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Face à la menace de sécession républicaine de la Catalogne, le roi Felipe s’indigne, l’Union européenne se tait

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Alors que 700.000 manifestants défilaient dans les rues de Barcelone paralysée par une grève générale contre les « violences policières » consécutives au référendum d’autodétermination, le roi d’Espagne Felipe VI a prononcé une allocution historique accusant les dirigeants catalans de s’être mis « hors la loi » en organisant cette sécession républicaine. L’Union européenne pour sa part semble nue face à cette crise qui secoue l’un de ses Etats membres les plus fidèles, craignant d’ouvrir la boîte de Pandore de micro-Etats qui sortiraient de jure de l’Union par leur indépendance.
 
Carles Puigdemont, le chef du gouvernement de l’autonomie catalane, Etat régional qui dispose déjà de compétences supérieures aux autres régions espagnoles, a fait savoir mardi qu’il prononcerait une allocution décisive « à la fin de cette semaine ou au début de la suivante ». Les partisans du divorce avec l’Espagne, dont la popularité est toute récente (25 % en 2010, 57 % en 2017), attendent la déclaration d’indépendance d’une « république » catalane. Le chef catalan a implicitement menacé d’une insurrection en affirmant qu’une intervention du gouvernement central « changerait tout ». Il a fait cette annonce juste après l’allocution du roi et au lendemain de la publication des résultats du référendum illégal donnant « 90 % » de votes favorables à la sécession.
 

Le roi Felipe VI dénonce « l’inadmissible déloyauté » des chefs catalans, « d’eux-mêmes hors la loi »

 
Felipe VI venait d’exiger des dirigeants catalans qu’ils cessent « leur inadmissible déloyauté » envers l’Etat, soulignant qu’ils s’étaient « placés d’eux-mêmes hors la loi ». L’intervention du souverain est d’autant plus notable que le séparatisme catalan est d’essence républicaine et ravive le souvenir d’une Catalogne terreau, avant-guerre, du républicanisme anticlérical et sanguinaire. Une république catalane avait été proclamée en 1931 par la gauche et la région resta fidèle au camp républicain collectiviste jusqu’en 1939.
 
Felipe VI a accusé le gouvernement catalan de mettre en danger la stabilité de toute la nation espagnole, et mis solennellement en garde contre une déclaration d’indépendance illégale. Il a assuré que l’Etat assurerait « l’ordre constitutionnel ». Les dirigeants catalans « ont brisé les principes démocratiques de toute règle de droit et compromis l’harmonie et la coexistence dans la société catalane elle-même », a lancé le roi. « Ils ont tenté de briser l’unité de l’Espagne et la souveraineté nationale, incarné par le droit de tous les Espagnols de décider démocratiquement ensemble », a-t-il poursuivi, induisant que toute évolution du statut catalan devait être avalisée par l’ensemble des citoyens d’Espagne. Felipe a promis à ceux qui, en Catalogne, s’inquiètent d’une partition, qu’ils ne resteraient « pas seuls ».
 

Les loyalistes inquiets, la Guardia Civil exige des renforts face aux « agressions » de type basque

 
Ces mots n’ont pas suffi à rassurer les loyalistes, submergés par le traitement partial des médias qui martèlent que le gouvernement central a « fait 900 blessés », sans trier blessés légers et graves. Un syndicat de policiers de la Guardia Civil a demandé des renforts d’urgence, accusant le gouvernement de Madrid « d’abandonner » les fonctionnaires face au « agressions » qui, selon lui, ont atteint le niveau de celles des indépendantistes basques terroristes de l’ETA lors des périodes les plus sombres.
 
L’issue de ce qui pourrait se transformer en véritable guerre de sécession et ravive le cauchemar basque interpelle la totalité des pays européens et, bien sûr, l’Union européenne. La Commission européenne, si elle a fait savoir que la force n’était pas la solution, s’est gardée de condamner les violences policières de dimanche. Une partition du royaume aurait des conséquences désastreuses pour le château de cartes européen, affaiblissant l’un de ses maillons forts.
 

Pour l’Union européenne, l’Espagne est le meilleur soutien, mais son rétablissement est fragile

 
L’Espagne est en effet considérée comme un modèle de « transition démocratique » par des caciques européens qui ont depuis longtemps rangé Francisco Franco au rang d’un tyran fasciste, alors même que l’Espagne franquiste demeura neutre pendant la Seconde guerre mondiale, facilitant l’exfiltration d’innombrables opposants au Reich. Et qu’elle fut ensuite un allié sûr pour le camp occidental face au communisme totalitaire.
 
Le pays a été bénéficiaire d’une flot de subventions européennes qui lui ont permis, en particulier, de construire un réseau de lignes ferroviaires à très grande vitesse supérieur en longueur à celui de la France, alors que la surface du pays est 25 % inférieure et que sa population compte 20 millions d’habitants en moins. Du coup, 62 % des Espagnols, selon un récent sondage, sont favorables à l’Europe, ce qui en fait les champions de l’europhilie.
 
L’UE redoute d’autant plus une déstabilisation du royaume que sa sortie de la terrible crise de la dette et de la bulle immobilière des années 2000 pourrait être remise en cause par une sécession de la Catalogne, région qui affiche le 4e PIB nominal sur 19 après le Pays Basque, Madrid et la Navarre, tout en affichant le 3e endettement public le plus élevé d’Espagne à 75,4 milliards d’euros, classé en catégorie spéculative.
 

France, Belgique, Italie, Royaume-Uni redoutent une flambée de séparatismes régionaux en cas de sécession de la Catalogne

 
L’Union européenne compte par ailleurs plusieurs Etats membres soumis à des tensions séparatistes. La France connaît une crise larvée en Corse, dont le chef indépendantiste Jean-Guy Talamoni était à Barcelone dimanche. La Belgique fait face au séparatisme flamand, le Royaume-Uni à celui de l’Ecosse, l’Italie à celui de la Padanie et, moins connu, à celui du Trentin-Haut Adige ou SüdTyrol. L’Espagne, sur son flanc ouest, reste confrontée à celui des Basques, qui concerne aussi marginalement la France. Notons aussi qu’en France la revendication identitaire, méconnue par la citadelle parisienne, de la « Catalogne du Nord » (le Roussillon), trouvera dans l’agitation barcelonaise un carburant important.
 
C’est paradoxalement la doctrine européiste d’abaissement des nations qui aura in fine nourri le réveil des identités sous certaines formes régionales. Avec la Catalogne, le grand paradoxe est que ses chefs séparatistes républicains qui dirigent la région ont favorisé une immigration arabo-musulmane massive afin de s’en constituer une clientèle. Les attentats des Ramblas et de Cambrils les 17 et 18 août derniers, qui ont fait 16 morts et 136 blessés, n’ont pas ouvert les yeux de leurs partisans.
 

Matthieu Lenoir