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Le pape assure qu’il faut « demander pardon » aux homosexuels, aux femmes, aux enfants.
Et il parle de Luther

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Dans l’avion qui le ramenait d’Arménie, le pape François s’est prêté au jeu des questions et des réponses avec la presse, évoquant à la fois l’anniversaire de la rupture luthérienne qu’il fêtera en Suède et les propos du cardinal Marx expliquant que l’Eglise devait demander « pardon » aux homosexuels. Le pape François a ajouté d’autres thèmes d’excuses : l’Eglise doit aussi « demander pardon » aux femmes, et autres enfants « exploités, et pourquoi pas aux divorcés maltraités par les préjugés culturels d’un autre temps. »
 
A propos de la célébration de l’anniversaire de la rupture protestante, interrogé sur le fait de savoir s’il ne fallait pas reconnaître les dons de la Réforme, il s’est exprimé sans répondre à la question précise d’une levée de l’excommunication de Martin Luther.
 

Le pape parle de la réforme de Luther sans la condamner

 
« Je crois que les intentions de Martin Luther n’étaient pas erronées : c’était un réformateur. Sans doute certaines de ses méthodes n’étaient-elle pas juste, mais en ce temps-là, si nous lisons L’Histoire du pasteur, par exemple – un Allemand luthérien qui s’est ensuite converti lorsqu’il a vu la réalité de ce temps-là, et qui s’est fait catholique – il y avait de la corruption dans l’Eglise, il y avait de la mondanité, il y avait un attachement à l’argent et au pouvoir. Et c’est pour cela qu’il a protesté. Et puis il était intelligent, et il a fait un pas en avant pour justifier la raison pour laquelle il faisait cela. Et aujourd’hui les luthériens et les catholiques, avec tous les protestants, nous sommes d’accord sur la doctrine de la justification : sur ce point si important il ne s’était pas trompé. C’est lui qui a fabriqué une “médecine” pour l’église, puis cette médecine s’est consolidée dans un état de choses, dans une discipline, dans une manière de croire, une manière de faire, une manière liturgique. Mais ce n’était pas seulement lui : il y avait Zwingli, il y avait Calvin… Et derrière eux qui avaient-ils ? Les princes, cujus regio eius religio. Nous devons replacer cette histoire dans ce temps-là. C’est une histoire qui n’est pas facile à comprendre, elle n’est pas facile. Puis les choses sont allées de l’avant. Aujourd’hui le dialogue est très bon et pour ce qui est de ce document sur la justification, je crois que c’est un des documents œcuméniques les plus riches, les plus riches et les plus profonds. En êtes-vous d’accord ? Il y a des divisions, mais elles dépendent aussi de l’Eglise. A Buenos Aires il y avait deux églises luthériennes : l’une pensait d’une manière et l’autre d’une autre. Même au sein de l’Eglise luthérienne il n’y a pas d’unité. Elles se respectent, elles s’aiment… La divergence est sans doute ce qui a fait beaucoup de mal à nous tous et aujourd’hui nous cherchons à reprendre le chemin pour nous rencontrer au bout de 500 ans. Je crois que nous devons prier ensemble, prier. Pour tout ceci, la prière est importante. Deuxièmement : travailler pour les pauvres, pour les persécutés, pourtant de gens qui souffrent, pour les réfugiés… travailler ensemble et prier ensemble. Et que les théologiens étudient ensemble, qu’ils cherchent… mais c’est une longue route, très longue. Une fois j’ai dit en plaisantant : “Je sais quel sera le jour de l’unité plénière. – Lequel ? – Le lendemain de la venue du Fils de l’homme !” Parce qu’on ne sait pas… le Saint Esprit fera cette grâce. Mais en attendant il faut prier, s’aimer et travailler ensemble, surtout pour les pauvres, pour les gens qui souffrent, pour la paix et tant d’autres choses, contre l’exploitation des gens… toutes choses pour lesquelles nous travaillons ensemble. »
 

Demander pardon aux homosexuels, aux femmes, aux enfants

 
La journaliste américaine Cindy Wooden, du Catholic News Service, a quant à elle soulevé la question de l’homosexualité : « Ces derniers jours, le cardinal allemand Reinhardt Marx, s’exprimant lors d’une grande conférence à Dublin sur l’Eglise dans le monde moderne, a dit que l’Eglise catholique devait présenter des excuses à la communauté gay pour avoir marginalisé ces personnes. Au lendemain de l’attentat d’Orlando, beaucoup de personnes ont dit que la communauté chrétienne a quelque chose à voir avec cette haine envers ces personnes. Qu’en pensez-vous ? »
 
La réponse du pape François, telle que retranscrite par le site du Vatican, est tout aussi confuse.
 
