Que faire face aux menaces de l’IA ? Se tourner vers Marie, répond Mgr Eamon Martin

menaces IA tourner Marie
 

L’Irlande catholique était conviée le 6 juin (y compris par une campagne d’affiches 4×3 à travers le pays) au All-Ireland Rosary Rally 2026, ce rendez-vous annuel du 1er samedi du mois de juin au sanctuaire de Knock, qui en est à sa 41e édition. C’est en présence de l’archevêque d’Armagh et primat d’Irlande, Mgr Eamon Martin, que s’est déroulé le pèlerinage qui se présente ouvertement comme une réponse aux demandes de la Vierge Marie d’accomplir la dévotion des cinq premiers samedis du mois, et il a été marqué par le renouvellement de la consécration de l’Irlande au Cœur Immaculé de Marie par Mgr Martin.

Celui-ci a prononcé une homélie remarquable lors de la messe de l’après-midi sur le thème « Marie et l’ère de l’intelligence artificielle ».

 

Mgr Eamon Martin décrit les dangers de l’IA

A la suite de la publication de l’encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, Mgr Martin a mis en exergue les dangers de l’IA qui renouvelle la tentation originelle à laquelle ont succombé Adam et Eve : « Vous serez comme dieu », dans un monde dressé contre Dieu. En choisissant le vocable traditionnel de Marie comme « la nouvelle Eve », celle qui choisit l’obéissance totale à Dieu et que son divin Fils a désignée comme Mère de tous les hommes, et en citant le Salve Regina, l’archevêque a rappelé qu’elle seule peut répondre aux inquiétudes suscitées par le développement de l’IA.

Il a ainsi exhorté tous les catholiques à être fidèles au chapelet quotidien et aux sacrements, les invitant à se tourner vers Marie afin qu’elle protège l’humanité dans cette nouvelle ère technologique.

 

Face à l’IA, une réponse spirituelle : appeler Marie au secours

Cela suppose à tout le moins que l’on perçoive bien l’IA comme un danger, comme une force potentiellement destructrice de l’homme, comme une alliée en puissance de celui qui provoqua la première chute, le péché originel, celui qui est menteur et homicide depuis le commencement.

Je vous propose ci-dessous notre traduction intégrale de cette homélie de Mgr Eamon Martin. – J.S.

 

*

Homélie de Mgr Eamon Martin
« Marie et l’ère de l’intelligence artificielle »

 

« Enfants d’Eve, exilés, nous crions vers vous. Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. »

Mes amis, ces derniers mois, j’ai médité de plus en plus sur cette prière du cœur qui s’adresse à Marie dans le Salve Regina – le Salut, ô Reine !

C’est de bien des façons que notre monde actuel ressemble à une « vallée de larmes ». On dirait que nous sommes cernés par les mauvaises nouvelles : les guerres et la violence, la cupidité et la faim, les phénomènes météorologiques extrêmes, les virus, la traite des êtres humains et tant d’attaques contre la dignité de la vie humaine.

Je constate que de plus en plus de gens me demandent une bénédiction ou une prière parce qu’ils ont peur : pour le monde, pour leurs proches et pour eux-mêmes. Vous l’avez sans doute aussi remarqué lorsque vous avez annoncé que vous alliez à Knock aujourd’hui : vos amis et les membres de votre famille vous ont demandé de prier ou d’allumer un cierge pour eux.

Mais nous n’avons aucune raison d’avoir peur. Nous sommes ici au bon endroit. Knock est un lieu de guérison, où nous, pauvres « enfants d’Eve exilés », pouvons nous tourner en toute confiance vers Jésus, par Marie.

J’aime que Marie soit parfois appelée « la nouvelle Eve » ! Quel beau titre, et comme il est riche de sens ! Dès les premiers temps du christianisme, des théologiens tels que saint Irénée et saint Justin le Martyr aimaient à décrire Marie comme « la nouvelle Eve », tout comme l’a fait le saint cardinal John Henry Newman au XIXe siècle. Ils ont vu dans le « oui » sans réserve de Marie à Dieu lors de l’Annonciation, lorsqu’elle s’est soumise librement et pleinement à la volonté divine, un renversement total de la désobéissance d’Adam et Eve au jardin de l’Eden, par laquelle le péché et la mort sont entrés dans le monde.

