« La France n’a jamais été aussi riche en termes de richesse produite chaque année. » Telle est l’analyse de Thomas Piketty, économiste de gauche, directeur d’études à l’EHESS qui ne l’est pas moins, grand promoteur de la taxation des riches (10 % par an sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros) et de quelques autres idées bien socialistes de ce genre. Il l’a déclaré sur BFM le 15 octobre, où il ajoutait que le « problème » de la France, « c’est la répartition ». Traduisez : certains ont trop d’argent et d’autres pas assez. Il faudrait donc prendre aux riches aux patrimoines gonflés (mais c’est aussi par la hausse de la valeur de l’immobilier plutôt que des liquidités) pour donner à ceux qui vivent de la manne publique, au moyen de subsides et d’allocations en tout genre servant à la redistribution.
Comme si la France n’était pas déjà quasi championne du monde, ou presque, dans ce registre : le pourcentage des prélèvements obligatoires sur le PIB atteindra près de 44 % cette année, tandis que les dépenses publiques représentaient l’an dernier 57,3 % du produit intérieur brut. C’est déjà du socialisme à haute dose. Piketty voudrait voir ces pourcentages s’aggraver.
La France riche selon Piketty
Mais il insiste : « La France n’a jamais été aussi riche. » Ici, il faut comprendre qu’il y a un vrai tour de passe-passe. La richesse d’un pays se mesure, à ce jour, précisément au moyen du produit intérieur brut, indicateur économique qui donne la valeur totale de tous les biens et services finaux produits à l’intérieur d’un pays sur une période donnée, par le public comme par le privé ; impôts compris !
En euros constants, on est ainsi passé d’environ 15,5 milliards d’euros de PIB en France en 1950 pour atteindre 2.991,1 milliards d’euros en 2025. La croissance est spectaculaire, même si elle s’est fortement ralentie au fil du temps.
Il n’y a cependant pas de quoi caracoler. C’est bien joli de parler de cette richesse inédite, quand on sait que la dette de la France est passée de 30 % du PIB en 1950 à 115,6 % du PIB à la fin de 2025, avec un budget de l’Etat systématiquement déficitaire, année après année, depuis 1975. Est-on riche quand on a tout hypothéqué en vivant systématiquement au-dessus de ses moyens ? Voilà au moins une question qui mérite d’être posée.
Mais cet effet d’un socialisme rampant, puis triomphant, ne se limite pas à l’emprunt de l’Etat, qui se reflète dans les variations du PIB : il est également bien présent dans les décisions de dépenses de l’Etat, soit pour lui-même, soit reportées sur le privé. Tout cela fait de cet indicateur un chiffre manipulable à souhait.
On nous dit très volontiers, par exemple, que la transition énergétique, nationale et internationale, va faire augmenter le PIB national et mondial (et que l’inaction dans ce domaine les fera chuter). Elle crée en effet des flux d’argent : par exemple, par le biais du marché carbone, dont les transactions viennent gonfler le produit intérieur brut. C’est le fameux « bénéfice écologique » qui permet de modifier la comptabilité publique pour y intégrer une plus-value complètement illusoire.
Augmenter le PIB de la France par les normes écologiques
Le domaine de l’écologie est précisément un de ceux par lesquels on introduit le prétendu bénéfice écologique dans le PIB français. La forêt de normes et obligations « vertes » engendre des échanges et des transactions en créant de la plus-value, mais en limitant indirectement les libertés.
Par exemple, en imposant des contrôles techniques antipollution qui permettent d’envoyer des voitures à la casse, en prenant des mesures pour favoriser et subventionner l’achat de nouvelles voitures électriques, et en punissant ceux qui roulent aux « énergies fossiles » par le biais de prélèvements obligatoires qu’on se refuse à faire dégonfler même quand la population n’en peut plus, on augmente encore le PIB.
Quand on impose aux voitures de ne pas dépasser un certain pourcentage de rejet de gaz carbonique, on oblige en fait les gens à passer à l’électrique. En changeant les normes, on change la société : on impose le socialisme par des textes en apparence relativement inoffensifs qui crée en réalité des dépenses obligatoires imposées et surveillées par l’Etat, et qui de surcroît lui rapportent.
