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Désinformation, fake news et Wikileaks : pour Julian Assange, les infos des médias sont des armes de persuasion massive

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Pour Julian Assange, fondateur de Wikileaks, le débat lancé par les médias sur la désinformation (les fake news) dans les réseaux sociaux prouve que les infos servent à la persuasion du public, les journalistes les utilisant comme armes de propagande massive.
 
Julian Assange boit du lait. Le débat vaseux lancé par les médias sur la prétendue désinformation d’internet, les fake news ayant censément perturbé la campagne de la présidentielle américaine, lui permet de vendre sa soupe. Il ne relève nullement que ce débat entre dans une grosse et grossière campagne de propagande anti-Trump, ni dans un processus de censure globale par la convergence contre nature des médias et des réseaux sociaux, il profite de la chose pour faire la réclame de Wikileaks : « Ce qui est spécial avec Wikileaks, c’est que ce n’est pas seulement une nouvelle fichue histoire, pas une nouvelle histoire de fichus journalistes qui veulent placer leur signature, faire de la publicité pour leur personne et pour leur état à propos d’une nouvelle fichue histoire ».
 

Wikileaks : only facts, no fake news, no desinformation

 
Au narcissisme bavard et orienté des journalistes, Julian Assange oppose la rigueur factuelle de ses fuites : « Quand la presse néolibérale a monté cette affaire de fake news, ça m’a réjoui. Wikileaks est très heureux qu’il y ait un débat sur les fake news parce que nous avons toutes les preuves de n’avoir jamais failli en matière d’authentification des faits ».
 
Cet homme heureux et parfait tient Wikileaks pour une bibliothèque de référence, qu’il compare drôlement à la « bibliothèque d’Alexandrie ».
 

Julian Assange et les infos de la bibliothèque d’Alexandrie

 
Cependant cette rhétorique du fait, du fait brut, du fait intouchable, très efficace dans le monde anglo-saxon, est évidemment elle aussi une arme de propagande massive, un instrument de persuasion un peu plus sophistiqué que la moyenne. Julian Assange assure en effet dans la foulée qu’une « bibliothèque doit être promue, vendue (marketed) ». Il faut en « maximiser la valeur auprès du lecteur ». Donc la publier au moment où il a le plus envie de la lire, « et c’est sans conteste avant une élection qu’après ». Et voilà comme on peut s’inviter dans n’importe quelle campagne, n’importe quelle manœuvre, rien qu’avec des faits vrais et vérifiés.
 

Les médias sont des armes de persuasion massive

 
Julian Assange porte une critique très lucide sur les grands médias et le rôle des infos dans le système de persuasion du public quand il affirme : « Lorsque vous lisez un article de journal, vous lisez un texte conçu comme une arme pour vous toucher vous, une personne comme vous. » Là où se situe sa petite imposture, c’est qu’il s’excepte du tableau. Sans doute, les Démocrates américains qui ont reproché aux fuites de Wikileaks d’être inexactes sont-ils des « menteurs ». Et le débat sur les fake news et la désinformation, dans les termes où il a été lancé, est un faux débat. Mais il n’existe pas de fait brut dans un combat politique : Julian Assange le reconnaît lui-même, le choix dans la date de parution contribue à l’ampleur de la persuasion. A l’inverse d’Assange, dans le brouhaha actuel, je crois que plus un article se donne pour une opinion, mieux il contribue à l’information du public.
 

Pauline Mille