Synode sur la synodalité : notre analyse exclusive du Rapport de synthèse montre que la révolution dans l’Eglise est en marche (II)

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Nous avons entamé la publication de notre analyse du Rapport de synthèse du synode sur la synodalité en présentant une lecture de ses trois premiers chapitres sur le « visage de l’Eglise synodale ». Voici la deuxième étape de cette présentation, où à travers les réflexions des « pères et mères synodaux » sur les pauvres, le multiculturalisme et le rapport entre les Eglises catholiques latine et d’Orient, on découvre que l’ouverture doit se faire à toutes les religions, à tous les rites – sauf le rite traditionnel dit « de saint Pie V ».

Notons que le vocabulaire de la théologie de la libération est ici particulièrement présent, avec la mise en exergue des formules de Dom Hélder Câmara et du prêtre défroqué Leonardo Boff. Ce n’est pas un hasard si le fameux « Pacte des Catacombes » a été distribué à tous les participants lors de leur pèlerinage aux catacombes de Domitille !

 

Synodalité : notre analyse du Rapport de synthèse montre qu’elle s’insère dans le relativisme de la « fraternité universelle »

Une fois de plus, le rapport de synthèse livre ici son important potentiel révolutionnaire, la volonté de toucher à tout, y compris la vie contemplative, ceux qui y sont appelés devant, selon le synode, forcément passer par la case de la charité active auprès des plus démunis. Comme s’il n’y avait plus plusieurs demeures dans la maison du Père…

La première livraison de cette analyse par étapes se trouve ici.

 

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Une première grande partie présente « Le visage de l’Eglise synodale », avec une idée force : l’ouverture (II)

 

Chapitre 4. Les pauvres, protagonistes du chemin de l’Eglise

Dans ce chapitre, il est évidemment question de l’« option préférentielle pour les pauvres », imposée à l’Eglise par Mgr Hélder Câmara qui s’était donné pour mission de changer l’Eglise instituée, « pleine de morgue et de richesses ». On y découvre que le Christ a « dénoncé les causes de la pauvreté » (4b), et sans surprise, il n’y a aucune référence ; d’ailleurs Notre-Seigneur avait dit, plutôt : « les pauvres, vous en aurez toujours avec vous ». Il y a dans l’approche du synode une dimension évidemment politique, et non un appel à la charité individuelle ; il y a une recherche d’une société plus fraternelle, plutôt que le désir brûlant du salut des âmes.

Voilà ce qu’en dit l’article 4c (339 contre 5), catalogue hétéroclite qui rappelle la convergence des luttes et aboutit à la dénonciation du système :

« Il n’y a pas qu’une seule forme de pauvreté. Parmi les nombreux visages de la pauvreté, il y a ceux qui n’ont pas le nécessaire pour mener une vie digne. Viennent ensuite les migrants et les réfugiés, les populations autochtones, originaires et afro-descendantes, les victimes de violences et d’abus, en particulier les femmes, les toxicomanes, les minorités qui systématiquement n’ont pas voix au chapitre, les personnes âgées abandonnées, les victimes du racisme, de l’exploitation et de la traite, en particulier les enfants, les travailleurs exploités, les personnes économiquement exclues et celles qui vivent dans les banlieues. Les plus vulnérables d’entre eux, pour lesquels un plaidoyer constant est nécessaire, sont les enfants dans le ventre de leur mère et leurs mères. L’Assemblée est consciente du sort des “nouveaux pauvres”, engendrés par les guerres et le terrorisme qui sévissent dans de nombreux pays et continents, et condamne les systèmes politiques et économiques corrompus qui en sont la cause. »

Et comme si cela ne suffisait pas voici le « cri de la terre », aux accents de Leonardo Boff (art. 4e, 14 voix contre) :

