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Les Etats-Unis voteront contre la résolution de l’ONU condamnant la glorification du nazisme

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Fidèles à leur habitude depuis que la Russie propose annuellement une résolution condamnant la glorification du nazisme, les Etats-Unis devaient voter contre, ce jeudi, a indiqué le Département d’Etat mercredi. Il paraît que cette attitude constante au fil des ans revêt cette année une dimension particulière du fait de l’entrée à la Maison Blanche de Donald Trump, volontiers décrié pour sa supposée affinité avec les « suprémacistes » blancs, et accusé d’avoir renvoyé dos à dos nationalistes blancs et contre-manifestants multiculturalistes à Charlottesville en Virginie au mois d’août.
 
Il va de soi que le président américain nie avec véhémence ces allégations qui sont le fait d’ennemis politiques et l’expression d’une reductio ad hitlerum classique dans le jeu politique contemporain.
 
Reste le fait. Si les Etats-Unis ont avec constance voté contre cette condamnation du discours nazi, c’est au nom de la liberté d’expression garantie par le Premier amendement de la constitution américaine. On pourra ironiser sur le fait que celui-ci est déjà très largement battu en brèche par la pression du politiquement correct imposé au sein de nombreuses institutions. Mais voilà – sur le plan politique et religieux, les individus ont le droit de dire à peu près n’importe quoi aux Etats-Unis.
 

La résolution de l’ONU condamnant la glorification nazisme : une initiative de la Russie

 
Il faut préciser aussi que les Etats membres de l’Union européenne et quelques autres nations ont pris pour habitude de s’abstenir, et ce malgré l’existence chez nombre d’entre eux de lois antiracistes et de non-discrimination qui limitent sévèrement la liberté d’expression, notamment en ce qui concerne l’évocation de la période de la Seconde Guerre mondiale.
 
Des responsables du Département d’Etat américain ont voulu cette année insister sur le fait que les Etats-Unis ne soutiennent en rien le discours nazi ou pro-nazi. La résolution votée dans le cadre du comité des droits de l’homme de l’assemblée générale de l’ONU a beau n’avoir aucun caractère contraignant et n’être assorti d’aucune conséquence légale pour les Etats membres, on souligne que le soutien américain à des résolutions contraires à la loi domestique pourrait être utilisé contre l’Etat lors de procédures fédérales. C’est de la même manière que l’administration Trump a voté contre une résolution présentée devant la commission des droits de l’homme de l’ONU condamnant la peine de mort pour comportement homosexuel. Les Etats-Unis y sont effectivement opposés mais comme la résolution comportait une condamnation générale de la peine de mort, encore en vigueur dans de nombreux Etats américains et au niveau fédéral, ils n’ont pas apporté leur concours.
 

Les Etats-Unis veulent préserver la liberté d’expression et contrer des votes stratégiques de l’ex-Union soviétique

 
En ce qui concerne la condamnation de la glorification du nazisme, un autre facteur est pris en compte par les Etats-Unis : l’origine russe de la résolution qui, selon une analyse politique de longue date des Etats-Unis, sert à la Russie à monter des attaques politiques contre ses voisins. Cela fait longtemps que Moscou dénonce le « fascisme » ou le « nazisme » des Etats baltes et d’autres pays qui se sont dégagés de la domination soviétique, a indiqué le Département d’Etat. Celui-ci aurait pu ajouter les accusations lancées par le Kremlin contre les « nazis » ukrainiens.
 
Ce fut une constante chez les communistes de dénoncer l’extrémisme de droite, le fascisme ou la collusion avec Hitler pour déconsidérer leurs ennemis ; le technique a bien plus que de beaux restes tant il est devenu habituel de dénoncer le discours des politiques de droite, jusque dans nos belles démocraties occidentales, comme des résurgences des « heures les plus sombres ».
 
Que la Russie poursuive cette stratégie au niveau de l’ONU est intéressant en soi. D’autant plus important qu’il n’y a jamais eu de condamnation parallèle d’un totalitarisme qui a tué avant, pendant et après le nazisme : le communisme a toujours droit de cité, même en ex-Union soviétique ou le PC russe est le principal, quoique très minoritaire parti d’opposition.
 
Tant qu’il n’y aura pas cette condamnation symétrique d’un système qui a tué par dizaines et dizaines de millions, la résolution condamnant la glorification du nazisme aura toujours le goût d’une justice de vainqueurs.
 

Anne Dolhein