Urgence, schisme, scandale : Radcliffe et la FSSPX

 

La guerre civile et la pire. Si nous ne croyons pas que, dans « l’Eglise conciliaire », il y a aussi de bons prêtres et des fidèles qui cherchent le Christ et qui prient, et que, « chez les intégristes » il y a aussi de bons prêtres et des fidèles qui cherchent le Christ et qui prient, alors, comment croire en l’Eglise, comment croire tout court ? Serait-il légitime de considérer tout humain comme son frère, sauf son prochain le plus proche ? Toutes les chapelles, y compris les athées les plus décidés, parlent de la « désobéissance » de la FSSPX qui aurait immanquablement conduit au « schisme ». La FSSPX, elle, invoque « l’urgence » des âmes. Rome a tranché, et excommunié. C’était peut-être inévitable, en tout cas ça n’a pas été évité. Maintenant il va falloir panser. Expliquer pourquoi le couperet de la loi tombe net à propos des sacres de la FSSPX et pas des Chinois. Et pourquoi le Vatican n’a pas dit un mot de réprobation devant l’abominable scandale Radcliffe, survenu il y a plus de trois semaines. Il y a urgence.

 

Scandale : un cardinal célèbre le jubilé d’une paire gay

Le cardinal Timothy Radcliffe, ancien supérieur des Dominicains, a présidé en l’église des Saints Apôtres Pierre et Paul à Londres, le 13 juin 2026, une messe dont le père Jim O’Keefe était le célébrant principal, assisté du curé du lieu, le chanoine Vipers, et de l’évêque émérite de Middlesbrough, Mgr John Rawstone. Un détail : c’était une messe d’action de grâces pour les cinquante ans de vie commune de deux militants homosexuels. Il s’agissait, selon le père O’Keefe de « célébrer l’amour de deux hommes qui sont honorablement catholiques et honorablement homosexuels ». Les deux hommes vivent ensemble maritalement depuis 1976 et comptent parmi les fondateurs de LGBT+ Catholics Westminster, « l’apostolat » officiel destiné aux personnes LGBT de l’archidiocèse de Westminster.

 

Sophismes de Radcliffe sur « l’amitié » LGBT

L’un des deux récipiendaires, ravi, s’est écrié à la fin de la messe : « Comme les temps ont changé ! » Dans son homélie, le cardinal Radcliffe s’est plu notamment à « célébrer et estimer nos liens d’amitié comme des dons de Dieu » et, s’adressant à la paire qu’il donnait en exemple : « L’amitié est une manière par laquelle Dieu agit dans nos vies pour nous transformer… Nous pourrions dire que ces deux mains représentent le Fils, qui est l’ami, et l’Esprit Saint, qui est l’amitié. Ainsi, toute amitié bonne, saine, sainte et vécue comme il convient participe à la vie même de Dieu. » Enfin, pour justifier la communion qui leur fut donnée, il fit référence aux pèlerins d’Emmaüs : « Leurs yeux s’ouvrirent lorsque Jésus prit le pain, le rompit et le leur donna. C’est le geste fondamental de l’amitié généreuse… Et c’est cette Eucharistie que nous partageons maintenant, nous aussi. »

 

Scandale prophétique d’une terre nouvelle

Après avoir communié, l’un des récipiendaires distribua même le Sang du Christ aux fidèles. L’une des intentions de la prière universelle fut que l’Eglise sache « chérir toutes les relations d’amour comme des signes de l’amour de Dieu parmi nous ». La prière sur les offrandes a souhaité un monde dans lequel « l’amitié et l’engagement sont célébrés ». Après la communion, les assistants ont pu entendre : « Nous nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer un partenariat fidèle dans la joie de l’amour et la recherche de la justice. » Un partenariat annonçant « de manière prophétique une vision de relations réconciliées, un ciel nouveau et une terre nouvelle ».

 

La FSSPX, elle, ne bénit pas l’union de deux homos

Enfin, le clergé réuni autour de l’autel lut solennellement cette bénédiction : « En rendant grâce parce que l’Eglise offre sa bénédiction à ceux qui la demandent dans l’esprit et dans la vérité, nous vous prions, Dieu d’amour, de répandre votre grâce sur Julian et Martin tandis qu’ils célèbrent le cinquantième anniversaire de leur relation. Que leur amour continue d’être généreux, toujours attentif aux besoins des autres, et qu’il approfondisse tout ce qui les unit. » L’objet de cette bénédiction était explicitement, dans l’esprit de ceux qui la disaient comme de ceux qui la recevaient, non des individus pécheurs parmi d’autres, mais bien « l’union » des deux hommes.

 

Le scandale Radcliffe outrepasse Fiducia Supplicans

Certains voient dans ce scandale un fruit de la déclaration Fiducia Supplicans, rédigée par le cardinal Fernandez et approuvée par François. C’est sans doute vrai, tant la révolution moderniste aime à progresser par la méthode des petits pas, ou du saucissonnage. Mais on doit noter que le scandale Radcliffe ne s’oppose pas seulement au catéchisme de l’Eglise catholique, à la Tradition de l’Eglise, au sentiment de l’immense majorité des fidèles du monde entier, mais aussi en l’espèce au texte le plus récent et le plus permissif lui-même, Fiducia Supplicans. La déclaration publiée par le pape François en décembre 2023 précisait qu’il ne pouvait être question de bénédictions ritualisées, utilisant un formulaire déterminé, intégrées à une célébration liturgique ou susceptibles d’être interprétées comme une approbation de l’union.

 

Silence à Rome devant l’hérésie menant au schisme

Et cependant Rome s’est tue sur cette fantaisie sénile d’un vieux prélat moderniste. Pourquoi ce laxisme qui ressemble à de la complaisance ? Pense-t-on au Vatican que la transgression d’un texte conçu pour être transitoire va dans le sens de l’histoire, que la bénédiction de fait d’une paire homo, bien qu’encore interdite en principe, pose la jurisprudence de la loi future ? Mais alors, Très Saint Père, il faudrait le dire, Urbi et Orbi. Car la levée de boucliers, partout dans le monde, contre Fiducia Supplicans, qui allait cependant beaucoup moins loin que le cardinal Radcliffe, montre ce que pensent la plupart des fidèles. Et ce sentiment est conforme à l’enseignement traditionnel de l’Eglise.

 

Répondez, Très Saint Père, il y a urgence !

Le pape François, à l’aide du processus synodal, notamment en Allemagne, est allé dans ce sens. Sous couleur d’aller à la rencontre du « peuple de Dieu », ce fut un coup d’Etat clérical. Car les fidèles les plus nombreux et les plus ardents sont horrifiés de cette complaisance mondaine pour l’idéologie LGBT – en Afrique, mais pas que. Le synode est tout sauf démocratique. Il se compose d’un agrégat de bureaucraties autour de quelques clercs modernistes. Tous les fidèles de « l’Eglise conciliaire » que je connais à qui j’ai demandé s’ils s’étaient engagés dans le processus synodal m’ont répondu qu’ils l’auraient souhaité, et leurs prêtres aussi, mais que cela avait été « pris en charge » ailleurs. Alors, Très Saint Père, dites-nous ce qu’il en est. Approuvez-vous ou réprouvez-vous le scandale Radcliffe ? Il nous paraît beaucoup plus opposé à l’enseignement de l’Eglise que les sacres de la FSSPX, beaucoup plus porteur d’hérésie grave et de schisme. Répondez-nous, Très Saint Père, il y a urgence.

 

Pauline Mille