« Soutenir les pauvres signifie aussi s’engager avec eux dans le soin de notre maison commune : le cri de la terre et le cri des pauvres sont le même cri. L’absence de réaction fait de la crise écologique et du changement climatique en particulier une menace pour la survie de l’humanité, comme le souligne l’exhortation apostolique Laudate Deum, publiée par le pape François pour coïncider avec l’ouverture des travaux de l’Assemblée synodale. Les Eglises des pays les plus exposés aux conséquences du changement climatique sont très conscientes de l’urgence d’un changement de cap et ceci représente leur contribution au cheminement des autres Eglises de la planète. »

Les paragraphes suivant sonnent comme des textes de la théologie de la libération et de la théologie du peuple, il y est d’ailleurs question de l’importance des syndicats, des « mouvements populaires », de « associationnisme de base », de l’« Eglise pauvre, avec les pauvres et pour les pauvres ». On aboutit à la question d’assurer « le partage des ressources entre les églises locales de différentes régions » (art. 4m, 3 voix contre) ce qui revient à une sorte de socialisme imposé plutôt qu’à la charité offerte.

L’article 4o propose (4 voix contre) :

« L’expérience de la rencontre, du partage de la vie et du service des pauvres et des marginalisés fait partie intégrante de tous les parcours de formation proposés par les communautés chrétiennes : c’est une exigence de la foi, et non une option. Cela est particulièrement vrai pour les candidats au ministère ordonné et à la vie consacrée. »

Même la vie contemplative ? On retrouve ici l’idée que la vie cloîtrée centrée sur la louange divine est incomplète sans ce passage parmi les « marginalisés » dont il faut partager la vie.

Après la suggestion d’orienter davantage le diaconat sur le « service des pauvres », la proposition 4q précise :

« Que les fondements bibliques et théologiques de l’écologie intégrale soient plus explicitement et soigneusement intégrés dans l’enseignement, la liturgie et les pratiques de l’Eglise. »

Voilà la porte par laquelle peut entrer l’écologie religieuse, la marche vers un panthéisme qui apparaît déjà dans Laudato si’ et Laudate Deum. Et on ne craint pas d’y impliquer la liturgie elle-même, qui est faite pour Dieu. (16 voix contre.)

 

Chapitre 5. Une Eglise de « toute tribu, langue, peuple et nation »

En évoquant la multiplicité des cultures, le synode sur la synodalité a adopté la déclaration suivante (art. 5c) :

« Les Eglises vivent dans des contextes de plus en plus multiculturels et multireligieux, où il est essentiel d’engager un dialogue entre la religion et la culture, ainsi qu’avec les autres groupes qui composent la société. Vivre la mission de l’Eglise dans ces contextes exige un style de présence, de service et de proclamation qui cherche à construire des ponts, à cultiver la compréhension mutuelle et à s’engager dans une évangélisation qui accompagne, écoute et apprend. A plusieurs reprises au cours de l’Assemblée, l’image consistant à « enlever ses chaussures » pour rencontrer l’autre sur un pied d’égalité a résonné comme un signe d’humilité et de respect de l’espace sacré. »

Où enlève-t-on ses chaussures pour entrer dans l’« espace sacré » ? A la mosquée. Humilité et respect !

Dans le paragraphe suivant (5d), au sujet des migrations et dans le contexte de ce multiculturalisme religieux, on lit : « Le respect des traditions liturgiques et des pratiques religieuses des migrants fait partie intégrante d’un accueil authentique. » Il n’est pas clairement dit qu’il s’agit uniquement des migrants catholiques. Un flou regrettable…

Plus loin, le rapport de synthèse regrette que « dans certains lieux, l’annonce de l’Evangile ait été associée à la colonisation, voire au génocide, des « erreurs à reconnaître ». Avec les accents du Document sur la fraternité humaine, l’art. 5f proclame (avec 4 voix contre seulement) :

« L’Eglise enseigne la nécessité et encourage la pratique du dialogue interreligieux dans le cadre de l’édification de la communion entre tous les peuples. Dans un monde de violence et de fragmentation, il apparaît toujours plus urgent de témoigner de l’unité de l’humanité, de son origine et de son destin communs, dans le cadre d’une solidarité coordonnée et fraternelle en faveur de la justice sociale, de la paix, de la réconciliation et de la sauvegarde de la maison commune. L’Eglise est consciente que l’Esprit peut parler à travers les voix d’hommes et de femmes de toute religion, conviction et culture. »

Le relativisme religieux est bien là.

