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Le pape félicite le patriarche de Lisbonne pour ses directives sur la pastorale des divorcés-remariés – toujours la confusion semée par “Amoris laetitia”

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Deux points de vue, deux présentations contradictoires dans les médias : « à droite », on assure que le pape vient de donner son soutien à un document du patriarche de Lisbonne favorisant l’ouverture aux divorcés « remariés », « à gauche », on explique que François a soutenu la proposition polémique du cardinal Manuel Clemente qui avait osé préconiser l’abstinence sexuelle aux catholiques mariés engagés dans une nouvelle union qu’il leur serait difficile d’abandonner. Où est la vérité ? En premier lieu, dans le constat de la confusion qui règne à propos des directives d’“Amoris laetitia” pour la pastorale des couples « dits irréguliers », comme le dit l’exhortation apostolique. Et en deuxième lieu, dans la porte un peu plus largement ouverte à une édulcoration de la doctrine catholique, dangereuse pour l’édifice tout entier.
 
L’affaire commence au mois de février. A cette date, le cardinal-patriarche de Lisbonne a publié une note en vue de donner des conseils et des directives à ses vicaires, comprise comme visant plus largement l’Eglise catholique au Portugal, à propos notamment du fameux chapitre huit d’“Amoris laetitia”. Le document patriarcal est en ligne, accessible à tous sur le site du diocèse ; c’est lui qui va déclencher la colère des médias portugais et même de quelques autres évêques. Le patriarche reconnaîtra par la suite qu’il aurait mieux fait de le garder en interne.
 

Le pape François félicite le patriarche de Lisbonne, le cardinal Manuel Clemente

 
En parlant des « situations de fragilité », en effet, citant largement l’exhortation et faisant ouvertement référence aux directives très libérales des évêques du grand Buenos Aires et à celles du cardinal Vallini en Italie, le document de Lisbonne affirme que lorsque la validité d’un mariage antérieur est confirmée, « il ne faut pas omettre de proposer une vie de continence dans le cadre de la nouvelle situation ». Il n’en fallait pas davantage pour que la presse portugaise crie à l’obscurantisme. La polémique se manifeste à travers la critique de plusieurs évêques, tandis que les médias demandent des comptes.
 
Il semble que personne à l’époque n’ait lu attentivement le document proposé aux prêtres du diocèse de Lisbonne, librement accessible en ligne, puisque, dans la foulée du rappel sur la continence, il y était écrit : « Tenir compte des circonstances exceptionnelles et de la possibilité sacramentelle, en conformité avec l’exhortation apostolique et les documents cités plus haut ; poursuivre le discernement, en mettant toujours mieux en adéquation la pratique avec l’idéal du mariage chrétien et avec une plus grande cohérence sacramentelle. »
 

La confusion autour d’“Amoris laetitia” se poursuit

 
Avouons que cela manque de clarté. Mais les « documents cités plus haut » vont tous dans le sens de la possibilité de l’accès aux sacrements malgré une vie objectivement non conforme aux exigences catholiques. Il y est beaucoup question de la difficulté pour nombre de ces ménages d’observer la continence et du nécessaire « discernement » en fonction des situations concrètes, qui permettrait un accès aux sacrements au cas par cas.
 
Il s’agit donc bien d’un document révolutionnaire par rapport à la doctrine traditionnelle de l’Eglise, ce que la presse portugaise n’a pas du tout perçu. Sous le feu de la critique, le cardinal-patriarche Manuel Clemente avait eu le culot de se plaindre de la manière dont ses propos avaient été interprétés et présentés, pour se distancer sans doute d’une image trop rigide aux yeux du monde. Dans un entretien donné au magazine Expresso moins d’une semaine après la publication de ses directives, il se plaignait de ce qu’on se fût focalisé sur la question de la continence : « A partir de là, la perspective a été décontextualisée », s’est-il lamenté.
 