C’est pour cela que Marie est la « nouvelle Eve ». Elle nous redonne confiance dans le fait que l’humanité peut revenir à ce que Dieu voulait qu’elle soit quand Il nous a créés au commencement !

Le Catéchisme l’explique ainsi :

« Dans la descendance d’Eve, Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la Mère de son Fils.…(Elle) a “coopéré au salut des hommes avec sa Foi et son obéissance libres” (LG 56). Elle a prononcé son oui “au nom de toute la nature humaine”. Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Eve, mère des vivants. »

Frères et sœurs, n’ayons donc pas peur aujourd’hui, lors de ce rassemblement du Rosaire, de soupirer vers Marie : de profonds soupirs spirituels d’abandon, en remettant tout ce qui nous trouble à Jésus par l’intermédiaire de Marie. Il y a quelques semaines, à la grotte de Notre-Dame de Lourdes, je me suis retrouvé en train d’inspirer profondément le souffle de l’Esprit Saint, puis, dans un grand soupir spirituel, à expirer toutes mes inquiétudes, mes questions, mes intentions et mes demandes à Marie, notre Sainte Mère. J’avais l’impression d’entendre ces paroles de Jésus sur la croix : « Voici ta Mère » ; son invitation à « lui adresser nos soupirs ». A ce moment-là, Jésus nous confiait, nous, pauvres « enfants d’Eve, exilés et brisés », à Marie, la Nouvelle Eve, modèle de l’humanité et mère de tous les vivants.

Chers amis, il y a deux semaines, le pape Léon XIV choisissait de publier sa première encyclique adressée au monde entier à l’occasion de la fête de Marie, Mère de l’Eglise. Intitulée Magnifica Humanitas (sur la grandeur de l’humanité), cette encyclique est une réflexion sur la protection de la personne humaine en cette nouvelle ère de l’intelligence artificielle.

Je pense que ce n’est pas un hasard si le pape Léon a choisi la fête de Marie comme date de publication de cette encyclique. En cette phase historique de l’histoire de l’humanité, le pape Léon remettait une fois de plus le sort de toute l’humanité entre les mains et dans le cœur aimants de Marie, mère de tous les vivants, la Nouvelle Eve.

L’intelligence artificielle façonne déjà la vie humaine dans les foyers, sur les lieux de travail et au sein des communautés, dans les hôpitaux, les services publics et les économies. L’IA est capable d’accomplir des choses remarquables et utiles. Elle peut trier d’énormes quantités d’informations, reconnaître des schémas récurrents et accélérer les progrès dans les domaines de la médecine, de l’éducation, des sciences et de la protection de l’environnement. Elle peut même imiter le comportement et les voix humaines, mais elle ne peut ni aimer, ni souffrir, ni pardonner, ni prier, ni espérer à la manière des hommes, et elle ne peut pas non plus être réellement « sage ». L’IA n’a pas de conscience.

Comme le dit le pape Léon : « les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur… ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité ».

Le Saint-Père s’inquiète à juste titre de ce que l’intelligence artificielle puisse nous amener à construire un monde dominé par l’orgueil, le profit, la domination et la confusion ; un monde où Dieu notre créateur est oublié ; un monde où, au contraire, les êtres humains pensent : « nous pouvons être Dieu » – c’est la tentation classique d’Adam et Eve par le serpent dans le jardin d’Eden.

Au lieu de cela, le pape Léon propose une vision de la construction de la « Cité sainte de Dieu », fondée sur la paix et la réconciliation, l’amour et la fraternité ; un monde profondément respectueux de la dignité humaine pour tous. C’est un monde où les hommes s’élèvent dans l’action de grâces vers le Dieu transcendant, leur Créateur, qui a sauvé l’humanité d’elle-même en envoyant son Fils unique, Jésus, le nouvel Adam, né de la Vierge Marie, la nouvelle Eve.

