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Migrants de Méditerranée : couler les bateaux de passeurs ou instaurer des quotas ?!

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La pression s’accroît. Lundi, le chef de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, a présenté devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le plan de l’Union européenne pour faire face au drame des migrants en Méditerranée, qui propose notamment de démanteler les réseaux de trafiquants, en détruisant les bateaux des passeurs,« avant qu’ils ne soient utilisés ». Une opération navale aux modalités vagues et complexes, à même de nous cacher le principal : la perspective des quotas d’accueil du chef de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker.
 
Les chiffres enflent et grondent comme il faut : rien que le premier week-end de mai, pas moins de 5.800 migrants ont été secourus en Méditerranée, principalement au large de la Libye – la Sicile s’attend à accueillir 5 000 migrants par semaine jusqu’en septembre. Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), une institution de l’ONU, un demi-million de migrants pourraient tenter cette année la dangereuse traversée – soit 10.000 morts potentiels. « Il est temps de réfléchir vraiment à la manière de stopper le passage très dangereux et risqué de migrants sur de petits bateaux » a déclaré son directeur.
 

La nouvelle idée : couler les bateaux des passeurs

 
Ce qu’a fait visiblement, Federica Mogherini et surtout Bruxelles qu’elle représente : « L’Union européenne est finalement prête à prendre ses propres responsabilités : sauver des vies, accueillir des réfugiés, traiter les causes profondes et démanteler les organisations criminelles ». Elle a insisté sur cette « situation sans précédent », sur son « urgence humanitaire », mais aussi sur la « crise sécuritaire » face aux réseaux de trafiquants liés aux terroristes.
 
Pour cela, elle a préconisé une opération militaire dont les modalités restent plus que floues et délicates. Après avoir eu le feu vert du Conseil européen, il faudra en effet obtenir un mandat de l’ONU pour pouvoir opérer dans les eaux territoriales libyennes : selon le droit de la mer, les patrouilleurs et équipes de secours ne peuvent ni couler ni arraisonner les bateaux des passeurs – de plus, l’ambassadeur de la Libye à l’ONU, Ibrahim Dabbashi, aurait fait savoir qu’il n’avait pas été consulté sur les plans et s’y opposait.
 
Mais surtout, ce serait condamner les migrants à l’enfer libyen… Et l’argument n’a pas mis longtemps à surgir, en premier lieu dans la bouche d’Amnesty International.
 

Les quotas faussement « temporaires » de Jean-Claude Juncker

 
De fait, on peut avoir des doutes légitimes sur cette nouvelle tentative pour « résoudre » le problème – qui semblerait plutôt vouloir calmer les appréhensions nationales. La proposition que Jean-Claude Juncker, le chef de l’exécutif européen, va soumettre mercredi au Conseil de Bruxelles rejoint davantage la réalité : l’instauration de quotas nationaux de prise en charge des demandeurs d’asile, afin de soulager les pays du sud. Jusqu’à aujourd’hui, les commissaires européens et les 28 pays-membres avaient toujours refusé, mais l’Allemagne et le Parlement européen lèvent à présent la main.
 
Pour chacun des pays de l’UE, le « mécanisme de distribution » tiendrait compte du PIB, de la population, du taux de chômage et du nombre de demandeurs d’asile déjà volontairement pris en charge. En France, bien sûr, mais aussi au Royaume-Uni, ainsi qu’en Pologne, en Hongrie et dans les États baltes, peu friands des réfugiés venus du Sud.
 
Et, ambivalence qui n’étonne qu’à demi, il parle tout à la fois d’un système « temporaire », en application de l’article 78.3 du traité de Lisbonne, et du caractère « permanent », « automatique » et « obligatoire » de cette « réinstallation » à travers toute l’Europe des migrants de la Méditerranée, et sans doute pas seulement…
 
La politique de l’asile devient coercitive. D’ailleurs, ça rechigne, d’abord en Grande-Bretagne où David Cameron vient justement d’être élu, entre autres, sur le thème du contrôle des frontières. Mais d’autres ne le verraient pas d’un mauvais œil comme l’Italie, la Grèce, Malte et Chypre qui pâtissent les premières du règlement Dublin II imposant au premier pays traversé par le clandestin-migrant de traiter sa demande d’asile.
 

Migrants de Méditerranée : une nouvelle « traite » selon Bruxelles

 
Cette responsabilité doit être partagée… C’est le message de la Commission européenne : « Le flot va continuer. Pour agir, l’UE ne doit pas attendre que la pression devienne intolérable ». La pression doit être répartie puisqu’elle ne peut pas être rejetée.
 
Il s’agit d’un impératif moral. Le simple fait d’utiliser depuis le début des événements, dans la presse française, l’expression « traite d’êtres humains » le montre bien. Une « traite » présuppose l’absence totale de liberté de la victime et sa vente pour sa mise en esclavage, de quelque nature qu’il soit. Les migrants-clandestins, s’ils fuient une situation qui leur nuit, le font pour gagner une plus grande liberté ; si leurs passeurs en retirent aussi de l’argent, la situation diffère foncièrement.
 
Mais le mot est partout et semble bien vouloir renvoyer les européens à leur « triste mémoire » : vous participerez à cette traite moderne si vous n’agissez pas ! Mogherini s’est même défendu, lundi, devant le Conseil européen, en martelant qu’aucun réfugié ou migrant intercepté en mer ne serait renvoyé contre son gré – éternelle culpabilisation européenne…
La France et tous les pays européens marcheront selon les volontés de Bruxelles.
 

Problème humanitaire… enjeu économique

 
Et peut-être pas que de Bruxelles. La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui autoriserait l’opération militaire européenne dans les eaux libyennes est en train d’être rédigée : l’OTAN pourrait s’en mêler. Comme elle pourrait s’occuper des groupes djihadistes soupçonnés d’être de mèche avec les réseaux de trafiquants, en aidant à « stabiliser les pays de la région »… Mais qui a favorisé le chaos interne de la Libye en renversant Kadhafi ? Qui a contribué à l’instabilité chronique des pays ravagés du Moyen-Orient que fuient les migrants ?
 
L’Europe se voit aujourd’hui imposer un problème humanitaire – réel. D’autres ont perçu l’enjeu économique qu’il pourra, demain, représenter.
 
Clémentine Jallais