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Un super-cartel du pétrole réunissant OPEP et Russie, avec le pétrole de schiste américain dans le rôle du trouble-fête

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L’OPEP et un groupe de pays producteurs de pétrole menés par la Russie doivent former d’ici à la fin de l’année une alliance durable dans le but de contrôler le marché mondial du pétrole brut. Suhail Al-Mazrouei, le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis qui assure en ce moment la présidence de l’OPEP, parle d’un partenariat-cadre qui lierait pour toujours tous les pays producteurs de pétrole. C’est ainsi qu’en 2019 après Jésus-Christ tout le marché du pétrole sera occupé par ce super-cartel… Tout ? Non ! Un pays peuplé d’irréductibles capitalistes résiste encore et toujours à cette domination. Et la vie n’est pas facile pour les Etats pétroliers. Ce pays, ce sont bien sûr les États-Unis qui sont en passe, avec leurs gisements de schiste – ces fameux schistes dont on a interdit l’exploitation en France –, de devenir le premier producteur de pétrole mondial, devant l’Arabie saoudite et la Russie ! Le pétrole de schiste américain joue le rôle du trouble-fête face à ce projet de super-cartel mondial. Les prix bas du pétrole, quoi que fassent l’OPEP et la Russie, vont avoir bien du mal à remonter la pente au cours des prochaines années.
 

Le super-cartel OPEP-Russie, une réponse maladroite et tardive à l’arrivée du pétrole de schiste

 
C’est pourquoi Ambose Evans-Pritchard, l’analyste du Telegraph, parle du nouveau super-cartel comme d’une réponse maladroite et tardive au développement aux Etats-Unis des technologies de fracturation pour l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste. Grâce à leurs technologies et à leur flexibilité, les producteurs américains réagissent très rapidement aux évolutions des prix et empêchent ainsi toute remontée durable des cours du baril de pétrole. Les réductions de la production convenues et respectées par l’OPEP et la Russie ont déjà débouché sur une augmentation de la production de pétrole de schiste américain de 250.000 barils/jour cet hiver, et 1,3 million de barils/jour supplémentaires sont attendus cette année.
 

Les Etats-Unis, bientôt producteur n° 1 de pétrole devant l’Arabie saoudite et la Russie

 
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la croissance rapide de la production américaine en 2018 devrait répondre intégralement à la hausse de la demande en Chine et dans le reste du monde, ce qui coupera court à la récente remontée des prix avant que ceux-ci ne s’installent durablement au-dessus de 70 dollars le baril. Avec 11 millions de barils/jour produits cette année (pétrole conventionnel et pétrole obtenu par fracturation), les Etats-Unis seront le premier producteur mondial.
 
Le super-cartel aura donc le choix entre relever ses plafonds de production, en relançant la guerre des prix de 2016, ou céder de nouvelles parts de marché aux producteurs d’Amérique du Nord. Les producteurs de pétrole de schiste américains sont les mieux préparés à une guerre des prix grâce à leurs contrats de couverture, tandis que nombre de gouvernements des pays de l’OPEP dépendent grandement des cours du pétrole pour acheter la docilité de leur population. La Russie, en revanche, pourrait faire face car elle avait mieux anticipé que les pays de l’OPEP le choc des gisements de schiste américains.
 

L’OPEP n’avait pas su anticiper le choc du pétrole de schiste américain et semble toujours en retard d’une guerre.

 
L’OPEP parie aujourd’hui sur un plafonnement de la production américaine à 12,4 millions de barils/jour en 2025, comptant sur l’épuisement des gisements de schiste les plus facilement exploitables. Mais l’OPEP comptait déjà sur la faillite de l’industrie du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis en 2015-2016. C’est le contraire qui est arrivé : l’industrie américaine des gisements de schiste a assaini ses finances et est ressortie renforcée de la guerre des prix du pétrole. Quant aux grandes compagnies pétrolières, elles sont désormais capables de gagner autant d’argent qu’avant avec un pétrole à 60 dollars le baril.
 
Avec le pétrole de schiste américain, le modèle économique et politique des pays de l’OPEP qui dépendent des cours élevés du pétrole appartient déjà au passé.
 

Olivier Bault