Inscription de l’avortement dans la Constitution : c’est la France qui trinquera

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La quasi-totalité des députés ayant pris part au vote solennel – oui, solennel – sur l’inscription de la liberté d’avorter dans la Constitution ont approuvé cette idée née dans le cerveau d’Emmanuel Macron alors que les Etats-Unis célébraient une immense victoire pour la vie, le renversement de la jurisprudence Roe v. Wade. Le président infécond a voulu graver dans le marbre la possibilité pour chaque femme d’éliminer son enfant vivant de son sein, faisant de l’« IVG » un élément de la carte d’identité de la République, à rang égal avec sa devise, son organisation politique, ses préoccupations premières, ses « droits opposables ». Bleu-blanc-rouge, liberté-égalité-fraternité et avortement pour tous, voilà les nouveaux logos de la France, le dernier étant en quelque sorte l’achèvement des premiers qui illustrent les droits de l’homme sans Dieu de la Révolution française. Pas de limite au droit des femmes, pas même en faveur de l’enfant à naître : si le Sénat adopte la loi dans les mêmes termes d’ici à la fin février, Macron convoquera son Congrès à Versailles à la date la plus proche possible de la Journée internationale de la femme, le 8 mars. Comme s’il y avait urgence. Et si la loi parvient à cette étape, il n’y a guère de chance pour que cette révision soit rejetée.

Venant de la part de laïcistes affichés, cet attachement aux symboles est riche d’enseignement : ils cherchent, et les mots sont souvent revenus dans les débats, une sanctuarisation, une sacralisation de la liberté de tuer. Derrière ce vocabulaire quasi religieux, on perçoit forcément une forme d’idolâtrie. Il n’est pas difficile de voir qui peut bien en être l’objet : ce père du mensonge au nom duquel on instrumentalise la « liberté » des femmes ; leur détresse comme leur caprice, leurs peurs comme leur égoïsme. Mensonge qui se cache aussi derrière l’emploi du concept de liberté : est-on libre de tuer, de voler, de mentir, d’agresser ? De donner la mort parce qu’on refuse la vie ? La liberté de l’homme est d’aller vers le Bien, de choisir entre plusieurs biens ; choisir ce qui est mal l’asservit et l’aveugle.

 

L’inscription de la liberté de l’IVG dans la Constitution défigure la France

Vouloir inscrire dans la Constitution les mots suivants : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse », est en tout cas la preuve d’un aveuglement plus voulu que subi quant à la réalité de l’avortement qui a pour fin de détruire une vie unique et irremplaçable, distincte de celle de la mère.

493 députés ont voté pour, tous groupes confondus. Seuls 30 ont voté contre, 23 se sont abstenus, une poignée… Parmi ces trente qui ont sauvé l’honneur, quinze Républicains – ce sont les noms que l’on connaît, Thibault Bazin, Anne-Laure Blin, Xavier Breton, Philippe Gosselin, Patrick Hetzel, Marc Le Fur… Emmanuelle Ménard et Véronique Besse, au groupe des non-inscrits, Nathalie Bassire du groupe Libertés, Indépendants ont également refusé de se taire face à cette mauvaise action.

Le Rassemblement national a majoritairement voté pour : 46 de ses élus sur 88, parmi lesquels Marine Le Pen elle-même. Douze : Bénédicte Auzanot, Christophe Bentz, Caroline Colombier, Grégoire de Fournas, Hervé de Lépinau, Marie-France Lorho, Yaël Menache, Pierre Meurin, Mathilde Paris, Lisette Pollet, Stéphane Rambaud, Laurence Robert-Dehault, ont voté contre, le RN ayant quand même laissé la liberté de vote à ses élus… Quatorze se sont abstenus, ce qui équivaut à dire que la chose les gêne mais qu’ils n’en font tout de même pas un plat. « Qu’est-ce que la vérité ? »

Tout aussi remarquable est l’argumentaire employé par ceux qui n’ont pas voulu approuver l’initiative macronienne : on a entendu à maintes reprises affirmer que l’accès à l’avortement n’étant pas menacé en France, cette inscription dans la constitution était sans objet. L’élue du RN qui a pris la parole avant le vote solennel, Pascale Bordes (elle semble ne pas avoir pris part au vote par la suite) a ainsi déclaré : « Personne, absolument personne ne souhaite dans la société française contemporaine remettre en cause l’IVG, notamment aucun parti politique au Parlement, la liberté de la femme d’avorter est pleinement protégée par la loi. »

 

L’avortement, ticket d’entrée pour les hautes sphères de la politique

A ce compte-là, Marine Le Pen s’ouvre-t-elle un boulevard ? L’avenir le dira, mais il est bien plus important de savoir dans quelle direction il mène. Pour l’heure, c’est celle de la compromission qui va jusqu’à « sacraliser » l’IVG comme une valeur fondamentale de la France.

Voilà qui nous apprend deux choses – et cela était d’ailleurs souligné par les élus qui ont accusé des groupes « d’extrême droite » existant dans le pays d’oser contester l’avortement légal : la première, c’est que dans les lieux de pouvoir, on est « pour » l’IVG par principe et par système, on ne discute éventuellement que des modalités, et la deuxième, par extension : on ne peut espérer avancer en politique si on ose cette contestation. Le soutien à l’avortement légal est le ticket d’entrée.

Et il l’est devenu parce que le plus grand nombre s’y est soumis – y compris, dans une certaine mesure, divers mouvements pro-vie. Combien de précautions oratoires, combien de refus de militer clairement pour l’abolition de la loi Veil, combien d’injonctions en faveur d’un message « positif » sur la vie plutôt que dénonciateur du crime financé par l’Etat n’ont-ils pas émaillé les actions publiques ? C’est peut-être moins vrai aujourd’hui, il semble y avoir plus de franchise et moins de calcul dans l’ensemble, mais en attendant, la réalité de l’avortement a bel et bien été occultée et la plupart l’abordent, qu’on le veuille ou non, comme un droit acquis. Alors que l’approbation de l’avortement légal ressemble bien plus à ces trois grains d’encens qu’il faut brûler aux dieux du jour pour pouvoir exister…

 

La Constitution de la France retournée contre Dieu : jeu dangereux…

Le vote d’hier a confirmé ceci, cependant, et en cela c’est une clarification : ils veulent à tout prix en finir avec l’idée que l’avortement est une solution à une détresse (le mot a été éliminé de la loi depuis un bon moment), un échec. Eliminée, la fiction de l’avortement exception, de l’avortement compassion, de l’avortement répondant à une situation difficile. Seule compte la « liberté » de la femme, sa volonté propre dont l’exercice doit être « garanti » par toutes les instances de l’Etat.

Cela pose, évidemment, la question du droit à l’objection de conscience, cette miette laissée aux médecins et soignants qui est censée leur éviter d’être contraints à participer à une « interruption volontaire de grossesse ». Mais aussi, face à une « liberté » constitutionnellement « garantie », quelle place reste-t-il pour la contestation générale ? D’une certaine manière, cette « liberté » sera portée, si le plan de Macron aboutit, au rang de bien proclamé par le peuple souverain. Or nous le savons, il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté…

Et la France ? Cette France qui est confrontée à une crise de dénatalité sans précédent, à des statistiques d’avortement en hausse spectaculaire – plus de 234.300 en 2022 – est en voie de proclamer constitutionnellement son droit au suicide démographique. C’est une sacralisation de l’autogénocide qui a été approuvée, mardi, par l’Assemblée nationale. Ce n’est pas la « liberté » des femmes qui a besoin de protection, c’est la France. Puisse la colère divine ne pas s’abattre sur elle.

 

Jeanne Smits