Des voix dans la tête : leur parler pour “apprivoiser” ces hallucinations ?

voix dans tete apprivoiser hallucinations
 
Avoir des hallucinations auditives – entendre des « voix » – n’est peut-être pas un phénomène aussi rare qu’on pourrait le penser. Certaines recherches assurent qu’une personne sur 25 – 4% de la population – en sont régulièrement victimes dans le monde, et jusqu’à 40% entendent des voix à un moment ou à un autre de leur vie. Quelle est l’origine de ces voix dans la tête ? La recherche ne répond pas à cette question. Certains chercheurs et groupes de soutien se contentent de signaler qu’elles ne sont pas nécessairement synonymes de maladie mentale, loin s’en faut. Une nouvelle manière de « vivre avec » est même en train de s’imposer : plutôt que de les subir, il faudrait apprivoiser ces voix, leur parler, pour redéfinir la relation de la victime avec elles.
 
Une conférence internationale du réseau mondial « Hearing Voices » (« entendre des voix ») s’est tenu récemment à Thessalonique, en Grèce, réunissant quelque 200 personnes victimes de ce phénomène ainsi que des professionnels ou des proches qui leur viennent en aide.
 

“Hearing voices” : prendre au sérieux les hallucinations auditives

 
The Independent présente la nouvelle façon développée par ce réseau, fondé en 1987 aux Pays-Bas, d’approcher un phénomène effrayant qui pousse de nombreuses victimes vers le déséquilibre mental et les soins lourds pour « schizophrénie ». L’exemple donné par le journaliste est effrayant : celui d’une jeune femme, Rachel Waddington, harcelée dès sa première année de faculté par les voix de trois hommes d’âge moyen, qui semblaient la suivre et connaître chacun de ses faits et gestes, et qui la jugeaient sans cesse de manière négative. « Elle est stupide, elle est laide, j’aimerais qu’elle se tue. » La descente aux enfers commence, elle abandonne ses études et commet plusieurs tentatives de suicide. Au bout de long mois Rachel Waddington sera internée dans un hôpital psychiatrique, les médicaments feront cesser les voix mais les effets secondaires vont démolir sa santé. Elle finit par quitter l’hôpital au bout de huit mois, et parvient à se sevrer du cocktail médicamenteux dont elle était devenue dépendante. Mais les voix reviennent.
 
Dans le cadre de « Hearing Voices », la jeune femme a été encouragée à apprivoiser les voix en entrant en relation avec elles, pour arrêter de croire à leur « toute-puissance ». L’idée est d’en faire une expérience positive, de les considérer, en somme, comme des êtres réels avec lesquels on peut vivre. Comment ? En leur fixant des horaires, en leur parlant, en cherchant à comprendre ce qu’elles signifient par rapport à sa propre vie. Rachel Waddington entend désormais 13 voix : parmi elles, une voix féminine empreinte de douleur et de souffrance, des voix d’enfants, d’adolescents, apeurées ou multipliant les obscénités. Lorsque les plus jeunes n’arrivent pas à « dormir », explique-t-elle, elle leur lit des histoires. Lorsqu’une voix la met en garde contre un danger, elle la remercie de sa sollicitude mais assure qu’elle fait attention à elle. Elle dit avoir retrouvé une vie normale.
 

Ces voix dans la tête qui rappellent le mal et poussent au désespoir

 
Les intervenants au congrès « Hearing Voices », rompant avec l’approche traditionnelle qui consiste à « soigner » les hallucinations vocales par voie médicamenteuse, assurent au contraire que ce sont des phénomènes enrichissants, qui permettent aux personnes qui les éprouvent de mieux confronter, comprendre et gérer des traumatismes passés. Car chez 70% des victimes de « voix dans la tête », un traumatisme est à l’origine de l’apparition du phénomène.
 
Voilà pour les approches actuelles : mais entre soins psychiatriques et « gestion » de voix qui fréquemment, ont poussé les victimes vers désespoir, actions négatives, voire la rupture avec le monde extérieur avant de devenir, selon le modèle de « Hearing Voices », des sortes d’interlocuteurs valables, n’y a-t-il pas d’autres questions à se poser ?
 

“Apprivoiser” les esprits mauvais ?

 
On se demande évidemment, vu la description fréquemment faite de ces voix comme « malveillantes » et « démoniaques », si elles relèvent toujours de la seule imagination, d’un désordre mental ou d’une retombée d’un traumatisme passé. Quelle est la part de manifestation, d’infestation ou de possession par des esprits mauvais ? Elle peut ne pas être négligeable.
 
Et dans ce cas de figure, l’idée de créer des « cercles de parole » où des personnes qui souffrent de voix dans la tête se rencontrent et partagent leur expérience, et se conseillent mutuellement d’écouter ce qui leur et dit, et de partager avec ces « voix ». Voix démoniaques ? Il serait téméraire de prétendre cela impossible. Le diable qui réussit si bien à faire croire qu’il n’existe pas n’en est que mieux accepté – jusqu’à entrer en dialogue avec les hommes, accepté comme un des leurs.
 
On notera en tout cas que l’époque n’est généralement pas à la recommandation de chasser les esprits mauvais, de prier, de recourir à l’exorcisme ou d’invoquer la Sainte Mère de Dieu, puissante comme une armée rangée en bataille contre les assauts du Malin…