fbpx

Reportage en Pologne dans le centre de soins palliatifs périnataux et néonataux de la Fondation Gajusz

soins palliatifs périnataux néonataux Pologne Fondation Gajusz

Mieszko, premier patient en soins palliatifs néonataux de la Fondation Gajusz, né avec une anomalie létale et accompagné jusqu’au bout par son papa et sa maman


 

Au dĂ©part, Tisa Ĺ»awrocka-Kwiatkowska s’était engagĂ©e dans les soins palliatifs pĂ©diatriques. C’était une promesse faite en Ă©change de la guĂ©rison de son fils Gajusz, nĂ© avec une grave maladie pour laquelle les mĂ©decins ne lui donnaient aucune chance de guĂ©rison. Et pourtant son bĂ©bĂ© a guĂ©ri. Quand la guĂ©rison de Gajusz a Ă©tĂ© confirmĂ©e par les examens mĂ©dicaux, un des mĂ©decins de l’équipe de l’hĂ´pital a mĂŞme dĂ©cidĂ© d’aider Mme Ĺ»awrocka-Kwiatkowska dans son projet. C’était il y a vingt ans. Quand je lui ai demandĂ© si Dieu Ă©tait prĂ©sent dans son action, la prĂ©sidente de la Fondation Gajusz m’a rĂ©pondu ĂŞtre peu portĂ©e sur la spiritualitĂ©, mĂŞme si elle se dĂ©clare chrĂ©tienne et croyante, mais, raconte-t-elle, cette promesse Ă©tait une manière de soudoyer la Providence. Grâce Ă  de nombreux donateurs, la Fondation Gajusz a aujourd’hui une centaine de salariĂ©s, principalement des personnels mĂ©dicaux, et cent soixante bĂ©nĂ©voles. Elle fournit dans la rĂ©gion de Lodz, grande ville du centre de la Pologne, des soins palliatifs pĂ©diatriques Ă  domicile et elle accueille des enfants en soins palliatifs de longue durĂ©e au « Palais Â». Le Palais, c’est un bâtiment amĂ©nagĂ© en plein Lodz, avec une belle fresque d’enfant portĂ© par un flamant rose sur ses murs extĂ©rieurs, des chambres confortables et esthĂ©tiques, et tous les Ă©quipements mĂ©dicaux nĂ©cessaires pour assurer aux enfants nĂ©cessitant des soins palliatifs le meilleur confort de vie, avec toute la tendresse dont ils ont besoin quand ils n’ont pas la chance d’avoir un papa et une maman pour s’occuper d’eux. Une belle clĂ´ture fermĂ©e par un portail digne d’un vrai palais, cadeau d’un riche philanthrope, entoure un joli jardin. Dans ce quartier plutĂ´t laid de Lodz, entrer au Palais, c’est entrer dans un autre monde. Le centre de soins palliatifs est au rez-de-chaussĂ©e, tandis que le premier Ă©tage abrite un centre de prĂ©-adoption, avec principalement des enfants accouchĂ©s sous X, c’est-Ă -dire abandonnĂ©s Ă  l’hĂ´pital juste après leur naissance. Des enfants dont les parents, ou la mère, ont donc estimĂ© qu’ils ne pouvaient en supporter la charge, mais qui leur ont quand mĂŞme donnĂ© le plus beau des cadeaux avant de les abandonner : la vie. Avec la certitude pour les enfants sains qu’ils seront adoptĂ©s. Et les enfants malades ? Il y en a deux en ce moment, qui sont provisoirement soignĂ©s au rez-de-chaussĂ©e. « Les statistiques nous disent qu’ils n’ont aucune chance de se faire adopter Â», me rĂ©pond Tisa Ĺ»awrocka-Kwiatkowska, « mais nous leur avons justement trouvĂ© des parents Â». La difficultĂ©, c’est la procĂ©dure et la lenteur des tribunaux. Il faut trois mois en moyenne pour mener la procĂ©dure d’adoption Ă  terme. Quand je suis entrĂ© ce matin du 27 octobre au premier Ă©tage de la Fondation Gajusz, c’était l’heure du repas. Il y avait une femme pour chaque bĂ©bĂ© Ă  nourrir. Mais mĂŞme au rez-de-chaussĂ©e, l’ambiance qui règne au Palais n’est pas triste, c’est au contraire un endroit qui respire la tendresse, oĂą l’on se sent tout de suite bien. Selon l’âge et l’état, les enfants sont allongĂ©s, assis, ou en train de jouer sous l’œil attentif du personnel de la Fondation.
 
