Il y avait le prélèvement d’organes vitaux sur des personnes en état de mort clinique qui, comme l’annonce du décès de Mark Twain alors qu’il était encore vivant, était grandement exagérée. Il y a déjà des euthanasies pratiquées de manière précise afin de pouvoir être suivies de prélèvements d’organes : cela se fait désormais de manière assez courante dans des pays comme le Canada ou les Pays-Bas. Mais des chercheurs veulent aller encore plus loin. Un article publié le 8 juillet dernier dans le New England Journal of Medicine propose de faire les choses plus simplement, en vue de récupérer des organes alors que l’euthanasie bénéficie d’une adhésion publique de plus en plus importante, comme l’affirment ses auteurs, tous trois médecins, Robert D. Truog, Ian Ball et Carter Snead.
Au jour où l’Assemblée nationale eest saisie de la dernière lecture de la loi qui veut ouvrir plus largement en France les portes au suicide assisté et à l’euthanasie que dans n’importe quel autre pays au monde, cette réflexion jugée digne d’une publication scientifique médicale prend une saveur encore plus amère.
Sous le titre « Contextualisation de la “règle du donneur décédé” à l’ère de l’euthanasie volontaire », le Dr Truog et ses collègues présentent la possibilité de permettre explicitement la mort par donation comme un simple nouveau pas à franchir, la suite logique d’une situation où nous avons déjà redéfini la mort en vue du système actuel de récupération d’organes vitaux.
Autoriser le prélèvement organes sans constater la mort
La règle du donneur décédé (DDR) veut que la récolte d’organes ne se fasse que sur une personne morte ou du moins déclarée morte, selon une définition qui a bien fluctué pendant les dernières décennies. Truog et ses coauteurs assurent que l’application de cette règle connaît déjà des aménagements.
« Bien que la règle du donneur décédé soit considérée comme le “pilier éthique » de la transplantation, il n’a, jusqu’à présent, pas tant fonctionné comme un absolu moral que comme un point d’ancrage moral, dont l’application nécessite une interprétation et une adaptation constantes », constatent-ils, avant de reconnaître le caractère totalement artificiel de la mort cérébrale. Ici, il faut les citer in extenso, comme le fait le Dr Heidi Klessig sur LifeSiteNews. La loi à laquelle il est fait allusion est celle adoptée aux États-Unis en 1981.
« En dépit de l’incertitude philosophique et biologique, la mort cérébrale a été officialisée dans la législation et dans la pratique médicale à travers l’adoption, en 1981, de la loi Uniform Determination of Death Act, qui définissait la mort comme la cessation irréversible de toutes les fonctions cérébrales. L’expérience clinique cumulée a toutefois mis en évidence plusieurs incohérences à l’intérieur de ce concept global de la mort cérébrale. [Le Dr Allan] Shewmon a rapporté de nombreux cas de survie biologique durable alors même que la mort cérébrale avait été constatée. Ces patients étaient capables de grandir, d’assimiler des nutriments et d’éliminer les déchets, de se remettre d’infections et de blessures, voire de mener une grossesse à terme. Malgré les incertitudes, le don d’organes s’est poursuivi, mettant en lumière un changement conceptuel plus profond. La loi DDR a fait évoluer la manière dont on détermine la mort, en faisant passer de critères strictement biologiques à l’adhésion à des critères diagnostiques énoncés et approuvés par une autorité compétente pour les définir. La règle qui requiert la mort du donneur ainsi que la confiance dans le système de don d’organes n’étaient pas violées si le nouveau concept de mort était accepté selon les normes sociales et juridiques. Une telle contextualisation a fait du Death Requirement une garantie morale flexible, préservant l’engagement de ne pas prélever d’organes sur des personnes vivantes, même si la signification même du terme “mort” était révisée. »
On devrait pouvoir tuer un patient candidat à l’euthanasie pour récupérer ses organes…
Comprenez : la définition mouvante de la mort a servi à préserver la possibilité de récupérer les organes vitaux, qui ne servent à rien s’ils ne continuent d’être irrigués et oxygénés. En revanche, elle n’a pas été clamée sur les toits, de peur sans doute de décourager les potentiels donneurs. Prélever un organe sur un cadavre froid et gris ne sert à rien, rappelle Heidi Klessig, mais se fait cœur battant, dans un état de mort jugé « suffisant ».
L’article du souligne également que le débat reste ouvert sur la donation après l’arrêt cardio-circulatoire, réputé plus radical que la mort cérébrale, Elle repose sur le refus de la réanimation par le patient – or il est clair, ajouterons-nous, que la réanimation rétablit une fonction plutôt que d’opérer une résurrection. « On passe d’une conception biologique à une conception procédurale de la mort », soulignent les auteurs. Il suffit qu’elle soit alignée avec ce qui est « généralement accepté sur le plan social et éthique ». « Contextualisation » toujours…
Truog et ses amis ont conclu que, les donneurs d’organes finissant par mourir de toute façon, le moment précis de la mort n’a en réalité pas d’importance. Ils en ont conclu qu’il faudrait faire évoluer la préoccupation éthique : plutôt que de chercher à identifier le moment précis de la mort biologique, il faudrait selon eux privilégier le respect des décisions prises par les patients de manière autonome, tout en vérifiant qu’ils ne fassent pas l’objet de coercition ou d’exploitation et que la procédure se fasse en toute transparence. Comme si la transparence existait aujourd’hui pour les donneurs qui ne se doutent pas que la définition actuelle de la mort permet déjà de provoquer la mort par le don d’organes…
Fin de l’hypocrisie, retour à la barbarie du sacrifice humain
Il s’agirait donc de ne plus s’appuyer sur les redéfinitions successives de la mort, mais de passer à l’étape suivante : permettre la mise à mort directe par l’acte de récupération des organes, en abandonnant la règle du donneur décédé. On ne parlerait plus d’euthanasie suivie de don d’organes, mais d’euthanasie par don d’organes, en remplaçant la potion létale ou la piqûre mortelle par une opération provoquant la mort.
La pente glissante sur laquelle la loi d’euthanasie et de suicide assisté entraînerait la France est déjà toute dessinée. Demain, tuera-t-on de cette manière pour que d’autres puissent vivre ? Autrefois, les Aztèques prélevaient bien des cœurs battants pour que le soleil continue de se lever – c’était une idolâtrie démoniaque.











