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Bob Dylan prix Nobel de littérature : académisme d’un poète humaniste

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Per Svensson, critique culturel du quotidien Sydsvenskan, est un mauvais coucheur : il parle de « trumpification » du prix Nobel de littérature à cause de son attribution au chanteur folk Bob Dylan. Pourtant, le choix de ce poète humaniste est tout à fait conforme aux critères de l’académisme universel.
 
Hugues Aufray (l’auteur de Santiano et Céline) a bien raison : ce qui l’étonne c’est qu’on s’étonne de voir Bob Dylan prix Nobel de littérature. Pourquoi s’étonner en effet ? Parce qu’il chante ? Mais Homère chantait, et Ronsard aussi. Et Orphée, ajoute Salman Rushdie, ravi du choix des Nobel. La poésie est d’abord orale. Alors ? Parce qu’il n’a pas le niveau ? Mais Claude Simon et Pearl Buck l’avaient-ils ? Et Yasunari Kawabata, qu’en pensez-vous ? Le monde peut bien changer, plus ça change, moins ça change au Nobel.
 

Le prix Nobel à Bob Dylan récompense un académisme grunge

 
La vérité est que Bob Dylan, né Robert Allen Zimmerman en 1941 dans le Minnesota, a gravi à la force du poignet les degrés de l’académisme (Il a reçu plusieurs Grammy Awards et un Oscar) et qu’il obtient comme n’importe quel autre impétrant le prix de ses efforts, parce qu’il est tout à fait dans la ligne du fondateur du prix, Alfred Nobel. Celui-ci se disait amateur de poésie, Bob Dylan se dit poète, tout va bien.
 
L’est-il vraiment ? Répondre à cette question demanderait de forts volumes : depuis que la poésie française et occidentale a été détruite par le lettrisme, il est convenu de dire que la chose est indéfinissable – le poète, comme l’artiste contemporain, est celui qui dit qu’il l’est.
 
Mais la vraie question n’est pas là. Quand Winston Churchill reçut en 1953 le prix Nobel de littérature, ce n’était pas pour la beauté de ses sonnets ni de ses romans, ce fut pour sa « défense des valeurs humaines ».
 

Un poète humaniste entre littérature et politique

 
Alfred Nobel, marchand de dynamite enrichi, était un humaniste et s’employa à mettre l’académisme au service de l’humanisme. C’est pour cela que le prix n’échut pas à Céline, Ezra Pound ou Borgès, trop « fascistes » ; pour cela aussi que le jury le proposa à Neruda, Sartre et Garcia Marquez, compagnons de route d’un communisme jugé, au fond, humaniste. Le prix Nobel, c’est comme la philo : quand le prof est gaucho, c’est pas la peine de faire pipi contre le vent. Bob Dylan est dans cette ligne-là. Avec ses allures de clochard sur la route, il a milité pour les droits civiques, contre le racisme, etc… Il a inventé le « protest song » traduit avec tant de candeur par Richard Antony (je vous conseille Écoute dans le vent). C’est un précurseur de la société sans exclusion. Il a beau avoir la voix éraillée et des textes piochés dans un paquet de Bonux, il pense bien, il pense conforme : le prix Nobel a récompensé cet académisme grunge. Ne dites plus littérature, prononcez politique : c’est plus clair.
 

Pauline Mille