soins palliatifs périnataux néonataux Pologne Fondation Gajusz
 

Les soins palliatifs périnataux et néonataux, une alternative à l’interruption médicale de grossesse

 
Depuis quatre ans, la Fondation Gajusz travaille aussi avec une clinique privĂ©e, l’hĂ´pital Pro Familia voisin, pour les soins palliatifs pĂ©rinataux et nĂ©onataux, quand des parents apprennent que leur enfant souffre d’une maladie ou anomalie lĂ©tale, c’est-Ă -dire ne donnant aucune chance de survie. Ce sont d’ailleurs les spĂ©cialistes de la Fondation Gajusz qui forment les mĂ©decins et personnels mĂ©dicaux du service obstĂ©trique de l’hĂ´pital Pro-Familia Ă  la manière de gĂ©rer les situations difficiles et aux soins palliatifs pĂ©rinataux et nĂ©onataux. Ă€ l’hĂ´pital public, une seule issue : l’interruption mĂ©dicale de grossesse (IMG). MĂŞme si l’on est en Pologne, les mĂ©decins refusent mĂŞme gĂ©nĂ©ralement d’informer les parents qu’il existe une autre issue : faire naĂ®tre son enfant, le tenir dans ses bras, se faire photographier avec lui, le baptiser et lui dire adieu, avec tous les soins palliatifs nĂ©cessaires pour que l’enfant ne souffre pas inutilement. Ces enfants vivent gĂ©nĂ©ralement très peu de temps après la naissance, le plus souvent quelques minutes ou quelques heures. Mais ces instants n’en sont que plus prĂ©cieux !
 

Même des parents non croyants choisissent de faire naître leur enfant pour quelques instants passés ensemble, justement parce qu’ils pensent ne jamais le revoir

 
Contrairement Ă  ce que l’on pourrait croire, explique Tisa Ĺ»awrocka-Kwiatkowska, les parents qui se tournent vers la Fondation Gajusz pour envisager une alternative Ă  l’IMG ne sont pas tous des chrĂ©tiens. En rĂ©alitĂ©, les parents confrontĂ©s Ă  la terrible nouvelle de la maladie ou de la malformation lĂ©tale de leur enfant Ă  naĂ®tre se tournent vers la Fondation Gajusz parce qu’ils cherchent ce qui sera le mieux pour leur enfant, d’une manière pratique. La loi polonaise permet dans ce cas l’avortement tant que l’enfant serait incapable de vivre en dehors du ventre de sa mère, c’est-Ă -dire, pour ces enfants, jusqu’à la fin de la grossesse. Il s’agit donc d’avortements tardifs, et il arrive rĂ©gulièrement que l’enfant avortĂ© sorte encore vivant du ventre de sa maman, et il n’y a personne pour accompagner son agonie avec des soins palliatifs. Pour la prĂ©sidente de la Fondation Gajusz, qui affirme baser ses affirmations sur son expĂ©rience et qui refuse d’adopter une attitude de militante pro-vie, de peur de rebuter les parents qui hĂ©siteraient Ă  venir demander l’aide de la fondation, l’avortement est la pire des solutions Ă  la fois pour l’enfant et pour ses parents, mĂŞme quand le bĂ©bĂ© ne sort pas vivant du ventre de sa mère, ce qui est gĂ©nĂ©ralement le cas. En quatre ans, la Fondation Gajusz a accompagnĂ© environ cinquante enfants promis Ă  une mort rapide. Il n’y a eu qu’une fois oĂą, après s’être tournĂ©e vers la Fondation Gajusz, une femme s’est finalement dĂ©cidĂ©e Ă  interrompre sa grossesse. Et puis elle est revenue, et a demandĂ© une aide psychologique que l’hĂ´pital public ne pouvait lui fournir. Et cette aide lui a Ă©tĂ© donnĂ©e, « car nous ne sommes pas lĂ  pour juger Â», explique la prĂ©sidente de la Fondation. Il s’agissait du reste d’une malformation très lourde : la cage thoracique de l’enfant ne se dĂ©veloppait pas, et il aurait Ă©touffĂ© immĂ©diatement après sa naissance. Mais, ajoute-t-elle, il aurait mieux valu, pour l’enfant et pour sa maman, le faire naĂ®tre de manière prĂ©maturĂ©e et lui permettre de mourir de manière naturelle en lui prodiguant tous les soins palliatifs nĂ©cessaires. Seulement les mĂ©decins ne proposent que l’interruption de grossesse.
 

