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“Amoris laetitia” : les séminaristes de Malte invités à partir s’ils sont en désaccord avec le pape François

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Une atmosphère de harcèlement et d’intimidation semble être de mise à Malte où nombre de prêtres et de séminaristes se voient menacés s’ils osent exprimer leur opposition à une interprétation hétérodoxe d’Amoris laetitia. C’est l’archevêque de Malte en personne qui l’a confirmé au National Catholic Register : il a indiqué aux séminaristes que les portes du séminaire sont grandes ouvertes – ils n’ont qu’à partir s’ils sont en désaccord avec le pape François !
 
Mgr Charles Scicluna a co-signé avec l’évêque de l’île voisine de Gozo, le mois dernier, des Critères d’interprétation d’Amoris laetitia affirmant qu’il ne fallait pas refuser la communion à certains divorcés « remariés » qui au terme d’une période de discernement se sentent « en paix avec Dieu ». Le texte des évêques maltais avait été aussitôt publié par L’Osservatore Romano dont les articles passent par la « censure » de la Secrétairerie d’Etat.
 

« La porte est ouverte » : les séminaristes de Malte doivent partir plutôt que de critiquer le pape François

 
Vivement contestés par des théologiens, des canonistes et autres responsables religieux et laïcs au motif que ces critères contredisent l’enseignement permanent des papes, la loi canonique et le catéchisme, ils ont été réaffirmés par Mgr Scicluna au motif que, selon lui, ils « sont conformes à Amoris laetitia en « suivant l’interprétation approuvée » par le pape.
 
Depuis leur publication le 13 janvier, rapporte Edward Pentin du NCR, plusieurs membres du clergé maltais ont contacté cette publication pour dire que les évêques ne tolèrent pas un avis différent de celui présenté dans leurs Critères. Selon ces sources, trois prêtres se chargent actuellement des opérations d’intimidation des dissidents. Ces trois prêtres étaient connus pour leur opposition à l’archevêque précédent de Malte, Mgr Paul Cremona – et pour leur poids dans les affaires ecclésiastiques locales, où il ont toujours refusé jusqu’au débat.
 
L’arrivée de Mgr Scicluna il y a deux ans avait fait espérer une modification de la situation, mais il n’en a rien été.
 
Le NCR affirme que lors d’une rencontre avec les prêtres de Malte le 14 février dernier, l’archevêque leur a demandé de faire preuve de compréhension, affirmant qu’il n’avait pas d’autre choix que de cosigner les Critères. Selon des personnes présentes lors de cette réunion, qui s’en sont ouvertes à NCR, il a même déclaré qu’en conscience, il ne pouvait pas s’opposer aux désirs du pape. Il a simplement reconnu que cela avait été une erreur de ne pas consulter le clergé de Malte à propos du texte avant sa publication, expliquant que ce choix avait été dicté par la volonté de la conférence épiscopale de Malte d’être la première à rendre publics ces critères.
 

L’interprétation d'”Amoris laetitia” par les évêques de Malte conforme à celle du pape François

 
Cela en dit long sur la confusion qui règne que d’apprendre le « choc » que l’archevêque dit avoir ressenti devant la publication d’une déclaration d’allégeance au pape que les membres du C9, le groupe des neuf cardinaux chargés de la réforme de la curie, se sont crus obligés de rendre publique. Être catholique, c’est être avec le pape, a déclaré Mgr Scicluna. Il ne comprend pas que l’on puisse remettre en question la miséricorde du pape – comme les affiches qui ont recouvert Rome au début du mois…
 
Lors de cette réunion, l’archevêque a également précisé que les étapes de discernement en vue de la communion des divorcés remariés devaient être en nombre significatif : 10 sessions lui semblent « trop courtes ». Et d’« exclure totalement » que la permission de communier puisse être donnée lors d’une seule rencontre ou d’une simple confession, avant un enterrement par exemple. Cela ne change rien, cependant, au fond de l’affaire.
 
Le malaise du clergé catholique fidèle reste donc entier à Malte, où l’on souligne que l’absence actuelle du nonce apostolique pour raisons de santé laisse les prêtres sans défense en cas de confrontation ou de sentiment de harcèlement de la part de l’évêque : ces prêtres se plaignent d’être « isolés », conclut Edward Pentin.
 

Anne Dolhein