Dénatalité mondiale : un nouveau coupable ?

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La dénatalité mondiale a atteint un record en 2025 en atteignant un niveau bas que les démographes dans leur ensemble n’attendaient pas en cette décennie. Les Etats-Unis ont affiché l’an dernier un taux de fertilité de 1,57 enfant par femme en âge de procréer, du jamais vu depuis que l’on tient des statistiques, tandis que la Finlande, avec ses congés parentaux quasi inégalés de 320 jours ouvrables pour le premier enfant auxquels s’ajoutent 84 jours pour les naissances suivantes, compte désormais à peine 1,25 enfant par femme. La moyenne de l’UE ne dépasse pas 1,4 enfant par femme. Dans ces régions développées, le remplacement des générations n’est assuré qu’à partir de 2,1 enfants par femme. Avec de tels chiffres, un quart à un plus d’un tiers d’enfants manqueront à la génération suivante… et nul ne sait dire exactement pourquoi. Plusieurs études pointent maintenant l’essor des réseaux sociaux et l’absence de relations individuelles entre les jeunes.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » Cela fait partie de la feuille de route de l’humanité : dès l’origine Dieu donna à l’homme une compagne qui serait la chair de sa chair, et les deux furent chargés de croître et de multiplier ; de se connaître et de s’aimer d’un amour fécond.

On a pointé de multiples causes de l’effondrement démographique : les crises financières, le coût de la vie, l’impossibilité pour la plupart des familles de vivre avec le seul salaire du mari, les difficultés de logement, la contraception autorisée voire promue par l’Etat, l’avortement légalisé (qui a été accompagné d’une chute brutale en France à la suite de la loi Giscard-Chirac-Veil par exemple, mais il est des pays où l’avortement est interdit où la natalité est encore plus faible), le féminisme, les études et le travail des femmes et j’en passe, comme l’idéologie du genre qui tente de faire exploser le seul couple naturellement fécond : celui formé par un homme et une femme. Toutes ces causes ne sont doute pas sans relation avec le problème mais on constate que ces facteurs varient énormément dans les différents pays alors que la baisse de la fertilité est comparable entre eux.

 

La dénatalité mondiale est d’abord un refus du commandement divin

Dans la plupart de ces cas, ce sont des modifications sociétales qui sont en cause : des ruptures avec la loi naturelle, c’est là aussi la « feuille de route » de la Genèse qui est ignorée ou contredite, pour un seul résultat qui ne peut plaire qu’à celui qui est « menteur et homicide depuis l’origine ». La culture de mort a pour premier effet d’empêcher la vie, les nouvelles vies.

Ainsi la question est en réalité d’abord spirituelle et rejoint le refus des sacrifices de différentes formes qu’entraîne forcément l’enfantement : à quoi bon les accepter, et encore moins les choisir, s’il n’y a pas d’au-delà ni de Dieu bon qui a créé la vie et qui l’aime ?

Le démographe américain Steven Shaw y a ajouté le facteur de la « l’absence d’enfants non planifiée » : la situation de ces femmes qui ne trouvent pas de partenaire, ou se font « doubler » par des femmes plus jeunes qu’elles, et restent seules, ou le trouvent trop tard et subissent une infertilité involontaire parce que leur fenêtre de fécondité est déjà fermée. On peut la rapprocher de cet effondrement des relations sociales induite par les réseaux « sociaux » (ils ne le sont pas du tout) accessibles via les portables qui vous suivent jusque dans votre lit.

A cet égard on constate un point de rupture dans la chute de la natalité : en l’année 2007 s’amorçait la « Grande Récession » liée à la crise des sub-primes, et le lancement du premier iPhone. La chercheuse Anna Rotkirch, directrice de l’Institut de recherche démographique d’Helsinki et conseillère du gouvernement finlandais en matière de politique démographique, a démontré dans un essai publié en avril 2025 que la baisse de la fécondité dans les pays nordiques ne s’expliquait pas par les cycles économiques. La Norvège, dont les recettes pétrolières atteignaient des sommets historiques au cours de la même décennie, affichait exactement la même courbe descendante que la Finlande en crise. En revanche, ce qui coïncidait dans tous les cas, c’était l’essor des smartphones et des réseaux sociaux.

