Mis en examen, Trump dénonce une « persécution politique digne d’une nation fasciste ou communiste »

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« Une persécution politique digne d’une nation fasciste ou communiste » : c’est ainsi que Donald Trump a qualifié sa comparution, mardi, devant un tribunal fédéral à Miami en Floride, pour se voir signifier par un juge fédéral les 37 chefs d’accusation dont il devra répondre, portant sur la possession de documents « classifiés » (« secret défense ») et la diffusion non autorisée d’informations s’y trouvant. La grande presse française prend un malin plaisir à déclarer l’ancien président des Etats-Unis « inculpé », alors que le vocabulaire judiciaire français a imposé, au nom du respect de la présomption d’innocence, l’expression « mis en examen ». C’est que Trump est le coupable idéal… Devant le procureur fédéral, il a plaidé « non coupable ».

Ainsi que nous le verrons un peu plus loin, une seule des qualifications, toutes liées au crime d’« espionnage » en droit américain, devrait pouvoir inquiéter Donald Trump, étant entendu que rien dans son comportement n’a constitué la diffusion d’informations dangereuses pour la sécurité des Etats-Unis ni la remise de documents confidentiels à une partie hostile. On est plutôt face à une manœuvre visant à discréditer, voire à entraver le retour d’un adversaire politique – Trump ne fait pas mystère de sa volonté de rejoindre la course vers la Maison Blanche pour 2024. L’artillerie lourde qu’on sort contre lui prouve à la fois qu’il gêne, et qu’il aurait ses chances.

 

Trump rassemble ses partisans pour dénoncer un « jour d’infâmie »

Peu après sa comparution, Trump a rassemblé des partisans dans son club de golf de Bedminster dans le New Jersey, et leur a déclaré : « Aujourd’hui, nous avons assisté à l’abus de pouvoir le plus diabolique et le plus odieux de l’histoire de notre pays. C’est très triste à voir. Un président en exercice corrompu a fait arrêter son principal opposant politique sur la base d’accusations fausses et fabriquées de toutes pièces. Il s’agit d’une persécution politique digne d’une nation fasciste ou communiste. C’est un jour d’infâmie. »

Dans un pays où les juges fédéraux sont nommés par le Président, le plus souvent sur recommandation des partis politiques, puis confirmés par le Sénat, la politisation de la justice est pour ainsi dire assumée. Ainsi l’un des membres de l’équipe de « procureurs » constituée pour poursuivre Donald Trump, Karen E. Gilbert, est-elle connue pour avoir fait des dons de campagne pour l’élection de Barack Obama, puis de Joe Biden. Le sénateur républicain Matt Gaetz, de Floride, a officiellement demandé mardi au procureur général des Etats-Unis, Merrick Garland, de faire la lumière sur Jack Smith, chef de l’équipe de procureurs que ce dernier a constituée pour inculper Donald Trump, et pour que soient rendus publics les noms de tous ceux qui travaillent sur l’affaire.

 

La persécution politique par des juges politisés

Trump lui-même a lancé une attaque en règle contre Smith, l’accusant, lui et sa famille, d’être des « contempteurs de Trump » et d’avoir fabriqué de fausses preuves en plaçant des documents dans les cartons saisis. Cette stratégie lui aurait été déconseillée par son équipe d’avocats. On y retrouve le côté bouillonnant et direct de l’ancien président, dont l’indépendance d’esprit et la disposition à critiquer certains aspects très convenus de la politique mondialiste ne sont certainement pas étrangers à l’assaut judiciaire dont il fait aujourd’hui l’objet.

Mardi soir, Trump a ainsi accusé Joe Biden, « président le plus corrompu de l’histoire », d’avoir fait appel à la « bande de voyous » qui lui était le plus proche, « des inadaptés et des marxistes ».

Il a également rappelé que la loi sur l’espionnage qui sert de justificatif aux poursuites, l’« Espionage Act », « a été utilisée pour poursuivre les traitres et les espions ». « Cela n’a rien à voir avec le fait qu’un ancien président conserve légalement ses propres documents. J’avais tout à fait le droit d’avoir ces documents », a-t-il insisté, rappelant que des reproches similaires faits à Bill Clinton, qui avait conservé des cassettes enregistrées dans son tiroir à chaussettes après avoir quitté la Maison Blanche, avaient abouti à une « jurisprudence cruciale » : « Quels que soient les documents qu’un président décide d’emporter avec lui, il a le droit de le faire. C’est un droit absolu. C’est la loi », avait décidé le juge.

