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Le pape François autorise la béatification de Mgr Oscar Romero, « martyr »

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Mgr Oscar Romero, tombé sous les balles d’un commando d’« extrême-droite » au Salvador il y a 35 ans alors qu’il disait la messe dans une chapelle d’hôpital, est mort martyr, « tué en haine de la foi », a décrété la Congrégation pour la cause des saints. Le pape François a reçu mardi son préfet, le cardinal Angelo Amato, et a autorisé à cette occasion la promulgation du décret qui laisse envisager une béatification prochaine de l’archevêque de San Salvador – peut-être dès cette année.
 
Suffit-il de tomber sous les balles d’assassins politiques en célébrant la messe pour être martyr de la foi ? Certes non : les motivations politiques de l’assassinat d’Oscar Romero ne font aucun doute. Pour qu’il soit martyr, il faut donc que ses prises de position aient été jugées conformes à la foi catholique et même consubstantielles à celle-ci. Autrement dit, son engagement pour les pauvres, au confins de la théologie de la libération, a été jugé suffisant pour constituer une sorte de profession de foi face à la menace de la persécution et de la mort.
 

Oscar Romero et la théologie de la libération

 
C’est précisément son engagement aux côtés – et non au sein – de la théologie de la libération qui pose problème, sur le plan de la doctrine d’une part, et du fait de l’opposition du clergé « conservateur » d’Amérique latine, même s’il ne s’agissait pas d’une identification en tant que telle. Mgr Oscar Romero, réputé proche de l’Opus Dei, s’était ouvert à cette théologie qui tente une impossible synthèse entre le messianisme matérialiste marxiste et la foi catholique. Après l’avoir combattue, il s’en était rapproché face aux souffrances des pauvres du Salvador et surtout après le meurtre d’un ami père jésuite tombé sous les balles après avoir aidé des paysans salvadoriens à « s’organiser ».
 
L’époque était en effet à la manipulation communiste des pauvres qui ne recherche pas la justice sociale mais la prise du pouvoir et l’imposition d’une idéologie. Oscar Romero a été tué au lendemain d’une homélie où il conjurait les soldats salvadoriens de cesser d’obéir aux ordres « injustes », « contraires à la loi de Dieu », de « répression » contre les « pauvres ».
 

Le pape François approuve le décret prononçant le martyre de Mgr Romero

 
Cela entre parfaitement dans le cadre du programme du pape François : « Une Eglise pauvre pour les pauvres » ; pour Mgr Vincenzo Paglia, promoteur de sa cause, Mgr Romero a versé son sang pour cela et constitue donc un modèle et un héros.
 
Son biographe, Roberto Morozzo della Rocca, assure qu’il ne prenait pas de postures politiques : « Il parlait du péché, du mal, de la conversion. Il ne voyait pas les problèmes sociaux depuis l’angle politique, il avait une vision chrétienne, biblique. »
 
Reste qu’aux yeux du monde, Oscar Romero incarne bien une collusion avec la théologie de la libération et que son image paraît régulièrement, encore aujourd’hui, en compagnie de celles de Che Guevara ou Salvador Allende. Quelque ait été sa motivation personnelle, son rejet du marxisme, il est devenu une « icône » de la cause révolutionnaire.
 

Les médias voient dans la béatification d’Oscar Romero une approbation de la théologie de la libération

 
Il est caractéristique que La Vie annonce cette reconnaissance du martyre de Mgr Romero comme une « réhabilitation » de la théologie de la libération : « On peut dire que c’est symboliquement chose faite. » Même si ce n’est pas vrai, les choses étant loin d’être aussi simples, c’est ainsi que l’affaire est perçue et présentée. L’Eglise doit-elle à ce propos se préoccuper de l’image qu’elle donne et – étape supplémentaire – de la manière dont ses messages seront éventuellement déformés ?
 
Il a fallu des décennies pour en arriver au décret sur Mgr Romero, c’est dire qu’elle a jugé la prudence de mise. On sait aussi que Jean-Paul II n’a pas souhaité écouter l’archevêque de son vivant. Cette béatification exigerait pour le moins des clarifications.
 
Un coup à droite, un coup à gauche : le P. Michele Tomaszek et le P. Sbigneo Strzalkowski, de l’Ordre des frères mineurs, obtiennent la même reconnaissance de leur martyre dans le décret de la Cause des saints alors qu’ils sont tombés sous les balles des guérilleros marxistes du Sentier lumineux au Pérou, les 9 et 25 août 1991.