Quant à la mission, si elle est encouragée, on ne sait trop pourquoi, puisque la « communion » universelle est déjà possible et que le plus urgent semble être (5j) de faire attention à la « possible confusion entre le message de l’Evangile et la culture de l’évangélisateur ». Vient, immédiatement après, la promotion de la « gestion non violente des conflits ».

Egalement dans l’air du temps, la proposition 5n (337 contre 7) :

« De nouveaux paradigmes pour l’engagement pastoral avec les peuples indigènes sont nécessaires, dans l’optique d’un cheminement commun et non d’une action qui leur est imposée ou qui est faite pour eux. Leur participation aux processus décisionnels à tous les niveaux peut contribuer à rendre l’Eglise plus vibrante et plus missionnaire. »

Voilà qui rejoint l’interdiction moderne de la hiérarchie des cultures… Sans surprise, il est ensuite question de la justice raciale, de l’implication de l’Eglise dans l’accueil des migrants. On ne trouve nulle trace d’encouragement à leur évangélisation.

 

Chapitre 6. Traditions de l’Eglise d’Orient et de l’Eglise latine

Cela commence (6a) avec un nouvel hommage à la diversité (dont les « tradis » sont exclus) :

« Parmi les Eglises orientales, celles qui sont en pleine communion avec le Successeur de Pierre jouissent d’une diversité liturgique, théologique, ecclésiologique et canonique qui enrichit grandement l’Eglise tout entière. En particulier, leur expérience de l’unité dans la diversité peut apporter une contribution précieuse à la compréhension et à la pratique de la synodalité. »

Et cela finit avec la proposition de créer une nouvelle commission pour « continuer le chemin »…

 

Chapitre 7. Le chemin vers l’unité des chrétiens

335 ont voté pour et 7 contre l’idée d’avoir ouvert le synode « sous le signe de l’œcuménisme » au moyen de la prière « Together » où de nombreux chefs (et cheffes) d’églises chrétiennes séparées ont prié aux côtés du pape (7a). Les votants n’étaient plus que 316 (contre 28) pour approuver cette acception extensive du sensus fidei (7b) :

« C’est précisément le baptême, qui est le principe de la synodalité, qui constitue également le fondement de l’œcuménisme. Par lui, tous les chrétiens participent au sensus fidei et pour cela ils doivent être écoutés attentivement, quelle que soit leur tradition, comme l’a fait l’Assemblée synodale dans son processus de discernement. Il n’y a pas de synodalité sans dimension œcuménique. »

Nous voilà avertis. (Et on ose nous dire qu’il n’y a rien de grave ?)

C’est d’ailleurs ici que refait surface l’idée de l’intercommunion entre l’Eglise catholique et des sectes protestantes, c’est à l’article 7i (23 voix contre, ce qui laisse une majorité de plus de 93 % pour) :

« La question de l’hospitalité eucharistique (communicatio in sacris) doit être approfondie d’un point de vue théologique, canonique et pastoral, à la lumière du lien entre communion sacramentelle et communion ecclésiale. Ce thème est particulièrement ressenti par les couples interconfessionnels. Il appelle également une réflexion plus large sur les mariages mixtes. »

On retrouve la méthode constante : des questions réglées sont réouvertes pour les soumettre à la sagesse « synodale » où intervient le peuple de Dieu, qui reçoit un message clair : le changement est possible. En toute logique, la proposition 7m annonce : « Il existe également un désir de continuer à impliquer les chrétiens d’autres confessions dans les processus synodaux catholiques à tous les niveaux et d’inviter davantage de délégués fraternels à la prochaine session de l’Assemblée en 2024. » Il est même question d’un « synode œcuménique » que d’aucuns appellent de leurs vœux.

 

La suite de cette analyse est à lire ici.

 

Jeanne Smits