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Labour : la victoire du marxiste Jeremy Corbyn s’inscrit dans la montée de l’extrême gauche en Europe

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L’élection d’un marxiste affiché à la tête du parti travailliste britannique s’inscrit dans une tendance qui s’affermit en Europe : la montée d’une extrême gauche assumée qui s’appuie sur le rejet populaire de l’Union européenne et de l’« austérité ». Jeremy Corbyn a remporté 59,5 % des voix des électeurs inscrits comme membres du Labour Party (l’adhésion à 3 livres ouvrait le droit au vote) : une « victoire écrasante » où la presse britannique a vu une rupture spectaculaire avec les années Blair et le « New Labour » teinté de libéralisme. Comme Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, ou le mouvement de Beppe Grillo en Italie, le Parti travailliste britannique est désormais un mouvement de gauche radical, avec des traits que l’on retrouve avec plus ou moins d’intensité selon les pays : hostilité à l’héritage chrétien de l’Europe, volonté d’accueillir massivement les migrants, rejet des mesures de sauvetage des banques, collectivisme, augmentation des impôts…
 

Jeremy Corbyn, marxiste assumé, homme d’extrême gauche

 
Le premier geste de Jeremy Corbyn, une fois élu, a été hautement symbolique. Il s’est rendu dans un pub de Londres pour arroser sa victoire d’une pinte bien méritée… Mais c’était pour chanter (fort mal) The Red Flag, le chant révolutionnaire avec lequel le parti travailliste avait rompu sous le règne de Tony Blair. Le choix du pub n’était pas non plus un hasard : « The Sanctuary », à quelques encablures du Parlement britannique, ressemble en tous points à ceux fréquentés du temps de la reine Victoria par les communistes. C’est dans un tel pub que Marx et Engels se retrouvaient pour théoriser la Révolution ; c’est encore sous les rassurantes boiseries de ces établissements populaires entre tous que Lénine et Trotsky ont tenu leur congrès clandestin à Londres en 1902. Corbyn semble bien être un adepte des symboles, et ils ne sont pas rassurants.
 
Sa circonscription d’Islington North compte moins de 50 % d’autochtones britanniques ; et 10 % de musulmans parmi lesquels de nombreux « fidèles » de la Mosquée de New Finsbury que Corbyn n’a pas hésité à visiter et à complimenter pour son travail. Il apparaît clairement comme favorable à l’islam et à ses droits en Europe, « très hostile » à Israël selon une organisation représentative des Juifs britanniques qui l’accuse d’avoir présenté des militants du Hamas et du Hezbollah comme des « amis ».
 
Corbyn a les faveurs de la presse russe qu’il admire au demeurant, et qualifie Russia Today de « chaîne plus objective » que les chaînes occidentales pour ce qui est de la couverture de l’actualité internationale.
 

A la tête du Labour britannique, Jeremy Corbyn déploie une rhétorique qui rappelé Podemos et Syriza

 
La rhétorique qui a accompagné l’ascension de Jeremy Corbyn ressemble à celle d’un Pablo Iglesias en Espagne ou d’un Tsipras en Grèce : dénonciation du pouvoir des banques et de leur renflouement sur le dos des peuples, appels à la nationalisation, soutien à la dépense publique en faveur du peuple « quantitative easing for the people », nouveau rôle et davantage de pouvoir pour la banque centrale d’Angleterre aux fins d’investissements dans les infrastructures…
 
A cela s’ajoute la condamnation par Corbyn de la guerre en Irak et de l’intervention européenne en Libye, et sa volonté de voir le Royaume-Uni quitter l’OTAN.
 
Cela n’en fait pas un partisan de la souveraineté nationale, loin s’en faut : hésitant sur la question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne – il tend plutôt vers une Europe plus socialiste – il s’inscrit de plain-pied dans l’idéologie écologiste en faveur des réductions des émissions de carbone, et il a dénoncé la trop grande timidité des objectifs de la COP21.
 
Favorable à l’étatisation complète du système de santé britannique, qui est déjà un modèle de collectivisme, Corbyn prône aussi un contrôle accru de l’éducation, depuis l’accueil de la petite enfance jusqu’à la formation continue. Conformément aux objectifs européens, il veut voir plus de femmes au travail, y compris les mères de très jeunes enfants, avec parité et quotas obligatoires à la clef, et renforcer les contrôles sur les écoles privées.
 

Le parti travailliste ne rompra pas avec le globalisme, il le gauchira

 
On s’interroge sur ce qui a pu conduire cet homme au charisme modeste vers la victoire, mais comme dans d’autres pays, l’irritation populaire à l’égard de l’Union européenne est un puissant catalyseur de changements politiques au service de choix plus révolutionnaires au service d’un socialisme universel ; par là, Corbyn n’est pas un homme anti-système, pas plus que les autres partis prétendument « anti-système » en Europe. Il promet d’ailleurs de soutenir « les arts » : l’art contemporain subventionné par l’Etat et enrôlant les plus jeunes.
 
Son élection apporte-t-elle à la droite britannique l’assurance d’un boulevard électoral et signifie-t-elle la fin du parti travailliste ? Beaucoup le disent, voyant dans Jeremy Corbyn un utile repoussoir. Beaucoup d’élus ont quitté les positions clef du parti travailliste par rejet de ses choix politiques. Mais pour ce qui est de l’effondrement du Labour, il n’est pas si sûr. Voyez la Grèce. Voyez l’Espagne…
 
Quant aux syndicats britanniques, ils sont ravis. Les chefs des différentes « unions » ont déjà menacé de faire tomber le gouvernement britannique en organisant des « grèves et des manifestations coordonnées ». Dialectique, toujours !
 

Anne Dolhein