C’est en plein centre-ville à Auxerre que des fouilles archéologiques préventives ont permis de mettre au jour en 2024 une nécropole des IIe et IIIe siècles, comprenant principalement 260 sépultures de tout petits enfants, et une femme enceinte : des bébés mort-nés ou âgés de quelques mois, mais aussi des fœtus, selon une information qui vient d’être rendue publique.
Leur étude a permis de suivre dans le détail les étapes qui présidaient à leur inhumation et en constater la complexité, décrite par l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) sur son site internet.
France Info s’est emparée du sujet, qui a été présenté d’une manière pour le moins surprenante ce mercredi. « Jusque-là, ces corps de tout-petits n’avaient aucun statut social, pensait-on, et donc aucune raison d’être traités avec égard », peut-on lire sur le site internet de la radio d’Etat.
Une nécropole de bébés découverte à Auxerre montre le respect de leurs corps
Or, l’article de l’INRAP dit exactement le contraire, expliquant seulement qu’il est rare d’en trouver en bon état. Du fait de la mauvaise conservation des squelettes des tout-petits, ceux-ci sont sous-représentés dans les ensembles funéraires antiques. On en trouve néanmoins de nombreux exemples, d’autant que la mortalité infantile dans l’Antiquité était très élevée :
« Contrairement à ce que suggèrent des auteurs tels que Plutarque, Sénèque ou Tacite, le décès prématuré d’un enfant dans l’Antiquité peut susciter de fortes émotions comme en témoigne le soin apporté aux sépultures. La mise en place précautionneuse, voire très élaborée, de certaines tombes signale une forte implication des parents au moment de la préparation du corps et de sa mise en terre. L’exemple d’Auxerre témoigne de l’importance, si ce n’est sociale, du moins familiale, de ces fœtus et bébés qui méritent une sépulture. »
Les fouilles d’Auxerre ont révélé des pratiques funéraires complexes
Autrement dit, à l’époque de l’utilisation de cette nécropole, de 170 à 250 après Jésus-Christ, selon l’INRAP, c’est-à-dire avant la christianisation de la région, on ne doutait pas un instant que ces tout-petits, même avant leur naissance, étaient véritablement des êtres humains. Et ce qui caractérise une civilisation, c’est précisément le fait des rituels funéraires qui se révèlent ici, à Auxerre, de manière particulièrement touchante.
Dans ces tombes, parmi lesquelles certaines sont de construction complexe, on trouve la plupart des tout-petits emmaillotés, souvent installés en position fœtale, soit dans des cercueils, soit dans des céramiques rappelant la forme du ventre de la mère.
Analyses chimiques et décodage ADN parlent de la tendresse entourant ces petits morts
Les analyses chimiques faites à ce jour montrent que les corps pouvaient être lavés à l’eau parfumée, à moins qu’ils n’aient été enduits de crèmes ou d’huiles odorantes. Les archéologues affirment aussi que des fleurs ont pu être répandues dans les sépultures, voire tressées en couronne placée sur la tête des bébés inhumés. D’autres pratiques funéraires sont suggérées par les analyses, comme les gestes de libation ou d’aspersion de liquide pendant et après l’inhumation.
L’analyse d’ADN très ancien, parfois à l’état de simples traces sur la céramique, a permis par ailleurs d’identifier plusieurs bactéries aujourd’hui associées à des infections ou à des complications de la grossesse. On a notamment trouvé de la chorioamniotite, susceptible de provoquer fausses couches ou accouchements prématurés.
Les familles frappées par la mort précoce d’un enfant en ce temps-là étaient tout aussi touchées qu’elles peuvent l’être aujourd’hui. C’est notre époque qui a inventé l’avortement à grande échelle et l’élimination des restes humains qui en résultent dans des fours d’hôpitaux.