D’autres filières économiques sont créées artificiellement de la même manière. Il en va ainsi de la collecte du verre et du tri sélectif. Tout cela coûte de l’argent et donne donc lieu à des échanges et à des plus-values, quitte à faire considérer le verre comme une denrée rare, comme un bien à préserver, alors que le silicium dont il est fabriqué est l’un des éléments les plus répandus sur la Terre. S’il y a un bénéfice pour le pouvoir, c’est celui de faire fonctionner la psychologie de l’engagement, par lequel les honnêtes gens ont l’impression d’agir de manière vertueuse lorsqu’ils trient, et donc de manipuler les comportements, tandis qu’autour de ces gestes inutiles, toute une industrie se fait jour.
La France riche à coups de voitures électriques et d’éoliennes imposées
L’industrie des éoliennes fournit un exemple encore plus parlant. Elles sont imposées par la politique verte et la réglementation, avec des normes françaises ou européennes. Cela permet de créer des emplois totalement inutiles qui font artificiellement baisser le chômage, et tout cela (autant faire coup double) fait augmenter les rentrées fiscales et sociales. Ainsi peut-on faire gonfler le PIB en ruinant le pays et en fabriquant des pauvres qui doivent supporter le coût de tout cela.
Cette emprise de l’Etat ne se limite bien évidemment pas à la seule question écologique. Le millefeuille fiscal français en témoigne.
Avec tout cela, on crée, par précaution peut-être et aussi par réalisme économique, une illusion de liberté. Nous avons dit que les chiffres de l’économie française montrent que la France est un pays effectivement socialiste. Pourtant, il existe une liberté économique de créer des entreprises et de produire des bénéfices qui ne sont pas intégralement pompés par l’Etat, mais il ne faut pas oublier que celui-ci ne fait qu’augmenter son pouvoir parallèlement.
C’est par réalisme que Lénine décida, peu après l’instauration du communisme en Russie, de mettre en place la nouvelle économie politique (la NEP), qui rendait des bribes de pouvoir économique à la population pour éviter la faillite totale qu’entraîne le communisme économique pur et dur. Un même processus a mené à la chute du mur de Berlin. Après le goulag, qui finit par devenir insupportable, on est passé à des techniques de contrôle non aversives : la carotte plutôt que le bâton…
Piketty : transformer la France riche en pays néo-communiste
On abandonne la contrainte ou du moins une partie de celle-ci, mais on conserve le contrôle tout en laissant une certaine richesse se développer. C’est le modèle qui fonctionne en Chine, avec son « socialisme à caractéristiques chinoises », qui intègre une grande liberté économique et la liberté de circulation, y compris à l’étranger, pour les citoyens dotés d’une note sociale convenable, le Parti communiste est omniprésent à la tête des entreprises et dans l’organisation de la société, de la religion, etc.
La France est-elle plus riche qu’elle ne l’a jamais été ? On se le demande.
Dans les années 1950, une famille pouvait vivre convenablement avec un seul salaire : en se logeant, en circulant, en s’offrant quelques vacances. Aujourd’hui, les familles qui peuvent s’en sortir sans deux salaires sont l’exception. Et c’est la crise du logement, fabriquée notamment par les normes environnementales et la création de zones proprement invivables qui n’ont rien de « quartiers populaires ».
Le système économique et ses sous-systèmes, tel le logement, en sont profondément affectés, avec des répercussions sur la démographie notamment. Il devient en effet de plus en plus difficile d’avoir un logement pour famille nombreuse, et celles-ci sont matraquées par l’obligation d’avoir certains types de véhicules.
Ce n’est pas pour rien que l’on parle de la paupérisation des classes moyennes. Leurs revenus théoriques augmentent peut-être d’année en année, mais leur réelle liberté, que permet l’aisance économique, se rétracte trop souvent.
Nous n’allons pas faire l’inventaire complet de la gabegie de l’Etat, mais n’oublions pas la politique d’immigration si coûteuse, financée par les Français qui travaillent sous la contrainte de l’Etat – on n’a pas totalement abandonné le bâton, loin s’en faut.
La solution, selon Piketty, serait de ponctionner encore les « riches » et de redistribuer aux « pauvres » qui deviennent ainsi les « clients » et les obligés de la puissance publique, avec une définition de la richesse qui n’a absolument rien à voir avec l’opulence dans l’esprit de ceux qui taxent et imposent.
Le PIB croît ? Si seulement c’était une bonne nouvelle !











