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Brexit : le parti travailliste en pleine crise – Corbyn restera-t-il à la tête du Labour ?

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Les conséquences du Brexit restent à déterminer pour le Royaume-Uni – dont on ne sait pas encore à quelle sauce il sera mangé faute de plan clair de sortie de l’Union européenne – mais pour le parti travailliste britannique, elles sont déjà désastreuses. Et c’est paradoxal, compte tenu du fait que ce sont les conservateurs qui ont pris le plus gros coup puisque leur figure de proue, David Cameron, est le grand perdant de ce referendum. Mais si Cameron a promis de démissionner d’ici à octobre, Jeremy Corbyn, leader très à gauche du Labour, se trouve en butte à l’hostilité des ténors de son parti qui lui reprochent son attitude mi-figue mi-raisin pendant la campagne.
 
Dans l’ensemble, le parti travailliste britannique était favorable au maintien dans l’Union européenne. Jeremy Corbyn a lui aussi soutenu la campagne du « Remain » mais on a trouvé son engagement du bout des lèvres suffisamment ambigu pour avoir pu décourager la base de voter dans le sens de l’UE. Ce sont aujourd’hui les responsables du Labour très ouvertement européistes – et ils sont nombreux à sa tête – qui veulent celle de Corbyn.
 

Le Brexit plonge le Labour comme les Tories dans la crise du leadership

 
Dans le système britannique, les hauts responsables de l’opposition consituent un « cabinet fantôme » qui double en quelque sorte les postes ministériels réels et permet de faire systématiquement état de l’opinion et des propositions du parti qui n’est pas aux commandes sur les grands dossiers en cours. La secrétaire aux affaires étrangères « fantôme » Hilary Benn a été la première à faire part de son manque de confiance à Corbyn par téléphone, dimanche matin. Elle a été virée séance tenante, soupçonnée de fomenter un complot contre le leader travailliste.
 
Depuis lors, les deux tiers du cabinet fantôme ont démissionné et plus de 40 membres travaillistes du Parlement ont contesté la direction de leur chef. Des dizaines d’autres pourraient les rejoindre et faire aboutir une initiative visant à le destituer. Car Jeremy Corbyn lui-même a répété qu’il n’était pas question pour lui de se démettre, et qu’il comptait lutter jusqu’au bout. Étant donné que l’élection du chef du Labour se fait par les militants cotisants et les membres d’office des syndicats de travailleurs, il a de quoi espérer : il peut supposer que sa base est moins europhile que les habitués de Westminster. De fait, les sondages récents montrent qu’il a le soutien de 60 % des membres du parti travailliste.
 

Jeremy Corbyn contesté par les élus, soutenu par la base du parti travailliste ?

 
Sur les bancs du Parlement, on s’inquiète au contraire de son profil. Outre qu’il lui est reproché d’avoir délibérément fait sa campagne pro-UE en sourdine – de là à lui reprocher le Brexit lui-même il n’y a qu’un pas –on évoque la marginalité de ses options politiques générales. Pour Dame Margaret Hodge, parlementaire travailliste de très longue date, la manifestation qui s’est tenue à Londres lundi soir en soutien à Corbyn dit tout : « Ce n’étaient pas des membres du Labour. C’étaient des “Socialist Workers” (Travailleurs socialistes) et des membres de Momentum » (un groupe de gauche radicale qui s’est constitué en 2015 lors de l’élection de Corbyn : « Ce sont des groupes de gauche dure », selon la parlementaire.
 
Au parti travailliste façon Corbyn, marxistes et trotskistes sont les bienvenus, comme nous l’écrivions ici en septembre. Le glissement du parti vers le modèle Syriza, Podemos, 5 étoiles… entre lui aussi dans une nouvelle logique européenne. Celle-ci n’échappe ni aux rivalités ni aux contradictions, chose dont d’ailleurs le marxisme s’accommode fort bien.
 
Mais il est intéressant de noter que la source d’information russe rt.com et de tout cœur avec cette « gauche dure » dont elle a rapporté avec bienveillance la manifestation, assurant que des milliers de représentants de la base viennent au secours de leur champion à travers le Royaume-Uni. Rt.com les décrit comme « outrés » par l’appel des hauts responsables travaillistes à la démission de Corbyn, et mettent en avant une pétition en sa faveur qui a recueilli, sur Internet, quelques 202.000 signatures en l’espace d’un jour.
 
Pour les médias russes, le « bon » choix ne fait pas de doute.
 

Anne Dolhein