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Dix milliards de dollars pour les Syriens réfugiés… près de la Syrie

Milliards dollars Syrie réfugiés

La conférence des pays donateurs organisée jeudi à Londres pour venir en aide aux Syriens a permis d’enregistrer plus de dix milliards de dollars (8,9 milliards d’euros) de promesses de dons.


 
Dix milliards de dollars. C’est la récolte de la communauté internationale, réunie ce jeudi à Londres pour une « conférence des donateurs » pour la Syrie. Des fonds destinés aux camps de réfugiés installés en Jordanie, au Liban et en Turquie. Selon David Cameron, il s’agit de la plus grosse somme jamais réunie en un jour pour répondre à une crise humanitaire : un succès pour le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
 
Certes, mais en Syrie, l’impasse politique demeure : les négociations de Genève se sont interrompues – « momentanément », affirme-t-on…
 

Plus de 10 milliards de dollars d’ici 2020

 
Il fallait faire mieux que la précédente conférence, organisée en 2015 au Koweït, qui n’avait généré que 3 milliards d’euros sur les 7,5 milliards réclamés. La semaine dernière, les gouvernements s’étaient mis d’accord pour doubler leur contribution. Communication qui a largement porté ses fruits : la somme escomptée a été nettement dépassée par la Conférence qui a rassemblé 70 pays.
 
« Ce qui a été accompli aujourd’hui n’est pas une solution à la crise. Nous avons toujours besoin de voir une transition politique », a ajouté David Cameron. « Mais avec les engagements formulés aujourd’hui, notre message adressé au peuple syrien et à la région est clair : nous nous tiendrons à vos côtés et nous vous soutiendrons aussi longtemps qu’il le faudra ».
 
Selon l’ONU, la situation humanitaire « a empiré au cours de l’année écoulée » : 6 millions de déplacés et 4 millions de réfugiés pour la seule année en cours. « La situation va exploser, ce n’est plus qu’une question de temps », a averti le roi Abdallah II de Jordanie ; là-bas, un cinquième de la population est constituée de des réfugiés –1,5 millions – dont la plupart vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Au total, la Turquie, le Liban et la Jordanie hébergent environ 4,5 millions de réfugiés syriens.
 

Endiguer la crise des réfugiés qui menace de déstabiliser les pays d’accueil

 
Réagissant aux annonces de la conférence, l’ONG Oxfam a estimé qu’il s’agissait « potentiellement d’un tournant ». La Grande-Bretagne, la Norvège et l’Allemagne, pays organisateurs de la conférence, ont respectivement promis 1,76, 1,17 et 2,57 milliards de dollars sur trois ans.
 
Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a annoncé pour sa part 890 millions de dollars pour l’exercice budgétaire en cours. Et l’Union européenne débloquerait dès cette année 3 milliards d’euros, a promis le président du Conseil européen, Donald Tusk.
 

Légaliser le travail des réfugiés et scolariser les enfants

 
Une bonne part des fonds collectés à Londres permettra d’assurer la scolarité des enfants des réfugiés et surtout de trouver des emplois à leurs parents. En échange de l’aide financière, les pays d’accueil sont en effet censés assouplir leur politique de permis de travail – actuellement, seul 1 % des réfugiés en Jordanie peuvent y travailler de manière légale. La conférence parle de l’objectif d’1,1 million d’emplois pour les réfugiés syriens et les communautés autochtones qui les côtoient, ainsi que de la scolarisation d’1,7 million d’enfants.
 
Mais comment vérifier que cet afflux de main d’œuvre ne va pas être happé à bas prix par le marché du travail local… ? Déjà, une ONG britannique le dénonçait, des chaînes comme H&M ou Next ont découvert que leurs sous-traitants – trois usines turques – employaient à la chaîne des enfants de réfugiés… Le travail au noir pullule, évidemment. Et, légalisé ou pas, il entre en confrontation avec la population locale et pourrait affaiblir les salaires des autochtones.
 

Mais surtout freiner l’afflux migratoire…

 
Pour les pays européens, il s’agit surtout de stopper, du moins de freiner l’afflux migratoire, en améliorant sur place les conditions de vie. Le Daily Telegraph note : « la situation d’urgence dans les camps de réfugiés dans les pays d’accueil limitrophes est telle qu’elle pourrait générer un mouvement de masse de personnes vers l’Europe » – et les populations européennes pourraient signifier leur ras-le-bol, par un vote « malvenu », désagréable à un certain nombre de gouvernements en place…
 
Angela Merkel n’a rien dit d’autre en déclarant : ces dons sont « l’un des éléments qui contribueront à faire que les gens n’auront pas besoin de se lancer dans de périlleux voyages vers l’Europe »…
 
C’est d’ailleurs ce que craignent certains, face à cette énorme manne financière : que la situation se gèle, sans résultat à la base. Que les Européens s’intéressent surtout à ceux qui arrivent chez eux ou sont en chemin, pas aux Syriens restés dans leur pays.
 

…et ne pas intervenir en Syrie ?

 
L’impasse politique en est l’exacte illustration. Coïncidence étonnante, les pourparlers inter-syriens de paix à Genève se sont interrompus quelques heures avant le lancement de la conférence à Londres, deux jours seulement après avoir débuté. En cause : une frappe majeure contre l’opposition par les troupes de Bachar El-Assad soutenue par l’aviation russe, au nord-ouest d’Alep.
 
L’émissaire spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a parlé d’un simple « report » en annonçant une reprise des pourparlers à partir du 25 février. Mais aujourd’hui, vendredi, le Conseil de Sécurité se réunissait pour analyser les raisons qui ont conduit à la suspension de ces discussions… Qui se sont vraisemblablement heurté à l’opposition entre la délégation du gouvernement syrien et celle des « rebelles » – l’opposition syrienne veut voir satisfaites ses demandes humanitaires, à l’intérieur du pays.
 
A la conférence, plusieurs intervenants, dont Kerry, Merkel et Fabius, ne se sont pas privés d’appeler la Russie à cesser ses bombardements.
 
Installer de manière durable les réfugiés dans les pays limitrophes… cesser les bombardements…
 
Et après ?
 

Clémentine Jallais