend mal pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour qu’un diagnostic soit posé. Et plus grave est le fait que la volonté des parents de transporter l’enfant dans un autre hôpital, d’obtenir ce diagnostic, et de voir sa vie soutenue tant que cela était possible n’ait pas été respectée.
 
Les symptĂ´mes du dĂ©ficit en transaminase GABA-T sont connus : il s’agit d’une encĂ©phalopathie qui entraĂ®ne hypotonie, hypersomnolence, Ă©pilepsie et mouvements involontaires. Mais il apparaĂ®t aussi que des traitements existent et peuvent donner des rĂ©sultats pour les phĂ©notypes les moins sĂ©vères, y compris en amĂ©liorant l’éveil ; certains malades vivent plusieurs annĂ©es, certes d’une vie qu’on peut qualifier de « diminuĂ©e Â», mais bien rĂ©elle.
 
Alfie recevait une assistance respiratoire sans laquelle il était, dans l’état où il était après des mois d’intubation, voué à une mort certaine. Toute la question est de savoir s’il était licite de la lui retirer, sous l’unique prétexte que sa maladie génétique était grave et incurable. Et de toute façon, si cela était licite, s’il était acceptable d’aller contre la volonté de ses parents – qui étaient prêts à le soigner et à l’accompagner jusqu’à sa mort naturelle – à cet égard.
 
En l’occurrence, ce sont le pouvoir, les autorités médicales et la justice qui ont décidé à leur place. Et c’est déjà Le meilleur des mondes.
 

Jeanne Smits