« Je répéterai ce que j’ai déjà dit lors de mon premier voyage, et je répète aussi ce que dit le Catéchisme de l’Eglise catholique : ces personnes ne doivent pas subir des discriminations, elles doivent être respectées, accompagnées sur le plan de la pastorale. On peut les condamner, non pour des motifs idéologiques, mais pour des motifs – disons – de comportement politique, pour certaines manifestations un peu trop offensantes pour autrui. Mais ces choses n’ont rien à voir avec le problème : le problème est que si une personne se trouve dans cette condition, qu’elle a de la bonne volonté et qu’elle cherche Dieu, qui sommes-nous pour la juger ? Nous devons bien les accompagner, comme le dit le Catéchisme. Le Catéchisme est clair ! Et puis il y a des traditions dans certains pays, dans certaines cultures qui ont une approche différente de ce problème. Je crois que l’Eglise ne doit pas seulement présenter des excuses – comme l’a dit ce cardinal “marxiste” – à cette personne qui est gay, qu’elle a offensée, mais elle doit aussi présenter des excuses aux pauvres, aux femmes et aux enfants exploités dans le cadre du travail ; elle doit présenter des excuses pour avoir béni tant d’armes… l’Eglise doit présenter des excuses pour ne pas s’être pas comportée, tant et tant de fois – et quand je dis “Eglise” je veux parler des chrétiens ; l’Eglise est sainte, les pécheurs c’est nous ! – nous chrétiens, nous devons demander pardon de ne pas avoir accompagné tant de choix, tant de familles… J’ai des souvenirs d’enfance de la culture de Buenos Aires, la culture catholique fermée – j’en viens ! – : Une famille divorcée ne pouvait pas entrer dans la maison ! Je vous parle d’il y a 80 ans. La culture a changé, grâce à Dieu. En tant que chrétiens nous devons présenter tant d’excuses, et pas seulement sur cela. Pas seulement des excuses – il faut demander pardon ! “Pardon, Seigneur !” : c’est une parole que nous oublions. Maintenant je fais le pasteur et je fais le sermon !  Non, et cela c’est vrai, si souvent le prêtre se comporte en “patron” et non en père, c’est le prêtre qui « bastonne », et non le prêtre qui embrasse, qui pardonne, qui console… Mais il ne sont pas si nombreux ! Tant d’aumôniers d’hôpitaux, d’aumôniers des prisons, il y a tant de saints ! Mais ceux-là, on ne les voit pas, parce que la sainteté est “pudique”, elle se cache. Mais parfois la pudeur est un peu surfaite : c’est une pudeur qui se fait voir. Il y a tant d’organisations, avec des gens bons et des gens qui ne sont pas si bons ; ou des gens auxquels tu donnes une “bourse” un peu grosse et qui regardent ailleurs, comme les puissances internationales avec les trois génocides. Nous chrétiens, nous aussi – prêtres, évêques – nous avons fait cela ; mais nous chrétiens nous avons aussi une Teresa de Calcutta, tant de Teresa de Calcutta ! Nous avons tant de sœurs en Afrique, tant de laïcs, tant de couples de saints époux ! Le bon grain et la zizanie, le bon grain et la zizanie. C’est ainsi qu’est le Royaume, dit Jésus. Ne pas se scandaliser d’être ainsi. Nous devons prier pour que le Seigneur fasse que cette zizanie s’arrête et qu’elle soit davantage bon grain. Mais ça, c’est la vie de l’Eglise. On ne peut pas y mettre une limite. Nous sommes tous saints, parce que nous portons tous l’Esprit Saint en nous-mêmes, mais nous sommes – nous tous – pécheurs. Moi le premier. D’accord ? Merci. Je ne sais pas si j’ai répondu… Pas seulement des excuses, mais pardon ! »
 

Anne Dolhein