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Chasse, abattoirs, viande : un processus mondial exploite la « souffrance animale » pour imposer le « droit du vivant »

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Un processus de changement de la société ressemble aux travaux du métro, c’est lent et ça ne s’arrête jamais. La souffrance animale est un thème de propagande mondial récurrent : on mobilise le public contre la chasse, la viande, les abattoirs, pour lui imposer une nouvelle éthique, le droit du vivant.
 
Lascaux est le fantasme sanglant et sexiste d’un proto-fasciste magdalénien carnivore. Muriel en est sûre, elle me l’a dit après le cours d’aquagym. Et il n’était pas le seul, on retrouve le même type d’imaginaire à Font de Gaume, Altamira, la grotte Chauvet et autres lieux découvrant à marée basse : jamais une femme représentée, toujours la même obsession morbide de la chasse, alors que nos ancêtres, depuis Lucy, étaient herbivores. Muriel milite à One Voice contre la souffrance animale. Pour elle son chat est une personne à qui elle essaie d’apprendre à ne pas manger les souris, qui sont d’autres personnes.
 

A journée contre la chasse, sondage contre la chasse, c’est cohérent

 
Son association, qui compterait vingt mille adhérents, a pour grand homme l’athée maçon feu Théodore Monod. Elle vient de commander, pour la journée nationale d’action contre la chasse, le treize octobre, un sondage, où il apparaît que « quand ils découvrent ce qu’est réellement la chasse, les Français la rejettent en masse ». Les sondages ont ceci de commun avec les ordinateurs qu’il n’en sort que ce qu’on y met. Chaque année à l’automne (un processus est une répétition sans fin), un sondage confirme à ceux qui le souhaitent que nos compatriotes sont contre la chasse, et chaque année un peu plus nettement (l’an dernier, c’était à 79 %, cette année à 82 %). La pédagogie d’One Voice est sans mystère : les chasseurs chassent en toute saison et partout, sans tenir compte des réserves ni de la reproduction, ils polluent et menacent de leurs plombs les promeneurs. La réponse des sondés est donc tout aussi nette, ils n’en veulent pas.
 

Buffon d’une indifférence coupable pour la souffrance animale

 
En plus, la chasse ajoute à la souffrance animale par des « traditions mortifères », du type chasse à courre, au furet, au piège, à la glu. On déplorera l’insensibilité d’un Buffon, qui se bornait à constater : « On prend les rossignols aux gluaux (ou) dans des reginglettes tendues sur la terre nouvellement remuée ».
 
Là-dessus, les associations et les médias montent en épingle les inévitables accidents de chasse, et rappellent que les projectiles, plombs ou plastique restent dans la nature. 
 
On s’en désole dans le septième arrondissement, et l’on s’en indigne. Affect, affect, affect, quand tu nous tiens ! La chasse est un monde rhétorique où la raison n’entre pas.
 

Un puma qui chasse un cerf ? Scandale contre le droit du vivant !

 
Aucun militant des droits du vivant, vegan ou non, n’entrera dans une discussion chiffrée sur le rôle régulateur de la chasse. Pourtant, quiconque s’est penché sur le dossier éléphant, par exemple, sait que les troupeaux sont sauvés par la chasse au gros, parce qu’elle dégage l’argent nécessaire à protéger des braconniers la ressource. Chacun sait à l’inverse que nos plans de chasse sont insuffisants pour le chevreuil et le sanglier.
 
Quant à la souffrance animale, à l’effroi, la terreur, a-t-on vu le faucon fondre sur sa proie, le boa happer la sienne, le lion crocher l’arrière-train d’un gnou ? J’ignore si la mort est jamais gaie, mais la leur est horrible. Faut-il l’interdire par respect de leur personne, du droit du vivant ? Nous finirons comme cette militante de la SPA qui tire la sonnette d’alarme du train dans Tintin en Amérique parce qu’elle a vu par la fenêtre un puma poursuivre un cerf, il faut faire cesser ce scandale.
 

Objectif mondial du processus : égaler l’animal à l’homme

 
Quand il y a de mauvais chasseurs, qu’on les punisse, et voilà tout, c’est une affaire de police. Que la police soit ferme et attentive, oui, encore. Mais l’agitation menée contre la chasse entre dans un processus plus vaste. Il est polymorphe et vise plusieurs objectifs. L’un est de dénigrer la civilisation européenne, ses traditions (« mortifères » ou « d’un autre âge »). Le chasseur est traditionnel, blanc, généralement rural et souvent « sexiste ». Les manifestations contre la corrida participe au même processus et vise le même but.
 
L’objectif principal est cependant le droit du vivant et la fin de la barrière de l’espèce entre hommes et animaux. One Voice est « la voix des animaux humains et non humains, la voix de la planète ». La voix « de tous les êtres vivants qui ne peuvent être distingués par leur espèce d’appartenance ». One Voice agit pour faire reculer la violence « partout où elle se développe et quelle qu’en soit la victime ». Elle prône une « éthique animale et planétaire ». Elle veut imposer la « reconnaissance du statut de personne animale et celle du “lien” entre maltraitance animale et violence humaine ».
 

La viande, vilain, la viande, mauvais, la viande, dangereux !

 
Tout y est. Le flou du vocabulaire (« maltraitance ») qui permet de mettre dans un même sac des faits d’intensité et de nature diverses. Et l’objectif de révolution à la fois mondiale et globale, touchant à tout et supprimant toutes les frontières. Tuer une grive et dire à son épouse de la plumer sont un seul et même crime.
 