L’abstinence sexuelle est une « possibilité qui est évidemment difficile », a-t-il souligné au cours de cet entretien de gestion de crise un peu particulier. Il a souligné que le pape François ne l’avait pas « écartée ». « C’est en tant que possibilité que je l’ai placée dans la suite des différents alinéas », s’est défendu le cardinal, ajoutant que son propos avait peut-être été trop succinct et résumé.
 

Une pastorale des divorcés « remariés » qui présente la continence en option

 
Y avait-il eu des contestations internes ? « C’est justement ce que veut le pape François, qu’il y ait un débat interne », avait rétorqué le cardinal de Lisbonne, rappelant – litote – que « l’unanimité n’a pas été totale » au cours des deux synodes sur la famille qui ont abouti à la publication d’Amoris laetitia. Le cardinal Clemente ajoutait qu’il était confiant de voir les évêques portugais parvenir, avec le temps, à une « conclusion plus ajustée ».
 
Plus ajustée dans le sens de l’élargissement… Et le cardinal tenait à ce que cela se sache.
 
Cinq mois plus tard, une lettre du pape François est venue entériner le point de vue du cardinal-patriarche, à la « totale surprise » de ce dernier. Les quelques lignes du document épiscopal confirmant le point de vue des évêques argentins, de Vallini et quelques autres, largement et systématiquement exposé, ont manifestement plu au pape. Manuel Clemente y voit l’approbation à l’égard d’un « processus » qu’il a initié avec ses confrères évêques pour la mise en œuvre d’Amoris laetitia.
 
Le média catholique portugais Radio Renascença souligne correctement (hélas) que le pape a donc approuvé un document dans la ligne de sa propre ouverture aux « processus de discernement » permettant à certains foyers en situation irrégulière d’accéder aux sacrements.
 

Le pape François ne félicite que ceux qui sont dans la ligne de la note 351 d’“Amoris laetitia”

 
« Cette réflexion approfondie qui est la vôtre m’a empli de joie, parce que j’y ai reconnu l’effort du pasteur et du père qui, conscient de son devoir d’accompagner les fidèles, a voulu le faire en commençant par ses prêtres pour qu’ils puissent accomplir le meilleur type de ministère », affirme le pape dans cette lettre publiée il y a quelques jours par le patriarcat.
 
Il écrit plus loin : « Ainsi, en vous exprimant ma gratitude, je saisis l’occasion pour encourager mon frère cardinal et ses collaborateurs dans le ministère pastoral – et en premier lieu les prêtres – à poursuivre, avec sagesse et patience, leur engagement en vue d’accompagner, de discerner et d’intégrer la fragilité qui se manifeste sous différentes formes chez les époux, et à propos de leur liens. »
 
Il n’y a dans la lettre aucune déclaration explicite sur l’accès des « remariés » aux sacrements, ce qui explique sans doute que la presse de gauche portugaise y ait vu un soutien à la recommandation de proposer la continence à ces couples. Mais il n’en est rien, comme le démontre amplement le contexte.
 
Au contraire : après avoir vivement félicité les évêques argentins qui disaient à peu près la même chose sur l’ouverture aux divorcés « remariés » ; après avoir notoirement gardé le silence lorsque des évêques ou des conférences épiscopales rappellent l’impossibilité de cette ouverture à la fois par égard pour la doctrine du mariage et par respect de la sainte Eucharistie ; eh bien, le pape choisit une nouvelle fois de parler en faveur de ceux qui prennent le chapitre huit au pied de la lettre jusque dans ses notes de bas de page qui ont explicitement ouvert les vannes.
 
On voit mal comment les catholiques traditionnels qui répugnent à souligner les difficultés graves que présente Amoris laetitia vont pouvoir persister pour dire que l’exhortation est en soi susceptible d’une interprétation traditionnelle. Ce ne serait en tout cas point la volonté de son signataire.
 

Jeanne Smits