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Le pape François écrit au musée de Gouda en vue d’une exposition sur Erasme

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A sa grande surprise, le directeur du musée de Gouda aux Pays-Bas, Gerard de Kleijn, vient de recevoir par les voies protocolaires habituelles de la secrétairerie d’Etat du Vatican une lettre du pape François. Celui-ci a voulu saluer de cette manière inattendue la tenue d’une grande exposition sur le savant et philosophe néerlandais Erasme, figure emblématique, aujourd’hui, de l’intégration européenne, puisque ce c’est sous son patronage que les jeunes étudiants de l’Union européenne participent à des programmes d’échanges universitaires.
 
Le pape François y « remercie » les autorités municipales et les responsables du musée de Gouda de leurs efforts pour mieux faire connaître la vie et l’œuvre d’Erasme. Mais il ne s’agit pas seulement d’une manière de saluer l’honneur fait à un catholique dans un pays sous domination protestante : le pape a souligné qu’il appréciait particulièrement le fait que cette exposition démontre que la foi chrétienne et un « véritable humanisme ne sont pas en opposition ».
 

Le pape François salue la mémoire d’Erasme

 
« En tant qu’homme de foi religieux qui a promu un authentique humanisme chrétien au cœur d’une ère de profonde transformation. Erasme offre à notre monde moderne, marqué comme il l’est par de profonds changements sociétaux, le rappel de la valeur inestimable de la personne humaine, qui exige nos soins et notre engagement en tant que communauté et en tant qu’Eglise. Un tel humanisme est d’une nécessité urgente aujourd’hui, car il nous appelle à être solidaires les uns des autres, une solidarité qui « entendue en son sens le plus profond et comme défi, devient ainsi une manière de faire l’histoire, un domaine vital où les conflits, les tensions, et les oppositions peuvent atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie ».
 
Il ne s’agit pas, s’empresse de noter un historien de l’Eglise, Paul Abels de Gouda, d’encenser la Ligue Humaniste (Humanitisch Verbond), une fraternité maçonne néerlandaise. Le pape prône « l’humanisme de la Bible », assure Paul Abels, qui a lu la lettre vendredi soir au musée lors du vernissage de l’exposition.
 

« Quasi béatification » de l’opposant à Luther ?

 
Mais il note qu’il s’agit d’une « quasi béatification », pour le moins curieuse – ajouterons-nous – eu égard à l’opposition d’Erasme à la Contre-Réforme.
 
Les valeurs d’Erasme mises en exergue lors de cette cérémonie d’ouverture sont la « tolérance », sa capacité à « relativiser ». De fait, s’étant opposé à l’hérésie luthérienne – il reprochait à Luther de ne rejeter les œuvres au profit de la seule foi – Erasme savait aussi ménager la chèvre et le chou et son hésitation a prendre clairement le parti de l’Eglise catholique lui a valu de voir ses œuvres longtemps inscrites à l’index.
 
On sait l’amitié qui liait l’auteur de L’Eloge de la Folie à Saint Thomas More, martyr de la foi et auteur de l’éloge d’une autre sorte de folie, celle de la raison qui se met en roue libre des réalités et de la foi : sa célèbre Utopie brocarde avec vivacité une société où la raison deviendrait maîtresse de tout.
 
Il faut croire que le pape François a trouvé en Erasme un esprit proche de son cœur ; le prêtre de la renaissance ne ménageait guère ses critiques à l’égard du clergé, dénonçant l’amour des honneurs et de l’argent, la pompe et les cérémonies pontificales, les « subtiles âneries » des théologiens et défenseurs de la doctrine, les gens de cour…
 

Les protestants aussi aiment Erasme, objet d’une exposition au musée de Gouda

 
Ce n’est pas un hasard si les protestants se sentent attirés par cette figure, catholique pourtant. Relevé de ses vœux, auteur d’une nouvelle traduction de la Bible, ce grand « Européen » qui a voulu « corriger la Vulgate » et rendre l’Ecriture sainte plus proche des fidèles, même s’il s’est toujours refusé à quitter l’Eglise catholique.
 
A l’occasion de cette lettre, la presse néerlandaise rappelle qu’Erasme lui-même avait échangé lettres et cadeaux avec le pape Adrien VI, seul pape néerlandais de l’histoire, semble-t-il dans l’espoir d’attirer ses grâces. Il se verra en définitive offrir un cardinalat… qu’il refusera.
 

Anne Dolhein