Cette propagande qui s’exerce contre la chasse ou la corrida s’est remarquée aussi dans l’agitation des Vegans contre les boucheries. La viande, c’est mal parce que ça bouche les coronaires, la viande, c’est mal parce que ça déforeste l’Amazonie, il faut plus d’hectares et d’eau pour produire de la viande que du riz, la viande, c’est mauvais pour le développement durable, et la viande, c’est une mauvaise tradition de chasseurs, un fantasme social né à Lascaux, cela engendre la souffrance animale. Ce qu’il y a de chouette dans la pensée holiste, c’est que, comme tout est dans tout, on retrouve les mêmes arguments à chaque coin de rue, on tourne en rond avec enthousiasme.
 

Réformer les mauvais abattoirs, punir leurs responsables

 
Comme il faut bien alimenter la pédagogie du processus par les médias, entre un sondage sur la chasse et une journée d’action vegan, ils nous ont balancé l’affaire de l’abattoir de l’Indre où l’association L214 a filmé des images horribles, bêtes suspendues et dépecées vivantes, abattues sans être suffisamment étourdies, etc. C’est laid, c’est bête, c’est cruel, c’est barbare, c’est « inacceptable » comme l’a dit le ministre de l’agriculture, et c’est en plus probablement mauvais pour la viande. Que les responsables soient châtiés (les frapper au portefeuille), bien sûr, et vite, une fois tout cela confirmé. 
 
Mais cela n’entraîne nullement ce pour quoi cela nous est montré : on peut être contre les batteries de poulet et pour le maintien de la barrière de l’espèce. La souffrance animale est ici exploitée de façon inadmissible par des politiciens. Comment nommer autrement, par exemple, cette militante vegan que BFMTV avait invitée l’autre soir à commenter ce fait divers pendant cinq minutes, et qui profita de l’apitoiement compréhensible du public pour vendre sa soupe anti-viande et anti-spéciste.
 

Le droit du vivant est une arnaque politique

 
La complaisance des médias lui est acquise, à elle et ses semblables, car les médias sont partie prenante de la révolution mondiale pour qui la chasse, la viande, la corrida, les abattoirs, sont des épouvantails commodes. Le caractère politicien de la chose est d’autant plus flagrant que la plupart de ces braves gens n’ont nullement parlé de la souffrance animale dans les abattoirs hallal.
 
Quant à l’anti-spécisme, ce n’est qu’un slogan politique utilisé pour une subversion politique : il n’a aucune cohérence morale ou scientifique. Pourquoi en effet, si l’on franchit la barrière de l’espèce, s’arrêter à celle du règne, et se cantonner à la défense de l’animal seul, bêtement bloqué d’ailleurs dans la vieille classification de Linné ? J’ai regardé un peu ça pour les besoins de cette chronique, et il paraît qu’ils en tiennent maintenant pour deux ou trois domaines, et six ou sept règnes. Ca complique la chose, mais l’idée reste simple : pourquoi défendre les Saints Bernards du couteau de cuisine des cuistots mandarins, si l’on coupe son gazon sans ménagement le dimanche ?
 

Le rossignol, le crocodile et la souffrance animale

 
Et manger des cèpes ? Si j’ai bien compris, les champignons, qu’on classait jadis parmi les végétaux, forment maintenant un règne à part qui rappelle les animaux par divers caractères. Ils produisent notamment de la chitine, comme les crustacés. On répute les nouvelles classifications supérieures à l’ancienne, mais, moi qui me suis fait pincer demoiselle par un homard, je le distingue soigneusement des morilles. C’est comme le crocodile qui, à en croire la théorie de l’évolution, serait beaucoup plus proche du rouge-gorge que du dragon du Komodo. Moi que les rouges-gorges visitent tous les matins, je salue la science mais demeure attachée à des classifications plus terre-à-terre. Maintenant c’est peut-être un préjugé, et si vous voulez conserver sept ou huit crocodiles dans votre jardin, c’est votre affaire à condition de fermer la grille, mais vous allez voir, si votre boucher vous fera des sourires, vos copains vegans feront la tronche. 
 

Au terme du processus : interdiction de tuer les moustiques ?

 
Quoi qu’il en soit, chers anti-spécistes, pourquoi fumez-vous de la beu, pourquoi mangez-vous des girolles et des épis de maïs, pourquoi portez-vous du lin ? Pourquoi écrasez-vous les moustiques ? Votre position est intenable si l’on s’en tient à vos principes, elle s’éclaire si l’on revient à la nature des hommes et à leur psychologie de base. Ils cherchent ce qui leur est utile, fuient ce qui leur cause du tort, aiment ce qui leur ressemble. L’herbe n’éprouve pas de souffrance, dites-vous ? Vous me faites penser à ma grand-mère qui disait des crabes qu’ils « n’ont pas de système nerveux central ». Je pouvais donc les jeter dans l’eau bouillante tranquille. Et manger mes huîtres vivantes sans états d’âme. 
 

Racisme mondial contre la chlorophylle ?

 
Au fond, je vous comprends bien, chers amis anti-spécistes. Vous établissez une hiérarchie des dilections. Vous êtes ainsi « racistes », comme vous le dites de vos adversaires. Vous préférez le poil à la plume, la plume à l’écaille, et l’écaille à la chlorophylle. Pourquoi pas ? Votre arbitraire est votre affaire. Ce qui est ennuyeux, c’est que vous tâchiez de l’imposer avec autant d’agressivité moralisatrice et de sensiblerie sans talent. Plus que vos piercings et votre voix monocorde, cette zombisation de votre esprit porte la marque de la Révolution dont vous n’êtes que la chair à canon. Vous êtes des êtres bizarres, quelque part entre le navet et le perroquet, vous avez franchi la barrière des règnes. Ça peut être intéressant. Un jour vous nous parlerez de la souffrance végétale. Il faut se préparer à bouffer des briques. Remarquez, avec Macron, on y vient.
 

Pauline Mille