Le pape Léon nous demande de ne pas oublier que chaque être humain possède un visage et une voix uniques. Avant d’être un profil, une statistique, un pseudonyme, un consommateur, un plaignant ou un « dossier », une personne est un être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et il nous rappelle que lorsque Dieu a voulu sauver l’humanité de l’orgueil, du péché et de la mort, il a choisi de le faire en venant parmi nous avec une voix humaine, un visage humain et un cœur humain.

Les chrétiens, ainsi que toutes les personnes de bonne volonté, peuvent donc se poser ces questions au sujet de l’intelligence artificielle : Est-elle véridique ? Est-elle juste ? Honore-t-elle la personne humaine créée à l’image de Dieu ? Protège-t-elle les plus vulnérables et sert-elle le bien commun, ou se contente-t-elle d’accumuler richesse et pouvoir entre les mains de quelques-uns ?

Quelles sont ses répercussions sur la vie et la dignité humaines, la solidarité, la justice et le souci de la création de Dieu ? Sert-elle les personnes humaines ou tend-elle au contraire à les déshumaniser, ou cherche-t-elle même à les remplacer ?

C’est pourquoi je vous encourage, à l’occasion de ce rassemblement du Rosaire, à prier souvent, en union avec Marie, pour que l’humanité soit protégée en cette ère technologique qui avance à grands pas.

Marie, la Nouvelle Eve, Mère de tous les vivants, agit comme une « boussole » qui nous guide à travers les eaux inconnues qui s’étendent devant nous.

Le pape Léon affirme que Marie dirige nos regards sur « les points de fracture de l’humanité, là où se produit la distorsion du monde » (MH 244). Elle nous enseigne « à regarder le monde… avec les yeux de ceux qui souffrent, et non avec le regard des grands ; avec les yeux des petits et non avec la perspective des puissants ; à interpréter les événements de l’histoire du point de vue de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, de l’enfant blessé, de l’exilé, du fugitif ».

Et lorsque nous soupirons vers Marie, elle considère nos soupirs dans son Cœur Immaculé : elle porte dans son cœur nos peurs et nos angoisses, ainsi que toutes les questions complexes et déroutantes auxquelles l’humanité est confrontée en ce moment. Marie connaît nos faiblesses humaines ; elle sait quelles tentations nous assaillent.

Et son Cœur Immaculé nous supplie de rechercher les voies de la paix dans le monde ; de prier le Rosaire chaque jour ; de nous laisser nourrir par l’Eucharistie et la Confession. Marie nous exhorte à faire des actes de réparation pour les péchés qui menacent de détruire la « grandeur de l’humanité ». Elle nous montre la voie d’une « civilisation de l’amour », de la beauté, de la vérité, de la charité et du pardon, et dans sa sollicitude maternelle, elle s’efforce de nous détourner de la laideur de l’égoïsme, de la colère, de la violence, de la guerre, de la cupidité et de l’exploitation des plus faibles.

Elle est la Reine de la Paix et elle a promis la paix au monde à Fatima, si seulement nous parvenons à rester fidèles au rosaire et à son Cœur Immaculé.

Le Cœur immaculé de Marie – uni au Sacré-Cœur de Jésus – nous rappelle qu’il faut aimer, même quand cela fait mal, et nous invite à venir tout près, cœur à cœur, d’elle et du Seigneur, afin que nous n’oubliions jamais que « nous sommes aimés » et que « nous sommes appelés à aimer les autres », avec tendresse et compassion, en particulier les plus vulnérables, les pauvres, les malades et ceux qui souffrent.

C’est ainsi que le pape Léon conclut sa première encyclique, Magnifica Humanitas, en nous encourageant à devenir comme Marie, des « tisseurs d’espérance » dans le monde, et en demandant qu’elle, la Mère du Christ, la Femme du Magnificat, guide nos pas en cette période de changement afin que nous puissions « témoigner de la beauté d’une magnifique humanité habitée par Dieu ». Amen.

 

Mgr Eamon Martin
Archevêque d’Armagh, primat d’Irlande

*

 

Traduction par Jeanne Smits