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Les enfants régressent – mais pas forcément dans les familles nombreuses, comme on aurait voulu que ça arrive…

Enfants familles nombreuses
 
C’est marrant comme la société se plaint de ses enfants qui tardent à vieillir, sans pour autant revoir ses exigences à la hausse… « C’est plus comme avant, ma bonne dame ! » Et pourtant, on ne veut surtout pas formuler un tel regret du passé… On voudrait pouvoir louer la modernité du temps d’aujourd’hui, et fustiger toujours plus la femme au foyer, ces familles d’antan où la contraception n’existait pas et où la femme suait sang et eau auprès du fourneau sans pouvoir aller s’éclater au bureau… et enchaînait les enfants qui, c’est forcé, devaient être de tristes marmots mal-dégrossis. Sauf que la réalité ne donne pas vraiment raison à ce fantasme de la décroissance… De toute évidence, il y a des rouages grippés dans l’éducation des petits d’aujourd’hui – qui ne connaissent le plus souvent qu’un ou deux frères et sœurs maximum.
 
C’est ce qu’observe, avec un bon sens certain, la médiatique Janet Street-Porter dans le DailyMail où elle officie – un témoignage d’autant plus remarquable qu’à 72 ans, elle n’a elle-même pas d’enfants : chez l’emblématique famille Radford qui attend son 21e enfant, il semble y avoir beaucoup moins de « problèmes » que dans nombre de familles beaucoup, beaucoup plus petites….
 

Familles nombreuses : des très religieux, des très pauvres ou des très riches

 
Aujourd’hui, à partir de deux enfants vous entrez dans l’anormalité, de trois et plus, dans la démesure, voire l’insolence démographique. Vous êtes soit des fous religieux (qui refusent la contraception), soit des très pauvres (qui n’ont pas les moyens de se la payer), soit des vraiment très riches (qui ont les moyens de la refuser). Observez d’ailleurs qu’à aucun moment, il semble qu’on ne puisse avoir des enfants pour le bonheur qu’ils représentent…
 
Alors, il est certain que la famille Radford qui va accueillir son 21e enfant passe pour une zombie. Et d’ailleurs beaucoup de réactions médiatiques et populaires sont allées en ce sens. Des milliers de gens, observent la journaliste du DailyMail, se sont plaints de « l’égoïsme » du couple et du « coût » représenté pour les contribuables.
 
Incroyable culot… surtout quand on sait que cette famille s’entête à refuser de demander les allocations familiales, voulant assumer publiquement ses charges. Et puis ce sont ces mêmes mauvaises langues qui appellent à une immigration pour sauver la démographie perdante du Royaume-Uni, laissant la procréation et le sauvetage de l’économie à d’autres !
 

Les enfants, ce sont avant tout des entités économiques

 
C’est sûr, l’heure n’est plus aux grande familles qui, il y a cinquante ans, étaient courantes à la fois dans les communautés ouvrières et les grandes familles bourgeoises. La pilule contraceptive et la mise au travail des femmes (avant elles ne faisaient absolument rien, c’est bien connu) ont rapidement changé les mentalités et plombé l’indice de natalité de tous les pays occidentaux. Aujourd’hui, on programme sa carrière et après le bébé, si bien sûr le compagnon et la maison-avec-perron arrivent à point nommé.
 
Tout serait une question d’argent ? Accusation facile. Certes, Janet Street-Porter le rappelle, il facilite parfois les choses : pour la PDG de YouTube, Susan Wojecki, qui a cinq enfants ou la brillante dirigeante britannique Helena Morrissey, mère de neuf enfants, le côté strictement matériel a été plus aisément assumé.
 
Mais les Radford n’entrent pas dans cette catégorie. Ça travaille, simplement, dans la boulangerie familiale où tout le monde met la main à la pâte, dans une gestion « bon père de famille » comme on disait (mais il paraît que l’expression est passée à la trappe féministe).
 

Incapables de parler correctement, de tenir un crayon, de s’habiller ou même d’aller aux toilettes…

 
Et puis, c’est drôle, mais curieusement on a l’air de s’y débrouiller aussi bien voire mieux que dans bon nombre de familles « modernes » rétrécies qui remplissent la majorité des primaires d’aujourd’hui… L’Inspecteur en chef de l’Ofsted (Office for Standards in Education), Amanda Spielman, l’a dit hier dans un grand discours aux directrices de crèches : beaucoup d’enfants commencent aujourd’hui l’école, incapables de parler correctement, de tenir un crayon, de s’habiller ou même d’aller aux toilettes…
 
Alors l’inspectrice haranguait des fonctionnaires d’État… mais encore une fois ce ne sont pas les gardiennes du temple (on ose espérer que cela ne soit pas encore tout à fait le cas), c’est aux parents, au foyer familial qu’incombe ce travail de transmission, d’éducation a minima. C’est comme l’équilibre alimentaire : il y a dix fois plus d’enfants en surpoids chronique dans les écoles primaires qu’en 1990 ! Peut-être que la nourriture industrielle est nocive à long terme, mais encore une fois où est passée la liberté et la volonté des parents maîtres du mode de vie de leur progéniture ?
 
« Certains enfants ont de la chance. Et je parle ici de la culture familiale, pas seulement de l’argent » disait Amanda Spielman. La difficulté de la vie n’efface pas tout héritage… à moins que l’air du temps n’ait persuadé des parents d’abandonner plus ou moins leur charge. Mais attention, ça peut donner des Tanguy bien envahissants : près de New-York, des parents viennent de passer au tribunal pour obtenir que leur fils (unique apparemment) de … trente ans déguerpisse enfin de chez eux !
 
Alors, avant de regarder la paille dans l’œil du voisin, que certains prennent soin d’enlever la poutre qui leur obstrue la vue…
 

Clémentine Jallais