Voie synodale : les évêques allemands sous pression ?

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Michael Haynes, l’excellent correspondant au Vatican de The Catholic Herald, rapporte que le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Heiner Wilmer du diocèse de Münster, vient de donner des signes d’un certain assagissement quant à la volonté de la majorité des évêques d’Allemagne de révolutionner l’Eglise à travers la tristement célèbre « voie synodale ». « Accueil » des LGBT, ordination des femmes, rôle accru de la gouvernance des laïcs : l’Eglise d’Allemagne est à la pointe du modernisme et de la destruction programmée, mais il semblerait que le Vatican fasse pression en sens contraire. Par les temps qui courent, on en est presque surpris.

Tout cela serait d’ailleurs plus encourageant si le monde catholique traditionnel, attaché à l’intégralité de la doctrine, n’était pas plus durement traité.

Il se trouve que Mgr Wilmer fait partie des principaux promoteurs de la voie synodale, et c’est lui qui, en tant que nouveau président de la Conférence épiscopale, se trouve à la tête des négociations avec le Saint-Siège. Les réactions de celui-ci sont attendues, affirme Michael Haynes, comme un test décisif de l’autorité de Rome et de sa volonté – ou non – de ramener à l’ordre cet enfant terrible qu’est l’Eglise d’Allemagne, qui, de manière scandaleuse, conteste des points non négociables de la doctrine de la religion catholique.

 

La voie synodale des évêques allemands face à un obstacle romain

Les statuts de la Conférence synodale sont au centre de ces pourparlers. Ces statuts ont été soumis au Vatican en mars, mais il devient de plus en plus évident, selon Michael Haynes, que ceux-ci ne recevront pas l’approbation espérée par les évêques allemands.

D’ores et déjà, alors qu’elle devait avoir lieu en ce mois de novembre, la première réunion de cette Conférence synodale qui cherche visiblement à supplanter la conférence épiscopale a été remise à plus tard, au grand dam de certains théologiens et d’activistes progressistes allemands. D’autres estiment toujours possible une approbation dès l’année prochaine.

Lors de l’assemblée plénière du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) à Salzbourg la semaine dernière, Mgr Wilmer a adopté un ton assez nouveau, affirmant : « Je voudrais insister avec sérénité et conviction sur un point fondamental pour nous. Nous voulons cheminer sur cette voie en tant qu’Eglise catholique, en pleine communion avec le Saint-Père et dans la fidélité au magistère de l’Eglise. » Il a souligné « la volonté de la Conférence épiscopale allemande de respecter pleinement le droit canonique et l’ordre ecclésiastique, tout en menant un dialogue proche et constant avec Rome, dans un esprit d’écoute et de communion… Nous ne voulons pas nous engager sur notre propre voie ou sur une voie isolée ; nous ne voulons pas d’une voie spécifiquement allemande qui nous éloigne de l’Eglise universelle ». Pour Michael Haynes, c’est un signe de la pression subie actuellement par les évêques allemands de la part de Rome.

 

La pression du Saint-Siège s’exerce de manières très diverses

Il se trouve que Léon XIV était très impliqué dans le dialogue avec l’Allemagne alors qu’il était à la tête du Dicastère pour les évêques. Devenu pape, il a publiquement mis en garde l’Eglise en Allemagne contre tout schisme, en insistant sur son devoir de ne pas s’éloigner du chemin de l’Eglise universelle. Depuis lors, il a nommé un nouveau nonce en Allemagne après 13 ans de présence de son prédécesseur, qui a en quelque sorte accompagné les frasques de la voie synodale.

Si cette analyse est exacte, c’est une bonne nouvelle, mais elle reste en demi-teinte. Remettre l’Eglise d’Allemagne sur la bonne voie correspond, dans la situation actuelle, à une sorte de minimum syndical. Alors qu’on y promeut des choses aussi énormes que la gouvernance au moins partiellement laïque de l’Eglise locale, l’ordination des femmes (question définitivement close et non susceptible de débat), en passant par l’ouverture aux pratiques sexuelles contre nature que nombre d’évêques allemands sont même prêts à bénir à travers l’accueil des « couples », Rome peut vouloir rétablir l’ordre. Mais c’est face à des outrances revendiquées ici et là, de manière bruyante et sans susciter de réaction visible, et dans un cadre général qui demeure même celui d’une crise de la foi et de l’autorité. Des nominations douteuses voire scandaleuses continuent d’être faites sur place ou dans des diocèses à travers le monde. Si Léon XIV apparaît comme un homme de Dieu se souciant du spirituel, il reste à bien des égards le continuateur de grandes tendances doctrinales et liturgiques discutables qui se sont installées à la suite de Vatican II. On peut en lire un bref catalogue récent ici.

 

Evêques allemands : le dialogue sur la voie synodale n’est pas clos

A Rome même, des revendications insupportables, des proclamations ahurissantes (comme l’idée que le port de la mantille par les femmes à l’église et la réception de la communion à genoux seraient source de « division » et de « confusion », comme l’a affirmé le Dicastère pour le culte divin à la suite d’une rencontre ad limina avec les évêques du Panama) continuent de prospérer. Ici et là, de manière bruyante et sans susciter de réaction visible – au contraire – des nominations douteuses voire scandaleuses continuent d’être faites sur place ou dans des diocèses à travers le monde.

Et la persécution contre la liturgie traditionnelle latine ne tarit pas. Elle n’est certes pas universelle, mais nombre de diocèses en font l’expérience. Et le manque d’esprit paternel manifesté au pèlerinage Ad Petri Sedem à Rome pour la fête du Christ-Roi ne montre que trop l’approche des deux poids et deux mesures. On ne peut qu’être saisi, en effet, par le contraste entre un dialogue qui se poursuit entre les promoteurs de la voie synodale allemande et le Saint-Siège, alors que certains ponts sont coupés avec des catholiques d’esprit traditionnel avec une dureté heurtante, même face à la volonté fortement exprimée de respecter le pape et son autorité pétrinienne.

 

Jeanne Smits