On y va doucement, mais on y va. Une nouvelle proposition de loi dans le New Jersey, aux Etats-Unis, propose de mettre fin à la vie des personnes atteintes de démence en limitant suffisamment leur hydratation et leur nourriture pour les faire mourir à petit feu. C’est une des nombreuses variantes de l’euthanasie pure et dure qui peine quelque peu à s’imposer dans les pays où elle est pourtant activement promue. Le refus de soins nécessaires à la vie contourne l’obstacle.
Dans d’autres pays, des lois prévoient l’euthanasie pour ceux qui en auraient fait la demande avant de perdre leur capacité de discernement. Cela fait actuellement l’objet de débats aux Pays-Bas, pionniers de l’euthanasie, où la chose a été prévue dès le début en 2001, mais les médecins sont réticents. Aussi le lobby de la prétendue « mort dans la dignité » s’active-t-il pour rendre possible cette solution simple à une pathologie qui progresse, et qui pèse lourd, soit dit en passant, sur les finances publiques et privées.
L’euthanasie lente pour les déments l’ayant choisie par directive anticipée
Ces lourds frais financiers sont précisément invoqués par le texte SB 4186 soumis par la sénatrice démocrate Angela V. McKnight pour justifier ce qui constitue véritablement une euthanasie lente, des options qui seraient proposées aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives, afin qu’ils puissent, par une déclaration préalable, organiser leur mise à mort de cette façon. Elles pourraient être mises en œuvre dès lors que la maladie aurait atteint le stade où le patient ne serait définitivement plus en mesure de « communiquer de manière sensée, de reconnaître ses proches ou d’accomplir les activités élémentaires de la vie quotidienne sans une assistance totale ».
Sous son empire, le malade pourrait choisir par ces directives anticipées de ne plus recevoir qu’une « alimentation de confort » proposée uniquement par voie orale par un soignant, toute nourriture ou hydratation « artificielle », par sonde ou par intraveineuse, étant proscrite. Ces dernières volontés exprimées à l’avance devraient en outre être respectées par tout établissement hospitalier ou de soins pour les personnes ainsi dépendantes, en les protégeant de toute poursuite en responsabilité pénale ou civile. L’objection de conscience serait accessible aux établissements comme aux individus, mais à la condition de prévoir le transfert du patient dans un lieu où sa demande pourrait être honorée.
Sous-nourrir délibérément les patients pour qu’ils meurent de faim
Wesley J. Smith, avocat et consultant du Centre for Bioethics and Culture aux Etats-Unis, spécialiste de l’euthanasie, souligne que la terminologie est vague. S’il est acceptable de refuser l’alimentation forcée, s’il est légitime de ne donner au patient que la nourriture qu’il désire, même si, à terme, cela conduit à sa mort, ce sont des cas où la sous-nutrition ne serait pas intentionnelle, explique-t-il. Mais aux termes de la proposition de loi, il s’agit bien de hâter la mort en privant de manière organisée et délibérée le patient du strict minimum, de telle sorte que la mort s’ensuivrait nécessairement.
Il s’agit d’organiser le refus de soins ordinaires, ces soins dus à tout prochain du simple fait de son humanité. Ainsi est mort Vincent Lambert en France… La seule différence, c’est que lui n’avait pas donné de directives anticipées en ce sens. Mais en matière de respect de la vie, « l’autonomie » du patient qui est au centre de l’argumentation en faveur de l’euthanasie, n’excuse pas le choix du suicide, fût-il lent. Or c’est bien un suicide par directive anticipée qui est proposé par la proposition de la sénatrice McKnight.
L’euthanasie lente patients déments par la faim : demain, la voie « normale » ?
En quoi ce qui se trame dans un lointain Etat américain nous intéresse-t-il ? Eh bien, il s’agit d’une étape de ces nombreux progrès à petits pas vers l’affirmation de l’autonomie absolue de l’être humain et de son droit de mettre fin à sa propre vie quand il l’entend. Ainsi aux Pays-Bas, les conditions précises qui gouvernent l’accès à l’euthanasie, et de ce fait en privent certains candidats, ont déjà mené vers la généralisation du droit au refus de l’hydratation et de la nourriture pour mourir de soif et de faim sous l’impulsion du Collège des médecins. Accessible à toute personne majeure, sans condition liée à l’état de santé ou à la souffrance physique ou psychique, c’est un droit qui est opposable aux médecins : ceux-ci sont obligés d’accompagner cette manière de mourir en soulageant les souffrances qui peuvent en résulter, et ils doivent imposer le processus, même quand le patient manifeste cette souffrance.
Dans l’affaire du New Jersey, la tentative de légaliser l’organisation anticipée d’une telle mort en cas de démence avancée n’est pas autre chose qu’une manière de réagir au vieillissement de la population et au poids économique de la dépendance. Cela se doublerait forcément d’une sorte de pression sociale sur ceux qui craignent de peser sur l’avenir de leurs proches, et pourrait même constituer une étape vers l’élimination d’office de ce type de patients dont on juge déjà arbitrairement la vie indigne.











