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Espagne : les députés votent l’exhumation de Franco au Valle de los Caídos, symbole de la réconciliation nationale

Espagne Franco exhumation
 
Ce qui frappe dans le vote du Congrès des députés espagnol en faveur de la loi autorisant l’exhumation de la dépouille du général Franco, c’est l’abstention du Parti populaire (PP), jadis conservateur. L’autre parti qui passe pour être de centre-droit, Ciudadanos, s’est abstenu lui aussi. Le résultat, ce sont seulement 176 votes pour, 165 abstentions et seulement 2 votes contre (par erreur, paraît-il) cette mesure qui ne peut que raviver les anciens antagonismes entre le camp national et le camp socialo-communiste en Espagne, et c’est d’ailleurs probablement le but poursuivi par le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez !
 
Une fois votée l’exhumation du corps du général Franco du mausolée national du Valle de los Caídos, cette « vallée de ceux qui sont tombés » où sont enterrés les morts des deux camps, l’extrême gauche réunie au sein de l’alliance Unidos Podemos (coalition de Podemos et des communistes) a obtenu d’autres mesures comme la désacralisation du mausolée – en retirant la croix – et l’annulation des sentences prononcées à l’époque franquiste. Pourtant, une proportion non négligeable de ces sentences visait des auteurs de crimes de guerre qui n’avaient d’autre excuse que d’avoir servi le camp républicain en assassinant des innocents. Dire cela n’est pas nier qu’il y eut aussi des crimes commis par le camp franquiste ni le fait que le régime mis en place par Franco était bien un régime autoritaire – et non totalitaire comme l’était le Front populaire.
 
Mais pour Unidos Podemos, qui permet aujourd’hui à Sánchez de gouverner grâce à son soutien, de même que pour les nationalistes basques et catalans, 79 ans après la fin de la guerre civile et 43 ans après la mort de Franco, il importe de pousser à l’extrême la « défranquisation » de l’Espagne. Et qu’il soit clair que Franco, « en plus d’un putschiste, un dictateur et un assassin, était un voleur ». Ce sont quelques-uns des mots entendus lors du vote.
 

Une exhumation de Franco qui s’inscrit dans les efforts de la gauche pour réécrire la Guerre d’Espagne

 
La gauche, l’extrême gauche et les séparatistes régionaux, en exhumant la dépouille de Franco, continuent leur entreprise de réécriture de l’histoire à leur convenance, comme cela se faisait déjà avec le changement de nom des rues dédiées à ceux des martyrs de la Guerre d’Espagne dont le tort fut d’avoir été tués par les « républicains », c’est-à-dire les gentils. « Il ne peut y avoir de justice, de paix ni de concorde tant que la dépouille de Franco repose dans le même lieu que les victimes », a proclamé la vice-présidente du Conseil des ministres Carmen Calvo qui a qualifié la situation actuelle d’» anomalie atroce ». Le site d’information de gauche El Diario se réjouit encore d’une chose : sur le plan technique, ce sera une exhumation « low cost ». Et au cas où la famille du général Franco refuserait de reprendre le cercueil avec sa dépouille, le Congrès des députés a autorisé le gouvernement à choisir lui-même un nouvel emplacement pour le repos de celui qui dirigea l’Espagne de 1939 à 1975 après l’avoir sauvée du totalitarisme à la mode soviétique.
 
On notera au passage le ton très partisan adopté par le média international de l’Etat russe Sputnik pour parler de cette exhumation et, dans d’autres articles, du passé franquiste (« un régime dictatorial brutal »), comme si les gens qui dirigent la Russie contemporaine continuaient de se sentir solidaires de ceux que Staline a très activement soutenus pendant la Guerre d’Espagne.
 

Olivier Bault