Il n’est encore jamais arrivé à la Fondation Gajusz que des parents passés par les soins palliatifs périnataux et néonataux regrettent leur choix a posteriori

 
Pour les autres, Tisa Ĺ»awrocka-Kwiatkowska affirme qu’il ne lui est jamais arrivĂ© que des parents regrettent d’avoir malgrĂ© tout permis Ă  leur enfant de naĂ®tre. Au contraire, il arrive souvent que des parents lui dĂ©crivent les instants passĂ©s avec leur enfant comme un moment de bonheur. Et surtout, le deuil n’est pas refoulĂ© comme après un avortement, et la fondation continue de leur apporter un soutien, avec ses psychologues, ses prĂŞtres, ses bĂ©nĂ©voles. Les parents passĂ©s par les soins palliatifs pĂ©rinataux et nĂ©onataux restent en contact rĂ©gulier avec les personnes de la fondation qui les ont accompagnĂ©s, y compris pendant l’accouchement, et quand une maman est Ă  nouveau enceinte, il arrive que la prĂ©sidente de la Fondation Gajusz en soit la première informĂ©e. Et vous est-il dĂ©jĂ  arrivĂ© que des enfants promis Ă  une mort certaine naissent et ne meurent pas, ai-je demandĂ© Ă  Mme Ĺ»awrocka-Kwiatkowska. C’est arrivĂ© trois fois. Deux enfants vivent, et vivent bien, avec la maladie qui avait Ă©tĂ© dĂ©celĂ©e par les examens prĂ©nataux, et un enfant est nĂ© tout Ă  fait sain. Il y avait eu une erreur de diagnostic. Trois enfants sur cinquante, c’est quand mĂŞme 6 % des cas. Trois vies humaines qui ont Ă©tĂ© sauvĂ©es de l’interruption mĂ©dicale de grossesse.
 
soins palliatifs périnataux néonataux Pologne Fondation Gajusz
 

Même en Pologne, les médecins et personnels médicaux ne veulent souvent pas envisager autre chose que l’interruption médicale de grossesse

 
Depuis peu, l’activité des centres de soins palliatifs périnataux et néonataux est mieux couverte par la sécurité sociale polonaise. Dans ce domaine, la situation est bien meilleure cette année. Mais Mme Żawrocka-Kwiatkowska pointe du doigt l’attitude des médecins, qui n’informent pas les parents concernés de l’existence de ces centres car ils refusent d’envisager autre chose que l’interruption médicale de grossesse. Et elle cache mal sa colère contre le gouvernement actuel, qui parle d’améliorer l’accueil des enfants malades et handicapés, mais qui ne fait rien pour forcer les médecins à mieux informer les parents. Pourtant, si l’initiative citoyenne en cours, visant à interdire l’avortement en cas de maladie ou malformation grave et incurable de l’enfant conçu, est adoptée par le parlement dominé par le PiS dont les députés se présentent comme pro-vie, il faudra bien proposer une alternative à ces parents. Sinon, et la présidente de la Fondation Gajusz en est persuadée, les gynécologues-obstétriciens procéderont à des avortements illégaux, non pas par appât du gain (ces cas sont trop rares pour que ce soit un business profitable), mais par idéologie. À l’hôpital public Matki Polki de Lodz, certains vont même jusqu’à arracher des murs les affiches de la Fondation Gajusz.
 

Olivier Bault

 

soins palliatifs périnataux néonataux Pologne Fondation Gajusz

Le bâtiment de la Fondation Gajusz à Lodz