Pourquoi avait-il voulu garder les boîtes où se trouvaient les documents « classifiés » ? Trump a déclaré que la question lui a été souvent posée, mais assure qu’il n’en a « pas eu l’occasion » : précisant que les cartons contenaient aussi de nombreux objets personnels et des milliers de photographies, il a répondu : « C’est un travail long et fastidieux, qui prend beaucoup de temps, et que j’étais prêt à faire, mais j’ai une vie très occupée. Sous le régime de la décision des chaussettes [Clinton], il ne semblait pas y avoir d’urgence. »

 

Méthodes communistes pour entraver la carrière politique de Trump

Trump est accusé d’avoir conservé des documents secrets clairement identifiés dans son complexe de Mar-a-Lago, en Floride, après avoir quitté ses fonctions, d’avoir refusé de les rendre et d’avoir conspiré pour faire obstruction aux enquêteurs qui tentaient de les récupérer. L’acte d’accusation de 49 pages comprend des photographies montrant des boîtes de documents empilées dans une salle de douche et dans une salle de bal, et d’autres éparpillées sur le sol d’une salle de stockage.

Selon The New American, les poursuites contre Trump pourraient aboutir à une peine de 100 ans, mais le site note que toutes les accusations (sauf une) sont faibles. Toutes celles concernant le fait que l’ancien président a emporté des documents chez lui ne représentent pas un grand danger, puisqu’aucun président n’a jamais été inquiété ni risqué d’être inquiété pour de pareils faits, observe le conseil juridique de Trump dans l’affaire de l’impeachment, Alan Dershowitz. La mise en examen relève d’une « poursuite sélective visant à empêcher l’entrée de Trump dans la course pour la Maison Blanche en 2024 », note le média – et si la manœuvre devait réussir, cela marquerait la politisation absolue de la justice, « face à laquelle aucun candidat, qu’il soit républicain ou démocrate, ne serait en sécurité ».

Il est vrai que loi sur l’espionnage n’interdit pas simplement le fait de transmettre des documents classés secret défense à une puissance étrangère, puisqu’elle réprime aussi les « abus d’utilisation délibérés », en visant leur « collecte, leur transmission ou leur perte ». Et c’est cela qui est brandi contre Trump, mais de manière unique, comme nous l’avons vu.

En revanche, il est également dans le collimateur pour avoir montré au moins un document à des personnes qui n’avaient pas d’habilitation « secret défense », et son imprudence à cet égard est ce qui pourrait représenter le risque de condamnation le plus important, voire le seul, selon Dershowitz.

 

Trump, un va-t-en guerre ? Un document montrerait que l’accusation est fausse

En juillet 2021, dans son club de Bedminster, Trump recevait un auteur qui préparait un livre sur le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mark Meadows. Deux membres du staff de Trump assistaient à la conversation, qui était enregistrée – avec l’accord de l’ex-président, affirme la mise en examen. Trump cherchait à l’occasion de cette conversation à démentir les allégations d’un officier militaire de haut rang qui avait affirmé que Trump « pourrait donner l’ordre d’attaquer un pays A », alors que lui, l’officier supérieur, lui conseillait de ne pas le faire.

En accueillant l’auteur et son éditeur, Trump est arrivé en brandissant un papier : « Regardez ce que je viens de trouver, ceci était plan d’attaque [de l’officier], lisez ça… c’est intéressant. »

Et de raconter : « C’était lui. On m’a présenté ceci – c’est off, mais… – on me l’a présenté. C’était lui. C’était le Département de la défense et lui. » Il expliquait ensuite qu’il y en avait des pages et des pages. Puis : « Je viens juste de trouver, incroyable, non ? Ceci me justifie totalement, vous savez… sauf que c’est hautement confidentiel… C’est secret. C’est de l’information secrète. » Trump ajoute qu’il faudrait essayer de faire déclassifier le document – « comme je pouvais le faire quand j’étais président ». « Aujourd’hui je ne peux pas, vous savez, mais ceci est toujours un secret », disait-il, en présence de ses employés et des invités, parmi lesquels aucun n’était habilité à prendre connaissance de l’information.

 

Pour Trump, la persécution politique qu’Obama, Hillary Clinton et Biden n’ont pas connue

Pour Dershowitz, c’est cet épisode qui peut vraiment gêner le président, même s’il peut s’en tirer en disant qu’il ne faisait que se « vanter un peu » et en faisant remarquer qu’il n’avait pas fait lire les documents, un peu comme s’il disait : « Je les ai brandis devant leurs yeux pour leur montrer que j’étais l’ancien président, et leur dire, ce que je vous dis est vrai, ces documents le prouvent », imagine l’avocat.

Victime d’un mensonge, donc, cherchant tout naturellement à se dédouaner de fausses accusations de va-t-en-guerrisme, mais en même temps l’objet d’une forme de persécution : il y a eu des accusations similaires contre Hillary Clinton qui n’a jamais été mise en examen, pas plus que Joe Biden qui stockait des documents secret défense dans son garage.

Le Southern District of Florida devant lequel Trump a comparu est un tribunal dit « rocket docket », ce qui signifie qu’il s’efforce de juger les affaires le plus rapidement possible. Les experts juridiques n’ont pas exclu que le procès de Trump puisse se tenir avant l’élection de 2024, en vue de laquelle il peut en attendant circuler comme bon lui semble pour faire campagne.

 

Anne Dolhein