Philippe Vigier, rapporteur général de la loi d’euthanasie, s’en prend au curé qui la conteste

 

« On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort. » Ces paroles toutes simples du curé de l’église de la Madeleine à Châteaudun, le père François Yambressinga ont été prononcées à l’occasion de la messe célébrée dans le cadre de la 25e édition de la Foire aux laines, le 5 juillet. Et elles ont écorché les oreilles de Philippe Vigier, rapporteur général de la loi Falorni, autorisant le suicide assisté et l’euthanasie en France, dans un texte dont l’ouverture à la mort donnée est sans exemple dans le monde entier. Il faut dire que le père Yambressinga invitait les fidèles à « prier pour la vie » et à « prier pour les parlementaires pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi », alors que le jour du vote solennel de l’Assemblée nationale, le 15 juillet, approche.

Philippe Vigier, député Les Démocrates, se trouve cumuler son mandat à l’Assemblée avec celui de maire de Châteaudun. Il était venu assister à la messe au premier rang, se revêtant même des habits de Jean de Dunois pour l’occasion. Les habits, mais pas l’esprit, puisqu’au temps où il n’y avait pas de soins palliatifs, nul n’aurait imaginé justifier de mettre fin à sa propre vie ou de la faire donner par son médecin.

 

Philippe Vigier ne supporte pas ce curé qui a prêché contre l’euthanasie en sa présence

Il est allé se plaindre à L’Echo Républicain, en expliquant qu’il s’était senti injurié par le prêtre et profondément blessé par ses propos. Voilà en effet le registre de la sentimentalité pour couvrir la réalité de l’euthanasie. Il a ajouté : « Je ne donne pas la mort, mais il y a parfois pire que la mort, et c’est le cas de certains malades qui sont sans espoir de guérison. Leur seule espérance est celle de l’ultime délivrance, et ils attendent que les parlementaires soient collectivement au rendez-vous. » Et comme c’est un grand démocrate, il a ajouté qu’il s’était senti « attaqué personnellement » : « Le prêtre a pris les fidèles à témoins alors que je ne pouvais pas répondre. C’est inacceptable. »

Ni dogme ni loi transcendante enseignés par l’Église, il faut pouvoir discuter les lois divines et les rejeter, et être respecté dans toutes ses prises de position, quelles qu’elles soient. La pensée maçonnique n’est décidément pas loin.

Selon des témoins, rapporte L’Écho républicain de ce 13 juillet, le député s’en est allé accuser le curé de Châteaudun. Je lui ai dit que ce n’était ni le lieu ni le moment d’évoquer l’aide à mourir : c’était une messe médiévale. Les élus étaient costumés, il y avait des lanceurs de drapeaux et Luc Arbogast a accompagné la cérémonie en interprétant trois chants médiévaux.

On s’étouffe devant l’ineptie de ces arguments. Une messe est une messe, et non un spectacle, même si elle est le point d’orgue d’une célébration rappelant un événement célébré au temps de la chrétienté – c’était celui où les chefs d’État pouvaient se faire vertement tancer par les autorités religieuses. À l’époque, on pouvait encore préférer aller à Canossa.

 

Philippe Vigier attaque le curé, mais celui-ci est soutenu par son évêque

Philippe Vigier était d’autant plus outré que le curé de Châteaudun ignorait qu’il était le rapporteur général de la proposition de loi Falorni. « Il aurait pu se renseigner un minimum. J’accepte les opinions différentes et je suis tolérant ; là, l’intolérance est du côté de l’Église », a-t-il déclaré à L’Echo républicain, un peu comme s’il réclamait la séparation de l’Église et de la société toute entière, y compris au cours d’une messe. Un laïcisme paroxystique qui s’enveloppe d’onction républicaine : « Je lui ai proposé à plusieurs reprises de débattre sur ce nouveau droit, qui est une réponse à des situations particulières et exceptionnelles, et que nous devons aborder avec humilité et gravité, mais je n’ai eu aucune réponse. Je suis conscient que ce sujet fait débat parce que c’est une question sociétale majeure. »

Mais son naturel est revenu au galop puisqu’il a ajouté : « Il n’y a aucune place dans ce débat pour la démagogie, les contre-vérités et l’à-peu-près. »

La porte-parole du diocèse de Chartres, Cécile Villain, a répondu à une sollicitation de L’Echo républicain en affirmant que le père François avait simplement « fait son job, comme tous les prêtres de France ». « Il a rappelé que l’Église s’oppose à toute forme d’euthanasie ou de suicide assisté, tout en appelant à un développement résolu des soins palliatifs. Ce n’est pas un scoop. Le père François, qui est la douceur même, n’a pas voulu non plus se payer Philippe Vigier : il ne l’a pas cité dans son homélie et ignorait qu’il était rapporteur général de cette proposition de loi », a-t-elle ajouté.

De fait, la présence de ce dernier ne changeait rien à l’affaire. En approuvant et en promouvant une loi, aux conditions d’application aussi extrêmes qui plus est, il a déjà montré qu’aucun argument n’est capable de le fléchir. Qu’il prenne donc ses responsabilités.

On notera que l’évêque de Chartres, Philippe Christory, a envoyé un courriel au rapporteur de la loi pour lui rappeler la position de l’Église et pour préciser que le père François était en chaire et avait donc le droit de dire ce qu’il a dit. Il a également souligné que Philippe Vigier n’aurait pas d’excuses publiques comme il l’exigeait, a précisé Cécile Villain.

 

Le curé de Châteaudun a contrevenu à la pensée unique (et maçonnique)

L’Echo républicain a tout de même dégoté une paroissienne membre du conseil missionnaire pastoral chargé d’aider le curé de Châteaudun à prendre des décisions (on voit là la synodalité en œuvre) pour venir au secours du rapporteur. Elle s’est dite « choqué »e par ce qui s’était passé à cette messe du 5 juillet, regrettant que le curé n’en ait pas profité pour « faire passer un message chaleureux, ouvert et tolérant », au lieu de quoi il a « fait la morale ».

Il y a un épilogue. Philippe Vigier a annoncé le dépôt d’une plainte contre son prédécesseur à la mairie de Châteaudun, Fabien Verdier, vraisemblablement l’auteur d’un communiqué sur la page Facebook de son groupe Châteaudun Avenir qualifiant l’attitude de Philippe Vigier d’« indigne ». « Cette fois, il réprimande in fine l’Église catholique », soulignait le communiqué du groupe de l’ancien maire de Châteaudun.

L’affaire a tout de même l’immense mérite de montrer que l’Église catholique ne bénéficie de la tolérance des autorités civiles que dans la mesure où elle se soumet à la pensée unique. Cette pensée unique permet à la limite que l’on soit en désaccord avec une loi de mort comme la loi Falorni, mais elle délimite strictement le cadre du débat afin que celui-ci ne puisse pas l’entraver.

 

Jeanne Smits