 

Le nouveau coupable de la dénatalité mondiale : l’absence croissante de relations sociales

Aux Etats-Unis, entre 2010 et 2019, le temps moyen que les jeunes adultes passaient avec des amis a chuté de près de 50 %, passant de 12,8 heures à 6,5 heures par semaine, selon l’Institut d’études de la famille américaine. Le covid ne fit qu’aggraver cette situation. On passa en 2020 à 4,2 heures par semaine aux Etats-Unis, qui ne furent pourtant pas partout soumis au confinement strict. En 2024, on n’avait récupéré qu’une heure à peine, en passant à 5,1 heures hebdomadaires.

« Si les gens ne nouent pas de relations sociales, ils ne développent pas leur capacité à créer des liens, à séduire et à courtiser », a déclaré Alice Evans, chercheuse en sciences sociales à l’université de Cambridge qui étudie la crise démographique mondiale, lors d’un podcast d’opinion du New York Times en mai 2026, où elle faisait valoir que la baisse de la natalité est fondamentalement « un problème de solitude ».

A l’appui de sa thèse, l’Institut des études de la famille note que le nombre de relations sexuelles annoncées par les adultes américains entre 18 et 64 ans s’est effondré entre 1990 et 2024. Le taux de rapports au moins une fois par semaine est ainsi passé de 55 % à 37 %. En même temps, le nombre de mariages a chuté, passant de 9,8 pour 1.000 personnes en 1990 à 6,1 mariages pour 1.000 personnes en 2021. Parallèlement, une étude des couples montrait qu’il existe un lien direct entre l’utilisation problématique des réseaux sociaux et les difficultés entre hommes et femmes.

 

Les smartphones et la dénatalité mondiale

2012, année où l’utilisation massive des smartphones et des réseaux sociaux par les adolescents a été constatée dans le monde anglo-saxon et européen, a coïncidé avec la multiplication des problèmes de dépression, d’anxiété et d’automutilation parmi les jeunes, avec des parcours différents. Les jeunes filles sont les plus affectées par les comparaisons encouragées par les réseaux. Les garçons, de leur côté, tendent à l’isolement en se réfugiant dans les jeux vidéo et la pornographie numérique. Mais dans tous les cas, le résultat est le même : moins de rencontres, moins de relations et moins d’enfants.

Depuis 2022, et de manière générale, le temps passé sur les réseaux sociaux marque un repli, si l’on en croit une enquête réalisée pour le Financial Times auprès de 250.000 adultes de plus de 50 pays. Elle révèle qu’à la fin de 2024, dans le monde développé, les adultes passaient en moyenne 2 heures et 20 minutes sur les réseaux sociaux chaque jour, soit 10 % de moins que deux ans plus tôt. Il reste cependant que les adolescents qui se sont jetés sur ces réseaux entre 2012 et 2022 ont acquis des habitudes pour la vie, et que les conséquences s’en feront sentir dans les décennies à venir.

Corrélation ou causalité ? La question reste posée, mais le résultat est clair et net. L’hiver démographique est bel et bien là et il coïncide avec ce grave problème des relations humaines qui s’ajoute certainement à d’autres facteurs suffisamment profonds, avec lui, pour que les bricolages politiquement d’encouragement de la natalité ne parviennent pas à en inverser le cours.

Quelle que soit sa motivation, le repli sur soi fait que l’humanité s’étiole, il empêche de voir ce qui nous dépasse et surtout ce qui nous transcende. « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute forme de vie intérieure », disait Bernanos. Nous en sommes à l’étape suivante : la culture moderne qui en résulte est une conspiration contre la vie humaine tout court.

 

Jeanne Smits